Le maire d'Agde a été mis en examen mi-avril pour corruption et prise illégale d'intérêts.
Il assure avoir été manipulé par une voyante à qui il a notamment financé un mariage et une véranda.
Ils sont tous les deux maintenus en détention provisoire depuis mars dernier.

C'est une affaire rocambolesque, mêlant surnaturel, politique et escroquerie. Le maire LR d'Agde (Hérault) Gilles d'Ettore est maintenu en détention provisoire depuis le 21 mars dernier et mis en examen notamment pour prise illégale d'intérêts et corruption, au profit d'une médium. Il dit avoir été piégé par Sophia Martinez, qui se présente comme voyante, medium et guérisseuse, elle aussi maintenue en détention provisoire et mise en examen notamment pour escroquerie. 

Le maire a fait appel à elle en 2020, après la disparition de son père, dont il ne s'est pas remis. "Il a un père qui lui manque, à qui il ne peut pas montrer ses réussites. D'un seul coup, de manière opportune, une femme arrive prétendant pouvoir communiquer avec les morts, on va toucher à son point faible", explique l'avocat de l'élu. 

En plus de communiquer avec les morts, la voyante prétend aussi être en lien étroit avec l'archange Michaël, protecteur de la ville d'Agde. Il se manifesterait surtout auprès des clients les plus aisés de la voyante. Gilles d'Ettore dit avoir reçu des appels de lui peu après sa première consultation. À sa demande, il fait de nombreux cadeaux à la voyante, comme la construction d'une véranda dans la maison de Sophia Martinez pour qu'elle puisse y faire ses consultations, pour 45.000 euros au total, ou encore le financement de son troisième mariage pour 80.000 euros. Il obtient aussi des emplois pour trois de ses proches, dont son mari, et la voix aurait même réclamé au maire de modifier le plan d'urbanisme pour permettre à la voyante de faire construire sur un ancien volcan offrant une vue imprenable sur la mer. 

"Plus escroc que voyante"

Le maire n'a nourri aucun soupçon, selon son avocat. "Il avait une volonté d'être bienveillant à l'égard de cette Sophia, pour laquelle la voix lui demandait d'être bienveillant", avance-t-il. Gilles d'Ettore ne parle pas des cadeaux qu'il fait à la voyante à ses proches, même s'il fait son éloge à un ami d'enfance. "J'ai senti qu'elle était plus escroc que voyante ou médium", confie Jean-Marc, qui l'a consulté. "Il était assez buté sur la question, c'était un sujet tabou, fallait pas trop en parler, mais j'ai essayé au moins". 

C'est l'ex-femme du maire qui fait part de ses soupçons aux policiers. Après six mois d'enquête, l'affaire est révélée dans les médias. Au moment de sa garde à vue, Sophia Martinez avoue rapidement son stratagème aux enquêteurs. Elle use de ventriloquie pour fournir une voix grave et mystérieuse et se faire passer pour l'archange. "Elle m'a confirmé qu'elle avait ce don, et qu'elle l'avait utilisé à des fins mercantiles pour obtenir des gratifications, même si c'est plus complexe que ça, car on a une relation quasiment filiale entre le maire et sa voyante, je crois qu'on manipule les gens qui ont envie d'être manipulé", confie l'avocate de la voyante. 

Face aux policiers, elle fait une démonstration, filmée, et montrée au maire, qui ne croit pas aux propos des policiers. "Les enquêteurs ont essayé de lui faire comprendre qu'il était la proie de manœuvres frauduleuses, mais pendant une journée, il ne voulait pas entendre ce discours, il refusait de comprendre qu'il avait pu être joué de cette voyante, on l'a mis devant la vidéo et c'est là qu'il a réalisé qu'il avait été dupé, il a dit 'je suis abasourdi'", raconte son avocat. 

Concernant l'argent qui a servi à financer les cadeaux offerts à Sophia Martinez, la justice estime qu'il pourrait provenir des caisses de la mairie. De son côté, le maire assure qu'il s'agit de ses propres économies. Aussi, "deux cadres importants" du groupe de BTP Eiffage "soupçonnés d'avoir participé au financement occulte de travaux effectués au domicile" de la médium ont été mis en examen des chefs "d'abus de confiance, de faux et d'usage de faux", a annoncé le parquet de Béziers. 

À ce stade, les enquêteurs ont identifié une dizaine d'autres clients qui pourraient avoir été escroqués par la voyante. L'un d'entre eux, qui reconnait qu'elle possède tout de même "un don", a déposé une plainte pour escroquerie, estimant qu'elle a "fait un pacte avec le diable".


Emilie ROUSSEY

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