"Qu'ils viennent démolir, on les démolira" : dans les bidonvilles de Mayotte, les habitants entre colère et résignation face à l'opération Wuambushu

par M.G
Publié le 24 avril 2023 à 12h06

Source : JT 20h WE

Le gouvernement a récemment confirmé une opération de grande envergure contre la délinquance et l'immigration illégale à Mayotte.
Mais nombre d'habitants des bangas ne cachent pas leur hostilité vis-à-vis de cette intervention musclée.

À 8000 kilomètres de Paris, Mayotte se trouve, depuis quelques jours, au centre de l'attention. Révélée par certains médias, Gérald Darmanin a confirmé, jeudi 20 avril, le déclenchement à venir de l'opération "Wuambushu", qui peut vouloir dire "reprise" ou "poil à gratter" en mahorais. "Quatre escadrons de gendarmes mobiles, des policiers de la CRS-8, spécialistes de la lutte contre les violences urbaines, au total 510 membres des forces de l’ordre" ont été envoyés ces derniers jours dans l'archipel. Ils sont appuyés par "six magistrats et sept greffiers, ainsi que quinze agents de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ)"

Ces importants moyens doivent permettre au gouvernement de "redoubler d’activité" contre la délinquance locale et de lutter plus efficacement contre l'immigration illégale, à l'heure où de très nombreux clandestins - en provenance notamment des Comores - séjournent sur l'île. Souvent, ils vivent dans des conditions d'extrême précarité, dans des cases en tôle appelées bangas, lesquelles sont agrégées dans d'immenses bidonvilles. Ce sont ces zones urbaines très densément peuplées, privées de tout, et particulièrement d'eau et d'électricité, qui sont particulièrement ciblées par Beauvau. En parallèle, l'objectif est d'effectuer 10.000 expulsions en deux mois. 

La France ne peut pas nous faire ça
Dakar

Ce durcissement de ton passe mal du côté des locaux. "La France ne peut pas nous faire ça. Si elle n'a pas pitié de nous, les parents, qu'elle ait au moins pitié de nos enfants", s'étrangle Dakar, un clandestin qui vit à Mayotte depuis une vingtaine d'années avec ses cinq enfants. "La vie aux Comores est impossible. C'est pour ça que l'on a risqué notre vie en traversant la mer, pour chercher une meilleure vie ici", ajoute le père de famille dans le reportage en tête de cet article, sachant que ses jours sur place sont comptés. Comme lui, de nombreux locaux se disent résignés, sans espoir. Certains d'entre eux ont même détruit leurs habitations et sont partis se réfugier dans les forêts avoisinantes, avec le maigre espoir d'échapper aux forces de l'ordre.

Avant, on vivait tranquillement ici. Mais maintenant, les gens s'attaquent à coups de machette
Une Mahoraise

Néanmoins, dans certains quartiers réputés particulièrement dangereux, il n'est pas question de plier bagage, quitte à s'opposer à la police par la force. "On les attend. Qu'ils viennent démolir, on les démolira", lance un homme au micro de TF1. "Mes parents sont aux Comores, je n'ai pas de famille, je n'ai plus personne, je n'ai pas de dortoir, je n'ai rien. Je vais faire quoi ? Je vais basculer dans la délinquance parce que c'est (tout) ce qu'il va me rester à faire", explique-t-il. 

Mais Mayotte, c'est aussi plusieurs réalités et modes de vie qui se côtoient. Ainsi, nombre de Mahorais, exténués par la hausse de l'insécurité et la dégradation des services publics, attendaient cette opération avec impatience. "Avant, on vivait tranquillement ici. Mais maintenant, les gens s'attaquent à coups de machette", fustige une femme, qui souhaite simplement retrouver une certaine quiétude. "Ce n'est pas en nous envoyant tous les escadrons de militaires qu'ils vont pouvoir sortir l'île des problèmes que l'on a. Je ne dis pas qu'ils ne font pas d'efforts, mais l'effort devait être fait avant", pointe une autre riveraine. Une déclaration qui traduit parfaitement le sentiment d'oubli et d'abandon que les habitants du 101e département français connaissent depuis de trop longues années. 


M.G

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