Le 13 février dernier, les jardiniers du parc des Buttes Chaumont faisaient une macabre découverte : le corps démembré d’une femme.
Celui d'Assia Matoug, mère de famille de 46 ans, alors disparue depuis deux semaines.
"Sept à Huit" se penche sur cette affaire, dans laquelle les soupçons des enquêteurs se sont très vite orientés vers le mari.

"La pauvre fille. Mais ce n'est pas possible. Toutes les heures, je me lève, je n'arrive pas à dormir". Nadia est en état de sidération depuis que son cousin germain Youcef M. a été mis en examen le 25 février dernier pour le meurtre de son épouse Assia. Son corps a été retrouvé découpé en morceaux. "Je vous assure, ça me bouleverse, vous ne pouvez pas vous imaginer", se lamente Nadia, en pleurs devant les caméras de "Sept à Huit". "Quand je l'ai vu avec son petit, je lui ai dit : 'Youcef, ce serait bien que tu viennes avec ta femme, qu'on se fasse un repas' et après, tu attends que ça vienne de lui. J'en reviens pas, vraiment", poursuit-elle dans la vidéo à retrouver ci-dessus.  

Elle était vraiment, comme on dit, une bonne vivante (...) Elle ne serait pas partie sans donner de nouvelles, sans le dire à personne
Haïdar, le cousin d'Assia

Le 13 février dernier, en début d'après-midi, aux Buttes-Chaumont, le grand parc paysager du XIXe arrondissement de Paris, un sac-poubelle contenant le buste et les cuisses d'une femme est retrouvé par des agents municipaux, sous un tas de feuilles et de branches. Très prisé des promeneurs et joggeurs, le parc vallonné qui s'étend sur 25 hectares est immédiatement évacué et fouillé par les policiers. Le lendemain, sur les voies ferrées désaffectées qui traversent le parc, d'autres restes, dont la tête, seront retrouvés, dispersés dans plusieurs autres sacs-poubelle. Grâce à ses empreintes digitales, la victime est vite identifiée : il s'agit d'Assia Matoug, 46 ans, qui était portée disparue depuis deux semaines. Qui aurait pu lui en vouloir ? Et pourquoi un tel acharnement contre cette mère de famille ?

Au chômage depuis sept mois, Assia est une femme sans histoire. Elle s'occupe de ses trois enfants, âgés de 17, 14 et 8 ans, et donne de son temps dans plusieurs associations d'entraide. Depuis dix ans, la famille vivait dans une tour HLM de Montreuil, en banlieue est de Paris. Son cousin Haïdar se souvient de sa bienveillance. "Elle dégage une énergie positive qui attire les gens. C'est quelqu'un qui aime la vie, qui aime sortir. Elle était vraiment, comme on dit, une bonne vivante. C'est pas quelqu'un qui s'enfuit, qui abandonne ses enfants. Elle ne serait pas partie sans donner de nouvelles, sans le dire à personne", témoigne-t-il. 

Des incohérences

Et pourtant, mardi 31 janvier, son mari Youcef évoque sa disparition sur les réseaux sociaux, avant de se rendre dans un commissariat quelques jours plus tard pour déposer une main courante. Il déclare : "je n'ai pas de nouvelles de mon épouse. Elle fait des braderies donc rentre tard le soir et se lève tôt le matin, mais là, elle n'est pas rentrée. Son téléphone est éteint ; il n'y a aucune raison qui aurait pu faire qu'elle parte". Une enquête est ouverte. Son mari soutient par ailleurs qu'il a appelé sa femme sans relâche, contacté les hôpitaux, et qu'il s'est déplacé à Paris pour la chercher. Mais cet acharnement à la retrouver ne convainc pas sa belle-famille. Haïdar, le cousin, soulève des incohérences dans les propos de Youcef le jour où son épouse s'est volatilisée. "Il a déclaré à la police l'avoir appelé à plusieurs reprises alors qu'à nous, il nous dit qu'il s'était endormi à 21 h et qu'il ne savait pas si elle était rentrée ou pas, donc mon père a eu des soupçons dès le début, depuis le premier jour qu'il l'avait appelé", admet-il.

Mohamed, le père d'Haïdar, est l'oncle d'Assia. Quand il apprend sa disparition, ce retraité contacte le mari et prend des notes de leur conversation. Il le questionne sur le jour de la disparition et s'étonne qu'il ait mis quatre jours à alerter les autorités. "Je ne l'ai pas laissé tranquille. Je l'ai appelé le matin, l'après-midi et le soir. Je lui ai dit : 'raconte-moi'. Il m'a répondu : 'je suis rentré le soir, je me suis endormi'. Et la maman ? 'La maman, elle n'est pas rentrée'. Tu t'es levé le matin, tu l'as trouvé ? 'Non, je l'ai pas trouvé. Je lui ai dit : 'Et la nuit d'avant, et celle d'avant, qu'est-ce tu as fait pendant ces jours-là ?' Il s'est tu. Ses enfants réclamaient leur maman et lui, il leur a raconté une histoire. Il leur a dit : 'elle est chez une collègue malade, elle est en train de l'aider, elle va venir'", détaille-t-il, soulignant que tout le long, Youcef est "déstabilisé". 

"Comme une bagarre"

Quand le corps d'Assia est retrouvé aux Buttes-Chaumont, Nadia s'étonne du détachement de son cousin Youcef. Des doutes partagés par les enquêteurs, qui ont longuement interrogé les proches. Car contrairement aux déclarations de son mari, Assia n'aurait pas quitté son domicile le 31 janvier. Elle n'apparait pas sur les caméras de vidéosurveillance. Par ailleurs, les relevés téléphoniques de son mari révèlent qu'il n'a pas tenté de l'appeler, ni de contacter les hôpitaux, et qu'il ne s'est jamais rendu à Paris pour la retrouver. Un voisin se souvient aussi fin janvier d'une altercation vive entre les époux. "J'ai entendu comme une dispute, un couple qui se dispute. À savoir que je n'ai jamais vraiment entendu de dispute dans le voisinage. Ensuite, ça a un peu crié quand même. Donc, là, j'ai senti que ce n'est pas juste une dispute normale. Comme une bagarre, presque. En tout cas, ça chauffait un peu. Et ensuite, silence. Total", révèle-t-il.

Deux semaines après la découverte macabre du corps d'Assia, Youcef est placé en garde. Devant les policiers, il avoue avoir étranglé sa femme après une dispute, puis l'avoir découpé en morceaux dans la cuisine de leur appartement dans la nuit du 30 au 31 janvier. Il raconte ensuite avoir transporté son corps dans un chariot de courses en bus jusqu'aux Buttes-Chaumont. Youcef précise qu'il voulait qu'Assia repose dans l'un des plus beaux parcs de Paris. Il affirme aussi qu'il souhaitait que son corps soit découvert. Selon son avocate, qui a refusé de répondre aux questions du magazine "Sept à Huit", "il s'agissait d'un couple uni, marié depuis 26 ans avec trois enfants qui a surmonté bien des difficultés, mais au sein duquel il n'y avait pas de violence". Employé polyvalent dans un supermarché, en arrêt maladie depuis peu, Youcef M. "s'est trouvé dans l'incapacité de dire à ses enfants que le décès de la maman était de son fait", a-t-elle encore relaté. 

Selon l'oncle d'Assia, les dettes se seraient accumulées dans le foyer et le mariage aurait tourné au conflit. "Il n'a pas de sous et je ne sais pas depuis combien de mois il n'a pas payé le loyer. Elle en avait marre, elle avait décidé de divorcer", assure-t-il. Le soir de la dispute, Assia lui aurait-elle annoncé son intention de divorcer ? Son mari n'aurait-il pas supporté qu'elle le quitte ? Youcef M. a été mis en examen pour "meurtre sur conjoint" et incarcéré à la prison de la Santé, à Paris. Son avocate réfute toute préméditation. 

Mais pour l'avocat des proches de la victime, cette ligne de défense est inconcevable. "Ils ont du mal à croire que quelque chose d'aussi fou ait pu être improvisé", admet-il, soulignant qu'ils sont déterminés à faire requalifier ce "meurtre" en assassinat. Pour Haïdar, le cousin d'Assia, "il ne peut pas dire : 'je l'ai étranglé, mais je ne voulais pas sa mort. Je l'ai découpé, mais je voulais qu'on la retrouve. Je l'ai dissimulé dans un parc, mais je voulais qu'on vienne m'interpeller'. C'est tout le contraire de ce qu'il a fait", conclut-il.


Virginie FAUROUX

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