Enquête - Guerre des territoires à Marseille : comment les policiers luttent contre le trafic de drogue

TF1 | Reportage Pauline LeFrançois, Philippe Fontalba, Henri-Paul Amar
Publié le 27 décembre 2022 à 12h22, mis à jour le 27 décembre 2022 à 12h31

Source : JT 20h Semaine

À Marseille, deux jeunes hommes ont été tués, ce week-end, pour règlement de comptes sur fond de trafic de drogue.
Quelle est la stratégie des policiers pour prendre la main sur cette guerre des territoires ?
Le 20h de TF1 a mené l'enquête.

À quelques pas de la scène de crime, une famille est sous le choc. Elle vient de perdre un proche, tué dans une épicerie du quartier de la Belle de Mai à Marseille. Dans ce quartier du troisième arrondissement, l'un des plus pauvres d'Europe, le trafic de drogue s'était tendu récemment et les assassinats se sont multipliés.

Comme dans les quartiers Nord, c'est une nouvelle guerre des territoires. "Le trafic de stupéfiant génère beaucoup d'argent, ce qui suscite des tentatives des différents clans de prendre le contrôle d'autres points de deal pour étendre en permanence leur empire" explique, dans le reportage de TF1 en tête de cet article, Frédérique Camilleri,  préfète de Police des Bouches-du-Rhône. 

Le trafic rapporte jusqu'à 15.000 euros par jour

Cet empire, les policiers le combattent au quotidien. Le point de vente est bien indiqué après avoir passé les barricades de fortune, mises en place par les guetteurs. À l'intérieur d’un immeuble, il se trouve au milieu d'une cage d’escalier. 

"La barricade du réseau qui neutralise complètement l'accès par l'escalier, donc si un jour l'ascenseur est en panne, les gens sont cloitrés chez eux, ils ne peuvent plus descendre", constate sur les lieux, Sébastien Lautard, commissaire général à la Division Nord de Marseille.

Chaque jour, les forces de l'ordre reviennent déranger les trafiquants dans ce qu'ils appellent leur “business”. Dans une cité, cela a payé. L'année dernière, les policiers ont fait stopper le deuxième point de vente. Il n'en reste plus qu'un et c'est une petite victoire. L'objectif des policiers et d'épuiser "les trafiquants de stupéfiants", de sorte qu'ils soient emprisonnés et que cela réduise les effectifs de leur réseau. 

Le trafic rapporte entre 10.000 à 15.000 euros par jour, comme dans les 160 autres lieux de vente de stupéfiants recensés à Marseille. Cette économie très lucrative provoque des appétits féroces au sein des leaders des différents réseaux. 

Les autorités s'inquiètent de voir de plus en plus de mineurs intégrer ces réseaux dès l'âge de 12 ans. "On va les séquestrer, les violenter et même les torturer parce qu'ils ont oublié de crier (...) quand la police passait ou qu'ils ont fait perdre du temps aux trafiquants", s'alarme Dominique Laurens, procureure de la République de Marseille.

À 19 ans, Amine Kessaci, connaît bien la spirale infernale des réseaux. Il a perdu son frère, assassiné, car il était lié au trafic de stupéfiants, il y a deux ans. Aujourd'hui, il veut aider  les jeunes à s'en sortir : "Ce que j'explique, c'est que lorsqu'on rentre dans ces trafics de stupéfiants, il y a deux issues possibles. Soit la case cimetière, parce qu'on se fait assassiner, soit la case prison parce qu'on se fait arrêter à un moment par les forces de l'ordre."

La solution, cet étudiant tente de la retrouver auprès d'entreprises qui acceptent d'embaucher ces jeunes, pour leur offrir un avenir loin des trafics de stupéfiants. En attendant, c'est une année noire à Marseille.  Au total, une trentaine de personnes sont mortes par balle dans les Bouches-du-Rhône, et principalement dans la Cité phocéenne, le plus souvent sur fond de trafic de stupéfiants.


TF1 | Reportage Pauline LeFrançois, Philippe Fontalba, Henri-Paul Amar

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