"J'ai encore des frissons quand j'en parle" : le déraillement mortel d'un TGV en Alsace jugé à Paris

par JC
Publié le 2 mars 2024 à 7h30, mis à jour le 4 mars 2024 à 10h16

Source : JT 13h Semaine

Le procès du terrible accident d'un TGV d'essai survenu en 2015 à Eckwersheim s'ouvre ce lundi 4 mars à Paris.
Ce drame, seul accident mortel de TGV en France, avait tué 11 personnes et fait 42 blessés.
Le JT de TF1 a recueilli des témoignages et retrace les faits.

Onze morts et quarante-deux blessés, soit la totalité des passagers présents à bord. C’est le bilan dramatique du déraillement d'un TGV d'essai survenu le 14 novembre 2015 à Eckwersheim (Bas-Rhin). Depuis ce lundi 4 mars et jusqu’au 16 mai se déroule le procès de la SNCF, de SNCF réseau (le gestionnaire d'infrastructure ferroviaire français) et de la société Systra, filiale de la SNCF, ainsi que de trois employés de la compagnie (un conducteur, un responsable de traction et un pilote).

L’accident s’est produit à quelques kilomètres seulement de Strasbourg, sur le pont d’Eckwersheim. Au moment où un TGV déraille et vient se fracasser contre les piles du pont, à 15h04, Théo pêche en contrebas. "Aujourd’hui encore, j’ai des frissons quand j’en parle", témoigne-t-il. Théo se souvient d’abord d’une explosion : "On se retourne, on voit une énorme boule de feu puis on voit cette rame voler". Il alerte les secours et se précipite sur place. La rame 744 n’est déjà plus qu’un tas de ferraille d'où sortent petit à petit les premiers rescapés.

La crainte d'un attentat

Paul, un autre habitant d’Eckwersheim, se trouve lui aussi à proximité de l’accident ce jour-là. "Je vois des personnes en train de sortir par des petites lucarnes situées à l’avant de la rame. Je vais vers elles, je leur donne un coup de main et je les mets en sécurité", raconte-t-il. 

Le plan rouge, un dispositif destiné à porter secours à de nombreuses victimes,  est alors déclenché. La veille, des terroristes ont fait des dizaines de victimes lors d’un attentat au Bataclan, à Paris. Tout le monde y pense. "On faisait rame par rame pour évacuer le maximum de gens. On ne savait pas si c’était un accident ou si c’était un attentat", se souvient Nicolas, adjudant-chef à la brigade motocycliste de Wissembourg (Bas-Rhin).

C’est une rame d’essai chargée de valider les derniers kilomètres du secteur de la ligne à grande vitesse (LGV) Paris-Strasbourg, alors en construction, qui a été touchée. Dans cette rame, qui compte huit wagons, se trouvent des techniciens et des ingénieurs, mais aussi des invités, dont des enfants. Le plus grand nombre de victimes est à déplorer dans le dernier wagon du convoi, la rame laboratoire.

Un manque de communication

La vitesse excessive du TGV, qui se trouve à ce moment-là dans une courbe près du canal de la Marne au Rhin, est rapidement mise en cause. Ce train circule en effet à 243 km/h, au lieu des 176 km/h prévus. Selon Claude Lienhard, un avocat du fils de l’une des victimes, la communication entre les trois sociétés mises en examen a en outre manqué de fluidité. "On n’arrive pas à comprendre l’ampleur du dysfonctionnement entre ces trois sociétés. Les informations ne sont pas passées", affirme-t-il face à la caméra de TF1. Cet avocat de Strasbourg déplore également "une culture où l’on n’accepte pas qu’un accident puisse arriver". "On ne pouvait pas envisager qu’un TGV déraille et on l’a poussé trop loin, trop vite ce jour-là"

Pour l’avocat de la SNCF, joint par téléphone par TF1, la stratégie de freinage mise au point par leurs experts n’est pas à remettre en cause, mais elle aurait été mal appliquée à bord. Depuis cet accident dramatique, des procédures ont été revues, certains documents améliorés et plus aucun invité extérieur ne participe désormais aux essais.


JC

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