De nombreux Français participent à des lotos, dont les gains sont reversés à des organisations caritatives.
Un principe qui attire les escrocs, comme dans des villages de Charente-Maritime où plus de 400.000 euros ont été détournés.
Le 20H de TF1 a mené l'enquête.

Comme on le sait, le loto, ça peut rapporter gros. Pour les joueurs, les gains sont le plus souvent des cartes-cadeaux à dépenser dans les supermarchés. Pour celles et ceux qui les organisent, Il faut payer la salle, l'animation, les jeux... mais s'il y a du monde, la caisse peut faire carton plein. Une manne financière qui, bien sûr, intéresse les escrocs les plus redoutables. Dernier exemple en date, en Charente-Maritime et en Charente, où deux complices ont organisé plus de 100 lotos entre juin 2021 et mai 2022, au profit de fausses associations. Les sommes étaient en réalité dépensées au casino ou pour payer des rencontres tarifées. 

Selon Le Parisien, qui a révélé ces faits, les deux hommes ont été mis en examen au printemps pour escroquerie et opération de jeux d'argent et de hasard prohibés en bande organisée. Au total, les policiers estiment qu'au moins 410.000 euros ont été dérobés, voire peut-être 700.000 euros, les lotos ayant débuté probablement dès 2018. Et ce, toujours avec le même procédé : ils mettaient en place un jeu de société de type loto dans une commune, auquel s'inscrivaient souvent des personnes âgées devant payer pour participer.

Il n'y avait que lui qui avait le monopole des caisses
Martine, victime d'escroquerie au loto

Martine, une de leur victimes qui souhaite rester anonyme, témoigne dans l'enquête de TF1 en tête de cet article. Elle voulait venir en aide aux personnes âgées isolées. L'un des malfaiteurs lui suggère alors de créer une association et lui propose d'organiser trois lotos pour récolter des fonds. Or, très vite, elle comprend que quelque chose cloche : "Il n'y avait que lui qui avait le monopole des caisses", explique-t-elle. "Il ne fallait pas qu'on y touche, c'était formel. Quand il m'a dit ça, je lui ai répondu qu'il y aurait pourtant une personne de l'association à chaque caisse. Quand je lui ai dit ça, je m'en suis pris plein la figure." 

Et pour cause, en contrôlant la caisse, les deux hommes mettent la main sur les bénéfices et vont, comble du comble, laisser une dette à l'association. La somme ? 7000 euros. "J'ai été obligée de casser mon livret et mon assurance vie pour rembourser une association que je n'avais pas créée", dit-elle. "J'avais épargné l'argent pour ma retraite et je sais que cet argent, je ne le reverrai jamais."  Martine va déposer plainte auprès du procureur de la République de Saintes et être entendue par la police. 

Les deux escrocs risquent jusqu'à dix ans de prison et 1 million euros d'amende

En France, les bénéfices d'un loto doivent être intégralement reversés au profit d'œuvres caritatifs, et il est évidemment interdit d'en faire une activité commerciale. Lorsque les enquêteurs s'intéressent au duo d'escrocs, ils vont découvrir un système simple, mais très efficace. Soit "deux modes opératoires", explique à TF1 la commissaire de la circonscription de Vincennes et Saint-Mandé, Diane Le Cottier. "Soit on organise des lotos au bénéfice d'associations où, in fine, on ne leur reverse pas l'argent ; soit, on crée des associations fictives pour organiser des lotos sous couvert de ces associations." 

En 4 ans, on compte pas moins d'une dizaine d'associations fantômes, avec un total de 150 lotos frauduleux, dont une cinquantaine dans une salle des fêtes à Ozillac, une commune du sud-ouest de la France, située dans le département de la Charente-Maritime (région Nouvelle-Aquitaine). La mairie n'a pas souhaité répondre sur ce point à l'équipe de TF1 qui s'est rendue sur place. Reste qu'une association revient, de façon récurrente, celle de la cousine de l'un des fraudeurs, rencontrée dans le reportage, qu'elle qualifie de "gentil" et de "très serviable" mais aussi de "filou"

En un an, cette femme a organisé avec lui 18 lotos, soit trois fois plus que la limite légale. Au départ soupçonnée, elle a été mise hors de cause : "Il gagnait de l'argent et moi, je n'avais pas le moindre bénéfice", témoigne-t-elle. "Je voyais son train de vie : beaucoup de restaurants, il était bien habillé, il allait au casino...". La justice le soupçonne d'avoir dépensé 200.000 euros au casino. Son acolyte, lui, aurait dépensé l'argent sur des sites de rencontre. Tous deux risquent jusqu'à dix ans de prison et 1 million d'euros d'amende.    


RLV | Reportage Baptiste Guénais, Fabrice Amzel

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