Le 13H

"C’est comme le chien de la maison" : les propriétaires du sanglier Maurice autorisés à le garder

Maëlane Loaëc | Reportage TF1 Carlo Parédès et Emmanuel Sarre
Publié le 12 octobre 2022 à 10h32
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Un sanglier peut-il être un animal domestique comme les autres ?
En Corrèze, les propriétaires de Maurice se battent depuis des années pour garder celui qu'ils avaient recueilli blessé.
Le tribunal correctionnel de Tulle a décidé mardi qu'ils pourraient le conserver auprès d'eux, mais
le préfet a encore son mot à dire.

Sur le vaste terrain du couple corrézien, dans le village de Montaignac-sur-Doustre, les deux chèvres Caroline et Juju, les poules et les oies côtoient un colocataire beaucoup plus surprenant : Maurice, un sanglier de huit ans. Derrière le grillage de son enclos, il croque le pain que lui tendent ses propriétaires, les laisse lui poser une main sur son museau. "C’est comme le chien de la maison. Un sanglier récupéré à quelques mètres d’ici, en 2014. Il était blessé, on l'a soigné et tenté de le relâcher, mais il n’a jamais voulu repartir", rembobine William Vayne dans le reportage du 13H de TF1 en tête de cet article.

Malgré lui, l’animal est devenu célèbre depuis trois ans et demi, lorsqu'une dénonciation a valu à ses propriétaires d’être poursuivis par la justice. "On nous reproche la capture et la détention d’animal sauvage, sur le papier. Mais je ne sais pas si dans la nature, vous pourriez le voir si près", rapporte Sylvia Bachellerie. 

"Très belle victoire judiciaire"

Maurice a été recueilli quelques semaines après sa naissance sur la propriété du couple, qui a aujourd’hui l’espoir de l’adopter définitivement. Dans le cas contraire, il pourrait être euthanasié, au grand dam de leur voisin, pourtant chasseur. "Il ne fait de mal à personne. Même en étant chasseur, je me vois mal mettre un coup de fusil à un sanglier enfermé depuis un moment, qui vient vous dire bonjour", s'irrite Félix Orosemane, président de la société de chasse de la commune. 

Depuis le début de l'affaire, le soutien est grandissant autour des deux conjoints, notamment de la part d’associations de protection des animaux comme la Fondation Brigitte Bardot, ou l'association vendéenne Voir Informer Dénoncer Agir (VIDA), mais aussi d'anonymes. Une cagnotte a rassemblé près de 6000 euros, tandis qu'une pétition en ligne, baptisée "Sauvez Maurice", cumule près de 218.000 signatures. "Moi qui travaille à domicile et qui côtoie beaucoup de monde, je vois que les gens attendent le résultat du procès, ils me demandent régulièrement des nouvelles", s'émeut Sylvia Bachellerie. 

Au tribunal, on se demandait même pourquoi on était là. C’est la montagne qui accouche d’une souris

Me Patrice Grillon, avocat au barreau de Paris

Verdict rendu ce mardi par le tribunal correctionnel de Tulle, qui donne finalement raison au couple. Poursuivis pour prélèvement d'un animal sauvage dans la nature et détention du sanglier, les deux propriétaires ont été relaxés pour la première infraction et condamnés pour la deuxième, mais sans aucune sanction : pas d'amende, ni de peine de prison. Maurice n'est plus menacé d'euthanasie, et ne sera pas retiré à ses maîtres. 

"Au tribunal, on se demandait même pourquoi on était là. C’est la montagne qui accouche d’une souris", réagit auprès de TF1info Me Patrice Grillon, avocat au barreau de Paris accompagnant le couple, qui salue une "très belle victoire judiciaire pour du pénal". Le tribunal a estimé qu'une déclaration des deux conjoints à la préfecture, indiquant détenir le sanglier, était suffisante pour qu'ils puissent conserver l'animal. D'après le juriste, un appel du Parquet s'avère très peu probable. 

L'attente du dernier mot du préfet

Pour autant, cette décision ne signe pas encore la fin de l'affaire pour les deux maîtres de Maurice, bien que déjà essorés par des années de parcours judiciaire. "Sur le plan pénal, on est complètement blanchi, mais la balle est dans le camp du préfet de Corrèze", souligne l'avocat. La préfecture peut en effet encore décider de retirer l'animal, ou pire, de l'euthanasier. Ce scénario du pire sera très certainement écarté pour Me Patrice Grillon, qui affirme que c'était le préfet lui-même qui avait renvoyé le dossier à la justice au début de l'affaire. "Ce serait vraiment un acharnement incompréhensible", juge-t-il.

La propriétaire, elle, reste tout de même sur ses gardes. Si elle se dit soulagée par la décision de justice, "tant que le préfet n’aura pas donné sa réponse positive, je ne serai pas totalement confiante", confie-t-elle à TF1info. En cas de refus de la préfecture de régulariser l'animal, le couple se lancerait dans un nouveau procès, cette fois au tribunal administratif, une procédure pouvant encore prendre plusieurs années. 

"De nombreuses personnes m'ont écrit pour me dire qu'ils ont chez eux des animaux sauvages blessés, qu’ils ont voulu sauver. On en rencontre beaucoup dans nos campagnes"

Sylvia Bachellerie, propriétaire du sanglier Maurice

En cas de victoire définitive, elle espère que son histoire pourra aider d'autres propriétaires désœuvrés, se retrouvant dans la même situation. "De nombreuses personnes m'ont écrit pour me dire qu'ils ont chez eux des animaux sauvages blessés, qu’ils ont voulu sauver. On en rencontre beaucoup dans nos campagnes. En Corrèze, nous n'avons pas de centre de sauvetage", déplore la propriétaire, qui aimerait que "les gens sachent que l'on a des droits"

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"Mais il ne faut pas faire n'importe quoi : je n’incite pas les gens à adopter des animaux sauvages", met-elle toutefois en garde, soulignant qu'un terrain adéquat est nécessaire. Maurice dispose actuellement d'un enclos de 1000 mètres carrés, une superficie que le couple s'apprête à doubler pour le bien-être de l'animal, espérant pouvoir définitivement le garder auprès de lui. 


Maëlane Loaëc | Reportage TF1 Carlo Parédès et Emmanuel Sarre

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