Une bande organisée s’en serait pris à plusieurs hommes homosexuels après leur avoir fixé rendez-vous via un site de rencontre.
L’une des agressions a viré au drame : Michaël, 30 ans, a été retrouvé mort dans son appartement.
Une équipe de "Sept à huit" a mené l'enquête.

Michaël a perdu la vie à l’âge de 30 ans, le 6 mars 2023, dans le salon de son appartement de Sorgues (Vaucluse), non loin d’Avignon. Son corps a été retrouvé avec un coussin sur la tête. L'autopsie a conclu à "une probable mort par étouffement". "Il ne faut pas qu’il soit mort pour rien, témoigne sa mère, Pascale, auprès de TF1, dans le cadre de l’enquête de 'Sept à Huit' diffusée ce dimanche 26 mai, à voir en tête de cet article. Il faut que ces gens-là soient jugés. C’est pour ça que je parle aujourd’hui. Et pour éviter qu’il y ait d’autres victimes. Ce n’est pas acceptable, ce qu’il se passe." Pour les proches de la victime, aucun doute : le jeune homme, sollicité au préalable via un site de rencontre, a été la cible d’un guet-apens homophobe. 

Grâce à des images de vidéosurveillance filmées le soir du drame dans la rue où habitait Michaël, les enquêteurs ont remonté le fil du déroulement des faits, jusqu’à identifier un groupe de cinq personnes qui louaient un Airbnb dans un immeuble du centre d’Avignon. Parmi elles, le dernier correspondant de Michaël au téléphone, et deux complices présumés. Âgés d’une vingtaine d’années, tous étaient déjà connus des services de police, pour des vols avec violence. Si, lors de leurs gardes à vue, ils ont nié le caractère homophobe de l’agression, l’un des mis en cause, celui-là même qui avait contacté Michaël sur un site de rencontre, a expliqué avoir ciblé des homosexuels, parce qu’il pensait qu’ils avaient "plus d’argent que les autres".

Une semaine après les faits, le 14 mars 2023, un homme que nous appellerons Arnaud s’est présenté au commissariat d'Avignon pour déposer plainte, racontant une agression très similaire à celle de Michaël. Il indique alors avoir discuté avec un homme sur le site Coco.gg, très utilisé par des jeunes hommes homosexuels parce qu’il offre un anonymat complet et ne garde pas de trace des discussions. Puis avoir invité son interlocuteur chez lui, dans un quartier en périphérie d’Avignon… Avant de tomber nez à nez, à l'heure du rendez-vous, avec deux individus armés.

"Quand j’ai ouvert la porte, l’un d’eux m’a posé un pistolet sur la tête. Il m’a jeté par terre, j’ai pris des coups dans la figure, dans les côtes… Ils me disaient : ‘Sale pédé, tapette…’ Une fois qu’ils ont fouillé et trouvé mon coffre, ils sont devenus très menaçants, énervés et violents, pour que je leur ouvre. À ce moment-là, j’ai pris un coup de couteau à la main. Ils ont pris mes clés de voiture, les clés de chez moi et tout ce que j’avais en argent liquide, 3.000 euros", se souvient aujourd’hui, au micro de "Sept à Huit", celui qui, depuis, a quitté la région pour fuir son traumatisme.

Les enquêteurs font d’autant plus vite le rapprochement avec la mort de Michaël qu’ils ont identifié une troisième victime qui aurait été agressée par la même bande, à Marseille cette fois, une semaine avant le drame de Sorgues. Même discussion sur un site de rencontre, même mode opératoire, avec prise de rendez-vous puis passage à tabac par deux hommes pour lui dérober ses biens… Lui n'avait pas déposé plainte et s'en est expliqué ainsi lors de son audition : "J'avais peur des représailles de ces gens car ils étaient organisés et violents. Ils avaient mon adresse. Je me suis senti coupable d'avoir convenu d'un rendez-vous sans penser aux conséquences possibles. Je m’en suis voulu."

"Il n’y a aucune trace d’homophobie dans les propos de mon client, à quelque titre que ce soit, assure l’avocat d’un des suspects. Je pense que deux victimes homosexuelles ont été choisies parce que c’est une population qui est peut-être plus vulnérable qu’une autre en certaines circonstances. Il s’agissait de faire ouvrir sa porte à quelqu’un pour le cambrioler." Pour la famille de Michaël, en revanche, le caractère homophobe "coule de source". Selon sa mère, "leur façon de fonctionner est très réfléchie", parce que "les homosexuels sont vus comme des personnes faibles. Souvent, ils n’osent pas porter plainte, ils ont honte et il arrive que leur famille ne soit pas au courant" de leur orientation sexuelle.

À ce stade, la justice n'a pas retenu l'intention homophobe. Les suspects, mis en examen pour meurtre et vol aggravé ou complicité, restent présumés innocents. Ils risquent jusqu'à 30 ans de prison… Ou la perpétuité, si le caractère homophobe était retenu. Dans une enquête mise en ligne en avril 2023, Mediapart avait dénombré 300 guets-apens homophobes de 2017 à 2021, soit environ un par semaine. Un chiffre sans doute sous-estimé au vu du nombre de victimes qui n’osent pas déposer plainte, ou celles pour lesquelles l’intention homophobe n’est pas relevée. Le 16 mai, la Fondation Jean Jaurès a publié un rapport consacré à la recrudescence de ces guets-apens dans toute la France. Luc Di Gallo, adjoint à la mairie de Montreuil (Seine-Saint-Denis), a été victime, en juin 2023, d’une agression similaire en tous points dans un parc de sa commune.


Hamza HIZZIR | Reportage "Sept à Huit" Christophe Dubois, Pierre-François Lemonnier

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