Le 20h

REPORTAGE - Violences à Besançon : un quartier en proie à "une criminalité organisée inquiétante"

par La rédaction de TF1info | Reportage Ignacio Bornacin, Julien Cressens et Gilles Parot
Publié le 25 janvier 2023 à 13h03
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Le quartier de Planoise à Besançon est régulièrement en proie aux violences, sur fond de trafic de stupéfiants.
Malgré le renfort d'une brigade spécialisée de terrain (BST), une interpellation a lieu tous les trois jours pour trafic de stupéfiants.
Les habitants, eux, sont soumis à la loi du silence.

Fin décembre 2022, un collectif d'une vingtaine de personnes a adressé une lettre au Président de la République pour faire part de leur "sentiment d'abandon" à Planoise, un quartier de Besançon confronté à la violence, engendrée par le trafic de drogue. Cela fait maintenant quatre ans que ces 22.000 habitants subissent le trafic de stupéfiants, et la brutalité des rivalités claniques, impuissants qu'ils sont face à la violence qui gangrène cette ville dans la ville. Une manière d’interpeller l’État sur leur situation.

Récemment, trois mineurs ont déjà été tués lors de règlements de compte. Parmi les victimes de ces violences, se trouve Abdel Malek Ben Massaï, un adolescent de quinze ans dont la vie a été fauchée en août 2022, mort après avoir reçu une balle dans la nuque. Il était la victime collatérale d'un trafic de drogue auquel il était totalement étranger, jouant au football près d'un point de deal disputé entre bandes du quartier. Un autre adolescent qui était avec lui, victime d'une balle au thorax, a survécu. Le meurtrier n'a toujours pas été retrouvé. Cinq mois après le drame, sa mère reste inconsolable : "Je n'arrive pas à t'oublier, j'entends ta voix, je t'aime", dit-elle en larmes, regardant les photos de son fils, dans le sujet en tête d'article. Malgré les saisies de drogues et les arrestations (81 interpellations dont 40 pour stupéfiants en deux mois, rappelle la préfecture), Planoise continue d'être réveillé par des bruits de coups de feux.

Les gangs n'hésitent plus à tuer

Dans le quartier de la Planoise, une interpellation a lieu tous les trois jours pour trafic de stupéfiants et les habitants sont soumis à la loi du silence.  Depuis novembre 2022, des moyens supplémentaires, réclamés par la maire de Besançon Anne Vignot, ont été alloués par l'État à ce quartier avec une brigade spécialisée de terrain (BST) composée de douze agents de police (onze hommes et une femme). Une brigade mobile, active tous les jours de la semaine et présente uniquement dans ce quartier. Mais malgré le renfort, les échanges de tirs entre bandes rivales n'en demeurent pas moins réguliers. Ce dimanche 22 janvier, une vingtaine de coups de feu ont retenti dans ce haut lieu du trafic de stupéfiants. Aucun blessé, mais de nombreux impacts constatés au niveau d'une cage d'escalier. 

Patrouilles permanentes, chiens renifleurs, contrôles routiers... En réaction, une politique de harcèlement a été mise en place pour déstabiliser le réseau, d'autant que le trafic ne se limite plus à la résine de cannabis. "Plus on multiplie les contrôles, plus on a la chance de faire des saisies", constate dans le sujet le Capitaine Michel, chef des unités d'appui opérationnelles de la police nationale sur Besançon. Un seul dealer peut rapporter jusqu'à 6000 euros par jour. Pour contrôler ces points de vente, les gangs n'hésitent plus à tuer. 

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Avocat, Me Jérôme Pichoff ne pensait pas un jour traiter des dossiers pour meurtre en bande organisée à Besançon. Il défend la famille de Houcine Hakkar, tué par balles le 8 mars 2020 à Besançon après une course-poursuite en voiture depuis le quartier de Planoise. Il aurait été confondu avec la vraie cible des tueurs. Presque "30 balles" qui ont été tirées dans le véhicule, précise-t-il dans le sujet de TF1 : "Sans être à Marseille ou dans des villes qui sont plus souvent citées pour des actes criminels dans cette nature, on constate dans des villes comme Besançon des règlements de compte sur fond de trafic de stupéfiants qui relèvent d'une criminalité organisée inquiétante."  La ville de Besançon veut investir jusqu'à 180 millions d'euros pour revaloriser le quartier, créer plus de centres sociaux et proposer des formations professionnelles aux jeunes du quartier. 


La rédaction de TF1info | Reportage Ignacio Bornacin, Julien Cressens et Gilles Parot

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