À Marseille, la calanque de Callelongue est devenue un terrain de jeu pour les rodéos sauvages qui terminent parfois en accident.
Face à la multiplication de ces rassemblements sur tout le territoire, les forces de l'ordre expliquent ne pas avoir les moyens de faire face.
Certains habitants en sont réduits à déménager.

"J'ai entendu un 'boom', tout le mur a vibré". Ce n'est pas le bruit du tonnerre qui a réveillé Vérane, mais celui d'une voiture venue percuter sa maison, à Marseille (Bouches-du-Rhône). Sur des photos prises quelques secondes après la collision, les deux occupants prennent la fuite. Cet accident, elle le redoutait depuis des mois. La route devant chez elle est devenue le circuit de rodéos illégaux quasi-quotidiens.

Elle voit et entend depuis sa fenêtre des voitures lancées à 100 km/h sur une route sinueuse limitée à 30 km/h. Pour cette Marseillaise, c'en est trop. Elle va quitter la maison qu'elle occupe depuis sept ans : "Moi, j'ai peur pour ma sécurité, pour ma santé mentale même, parce que j'en ai marre, c'est devenu difficile à vivre." Considéré comme l'un des quartiers les plus paisibles de Marseille, Callelongue devient un enfer, selon ses habitants.

Pour Guy Barotto, président du Comité de Quartier Callelongue, les adeptes des rodéos n'ont pas choisi cet endroit au hasard. La police passe rarement dans cette zone éloignée du centre-ville, desservie par une route unique facile à surveiller. 

Callelongue est loin d'être un cas isolé. Sur les réseaux sociaux, il y a des centaines de vidéos de rodéos en pleine ville, dans des zones commerciales, et même sur le périphérique parisien au milieu des automobilistes. Ces courses deviennent des événements prévus plusieurs jours à l'avance. Les organisateurs donnent les lieux et les horaires au public dans des groupes de discussion. Certains comptent des dizaines de milliers d'inscrits. 

Dans les Bouches-du-Rhône, le maire des Pennes-Mirabeau sort les grands moyens pour lutter contre ces rassemblements illégaux. Tous les vendredis soir, il fait poser des blocs de béton sur les axes principaux d'une zone commerciale. Mais il suffit d'une route laissée libre pour qu'un rodéo soit organisé. Quand la police n'est pas là, des voitures se lancent à toute allure, passant parfois à seulement quelques mètres du public. 

Ce n'est pas possible d'empêcher tous ces rassemblements, sinon on ne fait que ça tous les soirs
Rudy Manna, Alliance Police

Conduire dans un rodéo, c'est encourir une peine de deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende. Pourtant, certains sont là tous les week-ends. Ces participants disent ne pas craindre les sanctions. Ils le savent, très peu de conducteurs sont arrêtés face à des rassemblements de plus en plus nombreux. 

Les autorités sont débordées, selon Rudy Manna, porte-parole national du syndicat Alliance Police : "Ce n'est pas possible, en termes de moyens humains, d'aller sur tous ces rassemblements pour les empêcher de faire ça. Sinon, on ne fait que ça tous les soirs." 

Selon lui, il y a pourtant urgence à lutter contre ce fléau parfois mortel. En mars dernier, à Brest, un rodéo a coûté la vie à une jeune fille percutée par un chauffard qui roulait sans permis de conduire. 

 


La rédaction de TF1info | Reportage Julien Cressens, Matthieu Perrot

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