Le château de La Rochepot, en Côte-d'Or, a été saisi par la justice en 2018.
L'édifice est la victime collatérale d'une escroquerie impliquant un homme d'affaires ukrainien.
"Sept à Huit Life" a enquêté sur cette affaire rocambolesque.

Édifié au XIIe siècle, le château de La Rochepot, joyau de la Bourgogne perché sur un rocher, a été restauré à plusieurs reprises durant ses 800 ans d'existence. Mais aujourd'hui, il risque à nouveau la ruine. Le château se dégrade de jour en jour, envahi par les ronces et les orties. Les tuiles en ardoise noircissent, les huisseries pourrissent et le lierre envahit la façade.

Le château de La Rochepot est en réalité laissé à l'abandon depuis sa saisie par la justice en 2018. La raison ? L'édifice se trouve au beau milieu d'une affaire d'escroquerie internationale présumée. Un homme d'affaires ukrainien, Dmitri Malinovsky, sa maîtresse, l'Ukrainienne Olga Kalina, et l'un de ces chauffeurs, le Moldave Alexandru Arman, sont dans le collimateur de la justice. Dmitri Malinovsky est accusé dans son pays d'avoir détourné près de 13 millions d'euros et de s'être fait passer pour mort afin d'échapper à la justice. Miraculeusement ressuscité en Bourgogne, il aurait blanchi une partie de l'argent volé en achetant le château de La Rochepot... Le reportage à regarder en tête de cet article, diffusé ce dimanche dans "Sept à Huit Life", retrace cette affaire. 

Des artisans non payés

Tout commence en 2015. Cette année-là, les héritiers de Sadi Carnot, ancien président de la République, et de son épouse Cécile Carnot, vendent le château à des investisseurs lituaniens basés au Luxembourg, pour 2,5 millions d'euros. Ces derniers souhaitent rénover les lieux et entamer une activité de négoce de vin. Les nouveaux propriétaires engagent Romuald Pouleau comme gardien et régisseur, un rêve pour cet arrière-petit-fils de gardiens du château. Romuald Pouleau sollicite les artisans locaux pour entamer la rénovation. Mais au bout de quelques mois, il découvre que ces ouvriers ne sont pas payés. Selon le régisseur, le représentant des investisseurs lituaniens tente de rassurer tout le monde et procède à quelques virements vers le compte du château, des sommes dont la provenance demeurait inconnue. "Et au bout d'un moment, il n'y a plus du tout eu de virement et les factures ont commencé à s'accumuler", explique Romuald Pouleau.

La colère gronde au village et parvient à la rédaction du journal local Le Bien Public, où le journaliste Manuel Desbois va enquêter. "Je me suis rendu compte que tout partait complètement en vrille. Les employés étaient tous devant les prudhommes. La cotisation à l'office de tourisme n'était plus payée et il y avait des ardoises quand même de plusieurs milliers d'euros chez 8 à 12 artisans du coin", raconte Manuel Debois devant la caméra de "Sept à Huit Life".

Un faux patron

L'article qu'il écrit sur ce scandale va attirer l'attention du procureur de Dijon, qui lance alors une information judiciaire. Officiellement, le gérant du château est un certain Alexandru Arman, un Moldave installé avec sa femme au village de La Rochepot. Mais en interrogeant les salariés, les enquêteurs vont se rendre compte que cet homme n'est pas le vrai patron. Romuald Pouleau les met alors sur la piste du représentant des investisseurs, avec qui il avait déjà échangé. 

Cet investisseur n'est autre que Dmitri Malinovsky. Mais auprès du personnel du château, il a longtemps gardé son identité secrète et se présentait sous de faux prénoms. S'il est omniprésent dans le château, Dmitri Malinovsky n'apparaît pourtant sur aucun document officiel. Sur les différentes sociétés qui gèrent le château, l'une est au nom de sa femme, Alla Malinovska, l'autre au nom de sa maîtresse, Olga Kalina, et deux autres au nom d'Alexandru Arman, qui n'est autre que son ancien chauffeur. Dmitri Malinovsky a fait fortune dans le commerce international. Lorsqu'il s'installe en France, le richissime homme d'affaires mène une vie fastueuse, avec sa femme et leurs enfants, mais aussi avec Olga, qui s'est installée à Beaune avec leurs jumeaux.

Une entreprise "piégée"

Les enquêteurs découvrent que Dmitri Malinovsky est recherché dans son pays pour une escroquerie rocambolesque. Il aurait volé près de 13 millions d'euros en 2015, six mois avant l'achat du château. La victime serait la société Dreymoor, spécialisée dans les fertilisants agricoles. Son directeur financier, basé à Singapour, a accepté de raconter à TF1 comment, selon lui, Malinovsky les a piégés. À l'époque, l'entreprise cherche à acheter de grandes quantités d'urée et d'ammoniac. Elle contacte donc Dmitri Malinovsky, qui peut accéder aux stocks de l'usine du port d'Odessa (Ukraine). Dans ce type de transaction, l'acheteur verse l'argent à l'intermédiaire, qui transmet ensuite les fonds à l'usine avant la livraison. Selon la société Dreymoor, Malinovsky s'est tout simplement volatilisé avec les 13 millions d'euros qu'elle lui a versés pour qu'il les transfère ensuite à l'usine.

Pour échapper à la justice ukrainienne, Malinovsky fait croire qu'il est mort dans un accident de la route. Un certificat de décès officiel est même établi en juillet 2015. Selon certaines sources du journaliste Manuel Debois, des obsèques ont même été organisées, avec l'enterrement d'une urne, en présence de la famille de l'homme d'affaires, éplorée.

Les 13 millions d'euros détournés, eux, auraient été envoyés dans un circuit financier tentaculaire, une "lessiveuse". L'argent transite à grande vitesse via des centaines de sociétés fictives basées dans des paradis fiscaux où règne le secret bancaire. Il devient alors quasi impossible de suivre sa trace. En bout de chaîne, l'argent est réinvesti dans des activités légales. Dmitri Malinovsky aurait ainsi blanchi 2 millions et demi d'euros en achetant le château de La Rochepot. 

Délibéré attendu le 27 mai

En octobre 2018, les enquêteurs arrêtent Dmitri Malinovsky, Olga Kalina et Alexandru Arman. Dmitri Malinovsky est placé en détention provisoire, où il restera trois ans. Lors du procès en novembre 2022, il est condamné à quatre ans de détention, dont six mois avec sursis et 100.000 euros d'amende pour blanchiment, abus de bien social et travail dissimulé. Olga Kalina, sa maîtresse, écope de deux ans avec sursis et interdiction de résider sur le territoire français. 

Tous deux ont fait appel de la décision. Selon l'avocat de l'homme d'affaires ukrainien, son client s'estime "totalement étranger" à la disparition des 13 millions d'euros de la société Dreymoor. Olga Kalinka, de son côté, affirme que l'origine des fonds est légale puisqu'elle aurait acheté le château avec l'argent de sa famille, qui possédait plusieurs usines dans le Donbass, entreprises vendues en 2014 lorsque la guerre a éclaté dans cette région. Le délibéré dans le procès en appel du rachat frauduleux du château de La Rochepot devrait être rendu le 27 mai.


N.K | Reportage "Sept à Huit Life" Géraldine Doussier

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