Philippe, tué à Grande-Synthe (Nord), pourrait avoir été la victime d'un guet-apens organisé via le site "Coco.gg".
Ce site de rencontres est dans le viseur de plusieurs associations qui estiment qu'il est devenu un "terrain de jeu pour les prédateurs".
L'entrée en vigueur de la nouvelle loi de sécurisation et de régulation de l'espace numérique pourrait permettre de bloquer le site en France.

Il est la toile de fond d'une série d'agressions. Le site "Coco.gg", via lequel un jeune homme assassiné mardi à Grande-Synthe (Nord) pourrait avoir été victime d'un guet-apens, qui se présente comme un "site de chat sans inscription", est devenu "un terrain de jeu pour les prédateurs", selon des associations. 

Et pour cause, l'entrée sur le site n'est pas contrôlée : il suffit de donner son genre, son âge, son code postal et de se créer un pseudo. Les équipes de TF1 ont fait le test, avec Lola15 comme pseudo, et 15 ans comme âge. Un message indique qu'il faut être majeur. Nous rectifions donc pour 18 ans, et nous voici immédiatement accepté, sans aucun contrôle. En quelques poignées de secondes, des messages privés arrivent. Lola15 est compris comme 15 ans par certains. L'un d'entre eux dit chercher "une sexy girl qui vient chez moi pour love et sexe". D'autres demandent directement des photos intimes. 

Les thèmes proposés par le site sur la colonne de gauche de la page d'accueil sont aussi très variés, allant de "cuisine" à "cinéma", mais aussi des thèmes plus sexuels comme "femmes infidel" (sic) voire très crus, ou à connotation potentiellement pédophile tel "lycéenne".

"90% des dossiers de guet-apens mettent en cause Coco"

Environ 800.000 personnes visitent chaque mois ce site de rencontres qui permet l'anonymat. Un paramètre qui attire des prédateurs en tout genre. Depuis des mois, l'association SOS Homophobie dénonce les guet-apens tendus via ce site. 

"90% des dossiers de guet-apens mettent en cause "Coco", qui n'a ni filtre, ni modérateur, qui ne fait pas de prévention et qui est un terrain de jeu pour tous les prédateurs et les criminels sexuels, donc il y a une urgence à fermer cette plateforme", martèle Véronique Godet, coprésidente de SOS Homophobie. L'association avait déjà demandé sa fermeture après le guet-apens dont avait été victime une personne homosexuelle à Marseille en octobre dernier. 

Le site est aussi dans le viseur des associations de protection de l'enfance, comme Innocence en danger, dont la pétition demandant sa fermeture a recueilli plus de 5000 signatures il y a plusieurs années. 

Mais la démarche n'est pas si simple. Depuis sa création, il y a 20 ans, Coco change régulièrement de pays d'hébergement : la France, puis Hong Kong, et aujourd'hui l'île de Guernesey, réputée pour sa discrétion. Le propriétaire, lui, est basé en Bulgarie, de quoi brouiller les pistes. 

Pour traquer les criminels, la Brigade de protection des mineurs infiltre tous les sites de ce type. "On envoie ce qu'on appelle une réquisition et les sites nous répondent en nous donnant les informations dont ils disposent sur l'utilisateur, on peut récupérer aussi des adresses IP qui nous permettent d'identifier les personnes", avait expliqué à TF1 il y a plusieurs semaines Marie-Eva, cheffe du groupe internet à la BPM. 

Autre danger de cette plateforme, des photos et vidéos à caractère pornographique accessibles à tous les utilisateurs, y compris mineurs. Et c'est cet élément qui permettra bientôt de bloquer le site en France, grâce à la nouvelle loi de sécurisation et de régulation de l'espace numérique qui le prévoit. Elle devrait rentrer en application d'ici un mois.


La rédaction de TF1info | Reportage : Frédérique Agnès, Erinna Fourny

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