Condamnée pour avoir tenté de poignarder son mari : le témoignage de Nicole, 70 ans, dans "Sept à Huit"

V. Fauroux | Vidéo Sept à Huit
Publié le 1 janvier 2023 à 21h19, mis à jour le 2 janvier 2023 à 15h52

Source : TF1 Info

Une septuagénaire a été condamnée début décembre à huit ans de prison ferme par la cour d'assises de Charente-Maritime.
Il y a quatre ans, elle avait tenté de tuer son mari qui s'apprêtait à la quitter, après 47 ans de vie commune.
Le magazine de TF1 "Sept à Huit" revient sur cette affaire atypique.

Il aura fallu quelques minutes pour que le destin de Nicole, 70 ans, bascule. Dans la nuit du 6 au 7 mars 2018, après 47 ans de vie commune, cette retraitée bien sous tous rapports, avait porté deux coups de couteau à Bernard, 73 ans aujourd'hui, à leur domicile de Saint-For-Sur-Gironde, près de Saintes (Charente-Maritime), où s'est tenu son procès le 9 décembre dernier pour "tentative de meurtre sur conjoint". 

Après avoir passé un an en détention provisoire, elle sait qu'elle risque de retourner derrière les barreaux. "Je suis en train de faire la liste qu'il faut que je m'achète, ce qu'il faut que je remporte au cas où. Comme cela, il n'y aura pas de surprises, je ne me retrouverai pas sans rien comme la première fois", dit-elle devant les caméras de Sept à Huit. 

Des épreuves qui abîment l'harmonie du couple

L'accusée n'arrive toujours pas à expliquer son geste, inimaginable il y a encore quelques années. Retour en arrière : Bernard et Nicole sont des enfants de la campagne charentaise, une région qu'ils n'ont jamais quittée. En 1967, au cours d'un bal, c'est la rencontre. "J'avais quinze ans, j'étais ouvrière, c'était pour la fête de la commune. Il y avait tout un groupe, on a dansé et on ne s'est plus jamais quitté", raconte Nicole. Quatre ans plus tard, ils se marient. La jeune femme n'est pas encore majeure et Bernard a tout juste 22 ans. "Elle était joyeuse, amoureuse. Pour moi, c'était une femme idéale", témoigne-t-il. 

Elle, la bavarde, enchaîne les petits boulots dans les vignes et à la charcuterie du village. Lui, le taiseux, est agent d'entretien. Ensemble, ils ont trois enfants : Valérie, Sandra et Michael. Leur vie conjugue travail et bonheurs simples. Mais cette parenthèse enchantée sera de courte durée. En 2010, Bernard et Nicole sont frappés par le décès brutal de leur fils dans un accident de la route à l'âge de 32 ans. Sept ans plus tard, leur fille Sandra fait un AVC qui la laisse lourdement handicapée. Des épreuves qui abîment l'harmonie du couple. "On n'a jamais eu trop de chance. Sur deux filles et un garçon, il y en a une qui est paralysée et mon garçon qui est mort. Donc tout ça, ça fait que de plus en plus, on s'est écarté l'un de l'autre", reconnaît Bernard.

"Un geste de désespoir"

C'est alors que la vie du couple va basculer. En 2017, Bernard trouve du réconfort auprès d'une amie du comité des fêtes. Une relation qu'il ne cache pas et qui va durer un an, avant qu'il ne décide de quitter sa femme. Cette dernière ne le supporte pas. S'ensuit une dépression et un chantage au suicide. "Si lui, il partait, pour moi, c'était perdu, c'était fini. Moi, sans lui, ma vie ne valait pas le coup. Je me retrouvais toute seule", assure-t-elle. De son côté, Bernard précise qu'il ne voulait pas en arriver là. Pourtant, il finit par faire ses valises et part une semaine avec sa maîtresse.

Le soir de son retour, le 6 mars 2018, il annonce à Nicole vouloir partir définitivement dès le lendemain. Dans la nuit, après une ultime relation intime, Nicole quitte le lit pour aller prendre un couteau dans la cuisine et revient frapper son mari au thorax. "J'ai fait une grosse bêtise. Je ne sais pas pourquoi je l'ai fait, comment j'ai fait. Pour moi, c'est incompréhensible", tente-t-elle d'expliquer. À la barre, lors de son procès, l'accusée a affirmé qu'elle voulait au départ se suicider, et que son époux "parte avec elle". Elle a évoqué "un geste de désespoir". 

De son côté, Bernard dit avoir des souvenirs confus de cette nuit-là. Il se rappelle simplement avoir fui chez leur fille Valérie, le couteau à la main. Durant l'année de détention provisoire de Nicole, les habitants vont étonnamment prendre fait et cause pour elle, ne la voyant pas comme une criminelle. Mais ce n'est pas l'avis du président de la cour d'assises de Charente-Maritime, Franck Wastl-Deligne, qui l'a condamné début décembre à huit ans de prison ferme. "Vous aviez l'intention de tuer votre mari", a-t-il expliqué lors du prononcé du verdict. "La cour a rendu la peine la plus juste, en tenant compte de l'absence d'antécédent judiciaire et des difficultés dans votre vie. Mais la cour estime que vous n'avez pas encore pris conscience des faits en totalité", a-t-il dit.

Pour l'avocate générale Cécile Diard, l'accusée "n'a pas cessé d'être fluctuante tout au long de la procédure". Écartant la préméditation, elle a retenu la "détermination" de l'épouse par rapport à la "trahison" de son mari qui la trompe. "C'est une femme, mais la parité doit être le maître-mot. Ça ne doit pas entrer en ligne de compte", a ajouté la magistrate, enjoignant les jurés à ne pas être "influencés" par l'âge de la mise en cause, 70 ans. À la barre, son mari a lui estimé que s'il "n'était pas parti, rien de tout ça serait arrivé" et a affirmé vouloir "retourner chez lui avec sa famille et sa femme". 


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