Lundi matin à l'aube, Kendji Girac a été retrouvé grièvement blessé par balle sur une aire d'accueil des gens du voyage à Biscarosse.
Ce jeudi, le procureur de la République de Mont-de-Marsan, Olivier Janson, a livré de nombreux éléments sur les faits, excluant totalement l'intervention d'un tiers.

De l'alcool, de la cocaïne, des tensions, une dispute puis un drame. Ce jeudi, quatre jours après que le chanteur Kendji Girac, 27 ans, a été retrouvé grièvement blessé par balles devant sa caravane sur une aire d'accueil des gens du voyage de Biscarosse (Landes), le procureur de la République de Mont-de-Marsan, Olivier Janson, a livré de très nombreux détails. 

Au cours d'une conférence de presse exhaustive et devant de très nombreux journalistes, le magistrat a détaillé la succession d'événements qui ont conduit à cette issue qui aurait pu être tragique. TF1info revient sur les principales révélations faites par le magistrat. 

Salon nautique, couscous, casino, alcool et cocaïne

Kendji Girac est arrivé sur l'aire d'accueil à la mi-avril avec sa Porsche et sa caravane et y a été rejoint par sa femme et sa fille de presque 3 ans. Dimanche dernier, la famille se rend au Salon nautique d'Arcachon avec un couple d'amis avant d'aller au restaurant. Ils reviennent au camp vers 17 h 30. Ils mangent un couscous le soir et, vers 20 heures, un groupe d'une quinzaine de personnes décide d'aller au casino de Biscarosse. Kendji Girac, qui joue au Black Jack, part avec eux vers 20 h 30. Il quittera l'établissement vers 23 heures et sera de retour à sa caravane vers 23 h 20-23 h 30.

Pendant la journée de dimanche, Kendji Girac a bu énormément d'alcool. Son taux d'alcoolémie lundi matin était de 2,5 grammes d'alcool par litre de sang. Au cours de son audition, Soraya Miranda, compagne du chanteur a expliqué que "des tensions sont apparues récemment du fait d'une addiction naissante de Kendji Girac à l'alcool".  Selon elle, ce "simple fêtard" est devenu "quelqu'un qui peut avoir des cuites de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues pouvant durer jusqu'à 48 heures, au cours desquelles il fait n'importe quoi". "S'il n'a jamais été violent envers elle ou sa fille, il pouvait casser des objets", a-t-elle indiqué. Toujours selon elle, dimanche dernier, son compagnon était "très excité", il "voulait boire". Elle a fait état d'"une douzaine de verres à midi à Arcachon avec de la bière, du Ricard, du rosé, du rouge et de la poire". Face à cette alcoolisation, elle a décidé de regagner sa caravane avec leur fille, vers 20 h 30, après le couscous, laissant le chanteur poursuivre sa soirée de son côté. 

La jeune femme a également précisé que Kendji Girac consommait de la cocaïne de façon régulière, "à raison d'une à deux fois par semaine" et qu'il avait évoqué à plusieurs reprises, au cours de disputes, son intention de mettre fin à ses jours ou de se faire du mal. Des traces de poudre blanche ont été retrouvées au cours des analyses dans le sang du chanteur. 

3 h 30, une dispute dans la caravane

À son retour du casino, Kendji Girac dit être resté avec des jeunes sur l'aire d'accueil à consommer de l'alcool. "L'ambiance est à la nostalgie. On est en train d'écouter des musiques. Ma femme n'était pas très contente quand je suis rentré à la caravane", a déclaré le chanteur aux enquêteurs au cours de son audition mercredi.

À 2 h 35, il retrouve sa femme et sa fille qui dorment. Les deux sont réveillées par le chanteur"ivre". Soraya Miranda lui demande alors d'aller faire du bruit ailleurs. Kendji Girac part dans sa Porsche garée à côté et met la musique très fort. Sa compagne lui adresse des "SMS tendus", selon les mots du procureur, indiquant que l'enfant ne parvient à se rendormir notamment. Le chanteur part avec la voiture à l'autre bout de l'aire d'accueil, avant de revenir dans la caravane une heure plus tard Là, il se met en caleçon et va parler à sa fille. "Il lui répète à plusieurs reprises qu'il l'aime. Il est assez agité. Soraya Miranda part fumer une cigarette et dit qu'elle l'entend pleurer" a détaillé Olivier Janson. 

Ne supportant plus que son compagnon empêche leur enfant de dormir, Soraya Miranda prévient son concubin qu'il "va falloir choisir", que "l'un ou l'autre va devoir partir". Kendji Girac s'énerve, tape dans un mur dans la chambre. La jeune femme se réfugie dans la chambre de la caravane, lui reste dans le salon. Elle l'entend alors ouvrir et fermer des placards, avant d'entendre un coup de feu. 

Un tir d'arme à feu et des gémissements

À sa sortie de la chambre, Soraya Miranda aperçoit son compagnon, un genou à terre, gémissant, une arme sur le sol, et perçoit une"odeur de fer". Elle va chercher de l'aide auprès des personnes qui se trouvent dans la caravane voisine et demande à ce que l'on appelle les secours. 

Alertés peu avant 5 h 30, le Samu et les pompiers seront les premiers sur place. Ils retrouvent la victime en caleçon, grièvement blessée, sur une chaise devant la caravane. À 6 h 05, les premiers gendarmes arrivent. "Ils découvrent un camp plongé dans le noir, il n'y a en apparence personne. Ils sont prêts à faire demi-tour. C'est au bout du camp qu'ils voient une quinzaine d'hommes qui les attendent" a expliqué le procureur qui a évoqué "une sorte d'omerta". "Il ne s'est rien passé, nous n'avons rien à vous dire" auraient dit les personnes sur place aux gendarmes. 

Un pronostic vital un temps engagé

Kendji Girac a été victime d'une plaie par arme à feu. "L'orifice d'entrée est situé au niveau du mamelon gauche. L'orifice de sortie se situe à l'arrière, dans le dos, entre la neuvième et la dixième côte. La balle a suivi une trajectoire du haut vers le bas, du dedans vers le dehors et de l'avant vers l'arrière. Ce projectile a suivi un angle d'environ 45 degrés, avec une distance considérée comme proche, susceptible de correspondre à un tir à bout portant" a souligné Olivier Janson. 

"Les conséquences de ce tir auraient pu être beaucoup plus graves qu'elles ne le sont. Le médecin a fixé une ITT d'environ 30 jours mais très concrètement, vu le trajet qui a été celui de la balle, elle est passée à proximité immédiate du cœur, il y a une perforation au niveau d'un poumon, la rate a été touchée ainsi que le diaphragme. Aucun organe vital n'a été touché. C'est un trajet miraculeux", a insisté le magistrat. 

Opéré lundi dernier, Kendji Girac, dont le pronostic vital a été un temps engagé, est désormais tiré d'affaires mais son rétablissement a été estimé à plusieurs mois.

De l'accident à la "simulation de suicide"...

Interrogé lundi matin à 8h20 "pendant cinq minutes" par un enquêteur venu à son chevet, le chanteur de 27 ans a d'abord plaidé la thèse de l'accident, expliquant avoir "manipulé cette arme" achetée sur une brocante de La Teste-de-Buch et avoir occasionné un tir sans le vouloir. 

Mercredi, le chanteur a pu être entendu pendant plusieurs heures. Il est revenu sur cette première déclaration et a donné une tout autre version. Il ne dit plus que le coup est parti involontairement mais que "cette impulsion a consisté pour lui à vouloir impressionner sa compagne". "Il indique qu'il a eu très peur quand il l'a entendu parler de départ, qu'il a eu un moment de panique et qu'il a, à son tour, voulu lui faire peur. En quelque sorte, il a simulé un suicide, dit-il, précisant qu'il avait omis de vérifier si le chargeur comprenait des munitions ou pas. Il le croyait vide, selon lui, et c'est volontairement qu'il s'est tiré dessus", a relaté Olivier Janson. "Je voulais faire entendre le bruit de la détente à Soraya. Je voulais qu'elle me dise d'arrêter, qu'elle ne parte pas" a déclaré le chanteur aux enquêteurs avant d'ajouter : "J'étais saoul à un point de ne pas savoir trop quoi faire. J'ai perdu le contrôle". 

Pour ce qui est de l'arme, sa version a aussi changé. Kendji Girac affirme désormais qu'elle a été achetée "500 euros" trois jours avant les faits à un "gars" qui serait passé sur l'aire d'accueil des gens du voyage. 

L'arme, l'étui et la balle retrouvés

L'arme, un pistolet automatique de marque Remington datant de 1911, et l'étui, introuvables un temps, ont finalement été retrouvés sur indication. Le pistolet se trouvait dans un buisson. La balle a, elle, été découverte ce jeudi matin au cours de nouvelles fouilles dans le sol de l'aire d'accueil, non loin de la caravane.

Une expertise a permis de déterminer que l'hypothèse d'un tir effectué par une tierce personne "n'est pas compatible" avec la disposition des lieux, a déclaré le procureur. Et la thèse d'un accident, soutenue par Kendji Girac au départ de l'affaire, est jugée "impossible" après expertise balistique de l'arme utilisée, dont toutes les sûretés sont "opérationnelles", a-t-il ajouté.

De nouvelles expertises balistiques et toxicologiques, pour savoir si le chanteur n'a pas pris d'autres substances, doivent être effectuées. 

"Il regrette fortement"

Aujourd'hui, Kendji Girac affirme "être content" que "tout soit désormais au clair" et "assume ce qu'il a fait". "Il regrette fortement ce qu'il s'est passé et dit avoir fait quelque chose qui n'est pas lui, qui n'est pas dans ses habitudes (...) Il maintient qu'il s'agit d'une 'simulation de suicide'. Je lui ai fait part de mes réserves", a insisté le magistrat, n'excluant pas la thèse d'une tentative de suicide.

Olivier Janson a précisé que le volet de l'enquête ouvert pour "tentative d'homicide" "devrait se terminer par un classement", "sauf élément nouveau". D'autres investigations seront poursuivies pour "savoir d'où provient cette arme", même si la version du chanteur sur ce point "sera très difficile à vérifier".


Aurélie SARROT

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