Sécheresse : 2022, une année historique

VIDÉO - Pneus dégonflés, golfs saccagés : qui sont les militants écologistes radicaux ?

M.L | Reportage Georges Brenier, Florence de Juvigny et Alexis Dubail
Publié le 6 octobre 2022 à 16h47
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Des terrains de golf vandalisés, des réservoirs d'eau pour les agriculteurs vidés de leur contenu, des propriétaires de SUV retrouvant leurs pneus dégonflés ou crevés...
Ces actions sont l'œuvre d'activistes écologistes radicaux, qui veulent ainsi dénoncer les activités trop polluantes.
Le 20H de TF1 a enquêté sur leur profil.

Avant l'arrivée des premiers golfeurs, Bruno Escamez effectuait ce matin-là son habituelle inspection du gazon à bord de sa voiturette, parcourant le vaste terrain de son golf vallonné de Nancy-Pulnoy, en Meurthe-et-Moselle. Mais il a vite compris que le site avait déjà été visité en pleine nuit. "Il était entièrement rempli de béton", décrit-il en s'approchant d'un trou, dans le reportage du 20H de TF1 ci-dessus. Au total, quatre trous ont été rebouchés avec du ciment par des militants écologistes radicaux qui s'y sont introduits au début du mois de septembre. 

Un peu plus loin, des inscriptions ont été tracées sur la pelouse à l'aide de bombes de peinture : les mots "Gaïa (la Terre, NDLR) crève", "j'ai soif",  "il y a de l'eau ?", entre autres, se détachent en lettres noires sur le gazon. Chaque fois, le golf est accusé de gaspiller de l'eau prétendument pour le seul plaisir de clients fortunés. "Une autre inscription encore disait 'eat the rich'", "mangez les riches", rapporte l'exploitant. Pour cet amoureux du golf, les auteurs de ces actes de vandalisme se trompent de cible. "On n'utilise pas une goutte d'eau de ville, pas une goutte d'eau potable. Donc pour nous, c'est une injustice, c'est clair", s'irrite Bruno Escamez. 

"Ces bourgeois ne vont pas faire des efforts par eux-mêmes"

Derrière ces dégradations de golf se trouve notamment le collectif des "Sangliers radicalisé.es". L'un de ses membres a accepté de témoigner à visage couvert dans le 20H de TF1 : Thomas* explique vouloir réveiller les consciences face au réchauffement climatique. "La justice climatique va de pair avec la justice sociale. On sait très bien que ces bourgeois, à qui on donne des passe-droits, ne vont pas faire des efforts par eux-mêmes, il faut les forcer. C'est pour cela que nous, on les force, par des actions de sabotage", affirme le militant. 

Ce type d'action est devenu fréquent depuis l'été dernier, marqué par une sécheresse inédite. Des jacuzzis ont été percés et vidés de leur eau, dans l'est de la France, comme à Gérardmer, dans le massif des Vosges. Des petits mots avaient également été laissés, accusant les propriétaires de gaspiller de l'eau en période de fortes restrictions. "L'image du méchant touriste qui vient voler l'eau ou envahir la population, c'est un peu cliché", s'était emporté l'un d'eux dans un précédent reportage du JT. Parallèlement, des gigantesques réservoirs utilisés par les agriculteurs en période de sécheresse ont été endommagés et des systèmes d'irrigation parfois déterrés et brandis en trophée.

Ces militants, souvent proches de l'extrême gauche, n'ont pas confiance dans les partis politiques écologistes, qui ne font rien à leurs yeux pour agir véritablement pour l'environnement, comme le détaille Christophe Bourseiller, historien et auteur du livre La Nouvelle histoire de l'ultra-gauche. À noter par ailleurs, pour mieux cerner leur profil : "ce sont des personnes très jeunes, entre 18 et 25 ans. Cette génération pense qu'elle doit réparer les dégâts que nous, les adultes, avons commis", soulève le spécialiste. 

"Si on veut faire une action écologiste, on est tout sauf là-dedans"

Cette réparation passerait aussi par la lutte contre les véhicules polluants : depuis plusieurs mois, un mystérieux collectif s'emploie aussi à dégonfler les pneus de voitures de type SUV ou 4x4. Des dizaines de voitures ont été ciblées partout dans l'Hexagone, principalement dans les grandes villes. La semaine passée, ce sont plus de 60 automobiles qui ont été sabotées par des activistes dans les Hauts-de-Seine en une seule nuit.

Eric Manda en a récemment fait les frais à Paris. Sur son pare-brise, il a découvert un petit mot laissé par les militants : "Attention ! Votre SUV tue. Ne le prenez pas personnellement, vous n'êtes pas notre cible, c'est votre véhicule", était-il écrit, signé par le collectif des "Dégonfleurs de pneus", branche française du groupe d'action britannique "The Tyre Extinguishers", qui revendique 9000 dégonflages en Europe. "Les constructeurs automobiles essaient de nous convaincre d'acheter des SUV et des 4x4, mais c'est un désastre pour le climat. Les SUV sont la deuxième source globale d'augmentation de dioxyde de carbone de la dernière décennie, devant l'industrie aéronautique", déplore le collectif dans cette note.  

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Selon l'automobiliste, ce dernier n'aurait pas pu plus mal s'y prendre pour protéger l'environnement. "J'ai dû appeler un taxi, faire appel à une dépanneuse. Si on veut justement faire une action écologiste, on est tout sauf là-dedans", fustige-t-il. 

La justice reste pour l'heure très clémente avec les rares militants interpellés, notamment ceux arrêtés dernièrement à l'aéroport privé du Bourget, près de Paris, lorsque ces derniers avaient jeté du faux sang sur la façade du bâtiment. Mais le mouvement reste suivi de près par les services de renseignement, soucieux que ces écologistes ne se radicalisent pas davantage.

*Le prénom a été modifié. 


M.L | Reportage Georges Brenier, Florence de Juvigny et Alexis Dubail

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