Féminicide à Épinay-sur-Seine : la justice a-t-elle à nouveau failli ?

TF1 | Reportage A. Basar, M. Belot, Q. Trigodet, A. Kirali
Publié le 28 novembre 2021 à 13h07, mis à jour le 28 novembre 2021 à 18h33

Source : JT 13h WE

DYSFONCTIONNEMENT - Une mère de famille a été poignardée à mort au pied de son immeuble par son ex-compagnon en Seine-Saint-Denis. Il s'agit du 104e féminicide depuis le début de l'année. Ni elle ni la police n'avaient été mises au courant de la sortie de prison de son ancien conjoint.

L'agression s'est produite à quelques pas du domicile de la victime, alors qu'elle rentrait du travail. Une femme âgée de 44 ans a été poignardée par son ex-conjoint au pied de son immeuble vendredi 26 novembre au soir à Epinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis. L'homme, âgé de 51 ans, venait tout juste de sortir de prison. 

La mère de famille disposait d'un téléphone grand danger depuis juillet, mais elle l'avait laissé chez elle, pensant que son ancien compagnon était toujours en détention. Cet appareil portable dispose d’une touche "raccourci" préprogrammée, permettant à la victime en grave danger de joindre un service de téléassistance, accessible 24h/24, en charge de solliciter rapidement l’intervention des forces de l’ordre. 

"Pourquoi vous laissez quelqu'un de dangereux dans la nature ?"

La famille de la victime déplore un dysfonctionnement dans le contrôle de l'ancien détenu. "La justice l'a relâché et personne n'a été prévenu, affirme l'un de ses frères dans le reportage du 13H de TF1 en tête d'article, qui témoigne anonymement. Au tribunal, ils ont dit qu'il était dangereux. Pourquoi vous laissez quelqu'un de dangereux dans la nature ?" Et de lancer : "Pour moi, c'est l'État qui a donné le couteau au monsieur qui l'a tuée".  

Même les forces de l'ordre n'étaient pas au courant de la libération de l'ex-conjoint. "Les policiers, dans le cadre de cette affaire, n'avaient pas connaissance de la sortie de l'individu de prison", affirme Erwan Guermeur, délégué syndicat SGP Police FO de Seine-Saint-Denis."Peut-être que la victime aurait avisé les services de police si elle avait eu elle-même connaissance de la sortie de l'individu, et il y aurait eu une vigilance accrue qui aurait été exercée", poursuit-il. 

"Elle aurait dû être informée et bénéficier d'un bracelet anti-rapprochement"

Aurait-elle pu être davantage protégée ? Selon l'avocate spécialisée Me Isabelle Steyer, le danger a été sous-évalué et il faut désormais changer la loi, car aujourd'hui, rien n'indique qu'il faille prévenir les victimes. "Il y a eu un défaut d'attention de la justice, estime-t-elle. Elle aurait dû être informée et bénéficier d'un bracelet anti-rapprochement, de façon à ce que cet homme-là ne puisse ni l'approcher elle, ni ses enfants." 

Les deux filles du couple âgées de 5 et 14 ans n'ont pas assisté à la scène et ont été prises en charge par le protocole féminicide mis en place dans le département, prévoyant un soutien psychologique à l'hôpital pendant quelques jours puis leur placement. 

L'agresseur, condamné le 25 juillet à un an de prison dont six mois ferme pour des violences et des menaces commises sur sa compagne, était sorti de détention le 17 novembre, soit moins de dix jours avant les faits. Il s'est rendu le soir même au commissariat et a été placé en garde à vue, a précisé le parquet de Bobigny. 


TF1 | Reportage A. Basar, M. Belot, Q. Trigodet, A. Kirali

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