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VIDÉO - Maire mise en cause dans un trafic de drogue : l'enquête de "Sept à Huit"

A.B. | Reportage Sept à Huit
Publié le 30 mai 2022 à 17h13
JT Perso

Source : Sept à huit life

Depuis le 22 avril 2022, Mélanie Boulanger, maire PS de Canteleu, est mise en examen pour complicité de trafic de stupéfiants.
Une accusation rarissime à l'encontre d'une élue de la République.
Aurait-elle cédé à des pressions ou des menaces ? "Sept à Huit" a mené l'enquête.

C'est une affaire hors du commun qui secoue depuis plusieurs mois la petite commune de Canteleu, près de Rouen, en Seine-Maritime. Depuis le 22 avril, la maire Mélanie Boulanger, 45 ans, ainsi que son adjoint au commerce sont poursuivis, avec une quinzaine d'autres personnes, pour un trafic international de cannabis, de cocaïne et d'héroïne. Les deux élus, jusqu'à présent inconnus des services de police, sont soupçonnés d'avoir joué le jeu des trafiquants. 

Tout commence le 25 septembre 2019, en Seine-Saint-Denis. La police interpelle alors deux hommes en pleine transaction dans un passage sous-terrain et retrouve près de deux kilos de cocaïne pure à 80%, ainsi que 52.000 euros en liquide. L'un d'eux, âgé de 22 ans et connu pour des délits mineurs, est prénommé Yassine. Il habite près de Rouen et s'est rendu en Seine-Saint-Denis à bord d'un utilitaire immatriculé au nom d'un kebab de Canteleu. Un restaurant dont le gérant n'est autre que l'adjoint au commerce de la ville : Hasbi Colak.

Un clan au coeur de l'enquête

Co-saisis de l'enquête, les policiers rouennais placent l'élu sur écoute, ainsi que plusieurs membres d'une même famille. Un clan qu'ils soupçonnent depuis longtemps de diriger, avec des hommes de main, le trafic de stupéfiants dans la région : les Meziani, dont le fief est la cité Rose à Canteleu, un des deux quartiers sensibles de cette ville de 15.000 habitants. Au-delà de la cité, la famille aurait développé un réseau international de trafic de drogue, notamment avec l'Espagne et le Maroc où réside une partie de ses proches.

Au fil de leur enquête, les policiers découvrent ainsi l'emprise et la crainte que ce clan inspire en ville. Violences, règlements de comptes, les Meziani ne reculeraient devant rien pour protéger leur territoire et seraient même allés jusqu'à faire pression sur des élus de Canteleu, à commencer par la maire de la commune : Mélanie Boulanger, socialiste, entrée en fonction en 2014 et maman d'une adolescente.

En 2017, elle reçoit dans son bureau un des membres de la fratrie Meziani qui souhaite un logement social. Elle aurait alors refusé de lui accorder tout passe-droit, provoquant la colère de l'individu. L'élue affirme qu'il l'aurait menacée en lui indiquant savoir "où elle habite" et "où sa fille va à l'école". Comprenant qu'elle ne bénéficierait d'aucune protection policière, elle renonce à porter plainte.

Acheter la paix sociale ?

La crainte se serait-elle alors installée, poussant Mélanie Boulanger et son adjoint à la faute ? C'est ce que pensent les enquêteurs après avoir longuement écouté les conversations téléphoniques de l'élu en charge du commerce. Le 14 février 2020, des trafiquants auraient ainsi contacté la maire par le biais de son adjoint, menaçant de "tout brûler" dans la ville si les contrôles de police ne cessaient pas. L'édile aurait alors contacté le commissaire pour lui demander une présence policière moins intense sur sa commune.

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Placée en garde à vue en octobre, Mélanie Boulanger, elle, explique : "Il s'agissait de propos délirants qui faisaient très peur (...). Quant au commissaire, je lui ai simplement demandé l'application d'une méthode plus mesurée de contrôles". Quelques jours plus tard, elle convoque une conférence de presse pour clamer son innocence et affirmer avoir "tout fait" pour lutter contre le trafic de drogue, tout en confirmant avoir subi des pressions sans jamais y avoir cédé. 

Mélanie Boulanger, son adjoint et la quinzaine d'autres personnes mises en cause restent présumés innocents des faits qui leur sont reprochés. La maire et Hasbi Colak doivent être entendus, pour la première fois sur le fond de cette affaire, dans quelques jours, par le juge en charge de l'instruction. 


A.B. | Reportage Sept à Huit

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