INFO TF1-LCI - Escroqueries à la convocation judiciaire pour pédopornographie : 19 interpellations

par M.G avec Marie Belot
Publié le 23 juin 2023 à 6h17, mis à jour le 23 juin 2023 à 8h55

Source : TF1 Info

Policiers et gendarmes ont procédé à un vaste coup de filet lié à des faux mails de convocations judiciaires pour pédopornographie.
Près d'une vingtaine de personnes ont été interpellées.
Pas moins de 300 plaintes avaient été déposées pour un préjudice total estimé à plus de trois millions d'euros.

Un coup de force des autorités. Après deux ans d'enquête dirigée par la section cyber du parquet de Paris et menée par une cinquantaine d'agents de la police et de la gendarmerie, 18 personnes ont été interpellées en France et une en Belgique. Selon les informations de TF1/LCI, il s'agit d'hommes nés entre 1988 et 1991, quasiment tous nés en Côte d'Ivoire et vivant en France. 

Ces individus étaient impliqués dans une grosse campagne d'hameçonnage par courriel (phishing) survenue dès 2021. Concrètement, les malfaiteurs présumés usurpaient les identités de dirigeants des forces de l'ordre (avec, entre autres, des en-têtes et signatures des officiers généraux de la police, de la gendarmerie, d’Europol ou de hauts magistrats). Ils envoyaient ensuite des messages à des centaines de destinataires contenant des "alertes mentionnant que le profil du destinataire a été détecté à l’occasion de cyber-infiltration sur des sites internet pédopornographiques et qu'une procédure judiciaire est envisagée", détaille un communiqué des autorités. Si les victimes souhaitaient un abandon des (fausses) poursuites judiciaires, il leur était demandé de payer une amende. Ce que nombre d'entre eux ont fait. 

Trois millions d'euros de préjudice et des suicides

À ce jour, plus de 150.000 signalements ont été effectués via la plateforme Pharos et 300 plaintes ont été déposées. Le préjudice total est estimé à au moins 3.308.017 euros. Les plaignants, en moyenne des hommes d'une soixantaine d'années, ont payé entre 1400 euros et 90.000 euros. Au-delà du préjudice financier, six personnes se seraient suicidées après réception de ces courriels. Des enquêtes sont en cours pour déterminer si le lien de causalité peut, ou non, être établi. "L’une des victimes a subi une double extorsion : après un premier paiement à hauteur de 5978 euros, les malfaiteurs lui ont demandé de payer à nouveau la somme de 7480 euros. Se sentant impuissant et pris au piège, il s’est donné la mort", détaillent les forces de l'ordre.

Pour mettre un coup d’arrêt à ces escroqueries en ligne, il a fallu se coordonner pour mieux lutter, notamment avec Europol et Interpol. "Aujourd’hui, les escrocs travaillent à distance, tout est déterritorialisé. Ce qui complexifie les enquêtes, c’est qu’il n’y a pas de frontière pour les arnaques cyber", détaille le colonel Thomas Andreu, commandant de la Section de recherches de Versailles. C’est pour cette raison que de nombreux enquêteurs ont été mis à contribution. Les gendarmes de la SR de Versailles donc, mais aussi les policiers de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologiques de l’information et de la communication (OCLCTIC). Le chef d’adjoint, Christophe Durand, nous explique que pour mettre fin à ces pratiques, le volet préventif est primordial : "Quel que soit le type de mail, le mode opératoire est toujours le même, ils cherchent à entrer dans votre espace émotionnel pour vous tromper. Il faut prendre deux minutes de recul, ne pas répondre, ne pas partager le mail frauduleux et surtout le signaler pour que l’on puisse identifier les malfaiteurs."

Les suspects seront jugés en janvier prochain au tribunal correctionnel de Paris. Ils sont notamment poursuivis pour "escroquerie en bande organisée", "extorsion avec violences ayant entraîné la mort", "faux et usage de faux en écriture" ou encore "usurpation de l'identité d'un tiers ou usage de données permettant de l'identifier en vue de troubler sa tranquillité ou celle d'autrui ou de porter atteinte à son honneur ou à sa considération". Ils encourent jusqu'à 10 ans de prison et un million d'euros d'amende.


M.G avec Marie Belot

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