Lucas, jeune homme de 25 ans, est mort début octobre après avoir passé huit heures sur un brancard aux urgences de l'hôpital d'Hyères.
Sa famille a porté plainte pour "homicide involontaire".
Sa mère et un témoin livrent leur version des faits face aux caméras de TF1.

"Je me plains à tout le monde que j'ai du mal à respirer", "personne ne fait rien", "j'ai tellement mal"... Corinne Godefroy a consigné les derniers messages de son fils Lucas comme autant d'appels de détresse qu'il aura passé dans le vide lorsque le jeune homme se désespère dans les couloirs des urgences de l'hôpital d'Hyères le 30 septembre dernier. "18H17, horrible maman horrible", lit-elle. À ce moment-là, cela fait déjà plus de deux heures que Lucas se tord de douleur seul sur un brancard. "Je ne sais plus quoi faire, je me sens tellement faible. La cage thoracique est tellement douloureuse. Ils ne savent pas quand il y aura un médecin de dispo", lit-elle encore. 

On a un dossier médical qui nous a été adressé anonymement. C'est quand même la manifestation de la volonté de quelqu'un de nous faire savoir que quelque chose s'est pas bien passé.
L'avocat de la famille de Lucas

À l'extérieur, ses parents n'ont pas la permission d'entrer pour le voir. Un médecin parle d'une indigestion. Lucas est en fait victime d'une infection grave à méningocoques. Au bout de huit heures dans le couloir et un malaise, il est enfin pris en charge, mais il est trop tard. Le jeune homme décède dans la nuit d'un choc septique selon sa famille  "Quand on fait une septicémie, c'est le temps. Il ne faut pas laisser à la bactérie des heures et des heures pour continuer à se multiplier et attaquer l'organisme en entier jusqu'à mourir. Le temps, c'est primordial, donc oui, étant donné qu'ils ont laissé le temps filer comme ça pendant des heures, ils ont condamné Lucas à mort, c'est certain", affirme sa mère dans la vidéo en tête de cet article. 

La famille a porté plainte pour "homicide involontaire" contre l'hôpital. Contactée, la direction de l'établissement répond qu'"en raison du secret médical", elle n'est pas autorisée "à commenter" les détails du dossier. Mais visiblement, les preuves s'accumulent sur le bureau de l'avocat de la famille de Lucas. "D'abord, on a un dossier médical qui nous a été adressé anonymement. C'est quand même la manifestation de la volonté de quelqu'un de nous faire savoir que quelque chose s'est pas bien passé", explique maître Thomas Callen. 

Et puis, il y a un témoin, présent cette nuit-là dans les couloirs des urgences, qui a tout vu et tout entendu de ce qui s'est passé. Damien était dans le brancard juste en face de celui de Lucas. "Il faut imaginer Lucas en chien de fusil sur son brancard, complétement plié en deux, qui émettait des petits gémissements. Et au fur et à mesure que le temps avance, tu comprends que ce n'est pas une indigestion. Il a été abandonné dans une première phase où il ne se passe rien. Il voit une fois le médecin et puis c'est tout. Là, on se dit : 'ils l'ont laissé mourir quoi'", raconte-t-il.

Dès le lendemain, Damien écrit au procureur de la république et au ministre de la Santé pour expliquer ce qu'il a vu aux urgences. Aujourd'hui, s'il prend la parole, c'est en espérant que personne ne revive jamais ça.


V. F | Reportage TF1 : Matthieu Perrot et Nicolas Carme

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