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Interpol : enquête sur les controversées notices rouges de l'organisation mondiale de police

La rédaction de LCI | Reportage vidéo G. Brenier, P. Verron, C. Marchina
Publié le 30 décembre 2021 à 9h43
JT Perso

Source : TF1 Info

SUSPECT – Interpol a vocation à accroître la collaboration entre les polices du monde entier, notamment via ses notices rouges. Un système d'alerte qui permet à chaque État membre de signaler certains individus, mais qui est accusé d'opacité et d'abus. Le 20H de TF1 a mené l'enquête.

C’est un outil qui fait l’objet de bien des fantasmes. La notice rouge d’Interpol est, depuis quelque temps, dénoncée par certains avocats et défenseurs des droits humains. Loin de constituer un mandat d’arrêt international, ce système d’alerte est utilisé par les services de police du monde entier pour signaler à leurs homologues étrangers certains ressortissants. Chaque fiche est renseignée par Interpol à la demande d’un des 195 pays membres de l’organisation.

Mais certains estiment que les pays ne seraient pas assez contrôlés dans l'émission d'une notice rouge. Or, le document, parfois très succinct, peut avoir d'importantes répercussions. C’est par exemple ce qu’il s’est passé pour Hubert Goutay. Ce Français de 65 ans, patron d’une société de négoces, est incarcéré depuis trois mois au Maroc suite à l’émission d’une notice rouge à son encontre.

Le Royaume en avait fait la demande à la suite d’une nébuleuse affaire de cocaïne saisie dans un cargo au Bénin. Mais ce père de famille crie son innocence. "Quand on lit la notice rouge, il y a quelques lignes, il n’y a rien sur notre père, il n’y a rien sur son implication. On ne comprend même pas pourquoi il a été arrêté. On était à 10.000 lieux d’imaginer qu’il allait pouvoir être interpellé, que ce soit en France ou au Maroc, par Interpol", souligne sa fille, Ariane Goutay, dans l'enquête du 20H de TF1 en tête de cet article.

Une politisation des notices rouges

Cette toute-puissance supposée d’Interpol, certains avocats comme Maître Pierre-Olivier Sur, la dénoncent. "Quand vous avez une main qui se pose sur votre épaule à la frontière, ‘suivez-nous, notice rouge exécutée d’un État voyou’, qu’est-ce que vous faîtes ? Moi, avocat, je ne peux rien faire dans l’immédiat. Il n’est pas acceptable, en France ou ailleurs, que l’avocat d’une personne qui vient d’être interpellée n’ait pas accès à l’intégralité du dossier qui fonde cette interpellation. Or, c’est le système Interpol", dénonce-t-il. 

Certaines associations de défense des droits de l’Homme s’inquiètent également de la politisation de ces notices rouges. Interpol en émet actuellement 69.000 mais certains pays font plus de demandes que d’autres. C’est le cas de la Russie de Vladimir Poutine. Presque à chaque fois, les fugitifs russes sont présentés de manière lapidaire par Moscou, souvent accusés de participer à une organisation terroriste. Or, ces accusations n’ont pas vocation à être vérifiées par Interpol.

Pour autant, l’organisation réfute toute connivence avec des dictatures. Son secrétaire général, Jürgen Stock, assure que chaque demande de notice rouge est scrupuleusement contrôlée. Mettre la main sur des opposants politiques ou religieux est tout simplement banni.

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"On ne se contente pas de tamponner une demande. Cela passe par un long processus de vérification. Tout cela est fait très sérieusement et aboutit parfois à des désaccords avec certains pays membres. Quand Interpol dit ‘non, vous avez franchi la ligne, votre demande de notice rouge ne correspond pas à notre constitution’, c’est une question de confiance et de qualité de notre travail", assure à TF1 Jürgen Stock, interviewé au siège de l'institution à Lyon. 

Pour l’organisation internationale, les notices rouges tournent donc souvent au casse-tête diplomatique. L’organisation rappelle qu’elles permettent, malgré tout, d’arrêter chaque année des milliers de criminels à travers le monde.


La rédaction de LCI | Reportage vidéo G. Brenier, P. Verron, C. Marchina

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