Le 16 décembre dernier, un carnage s'est déroulé en marge d'une battue au sanglier près de Chanéac, en Ardèche.
Sept chiens de chasse ont été abattus par un membre d'une communauté agricole alternative, les Longo Maï.
Une équipe de "Sept à huit" s'est rendue sur place, où l'affaire, pas encore jugée, suscite une vive émotion.

D’un côté, des chasseurs et leurs chiens, et de l’autre, une communauté agricole alternative au passif sulfureux, les Longo Maï. Deux mondes que tout oppose et qui ont bien du mal à cohabiter. Il y a quatre mois, un grave accident de chasse a opposé deux habitants de la vallée ardéchoise à un membre de cette communauté qui suscite crainte et fantasme depuis près de 50 ans. Le 16 décembre, sept chiens de chasse qui avaient échappé à leurs maîtres ont pénétré sur leur terrain et s’en sont pris à leurs cochons. Une affaire qui réveille de vieux démons, sur laquelle "Sept à huit" se penche dans le reportage à retrouver en tête de cet article. 

Les Longo Maï ("Que cela dure toujours" en provençal) ont choisi un mode de vie alternatif. Une vingtaine d'adultes et d'enfants vivent à l’écart dans une ferme alternative, située sur le chemin du hameau de Treynas. La communauté traine un lourd passé. En 1977, Pierre Conty, son fondateur, a tué une gendarme et deux civils au cours d’un braquage de banque. Le hippie devient le "tueur fou de l’Ardèche" dans la presse de l’époque. Condamné à mort par contumace, Pierre Conty s’est volatilisé et fait depuis l’objet d’un mandat d’arrêt. Son fils Manuel, âgé de 4 ans à l’époque, vit toujours dans la vallée.

J’ai tiré en l’air et à terre pour effrayer les chiens. Ça les a rendus encore plus hargneux
Manuel, membre de la communauté Longo Maï

C’est lui qui se retrouve aujourd’hui au cœur d’une affaire dans laquelle il est poursuivi pour violences et la mort de sept chiens. Le 16 décembre 2023, huit chiens se lancent à la poursuite d’un sanglier. Leurs propriétaires, Boris et Benoît, deux chasseurs, ne sont pas en mesure de stopper leurs bêtes. À ce moment-là, Manuel et sa compagne Sandra sont en train de couper du bois, non loin de l’enclos où sont enfermés leurs cochons, quand les chiens attaquent leurs animaux. "C’était une scène d’horreur", se souvient sa femme. C'est alors que Manuel remonte au hameau et récupère une vieille carabine

La suite, il la raconte devant la caméra de "Sept à huit". "J’ai tiré en l’air et à terre pour effrayer les chiens. Ça les a rendus encore plus hargneux", explique l'homme. C'est alors qu'il tue deux chiens, puis deux autres dans la foulée, avant d'en abattre encore trois.  "Je ne suis pas fier d’avoir tué des chiens. C’est traumatisant. Les gens qui ont déconné, ce sont les chasseurs. Ils auraient dû être là pour les arrêter", estime Manuel, qui dit avoir agi en état de légitime défense afin de protéger ses animaux, version que contestent Boris et Benoît, les propriétaires des chiens.

En abattre un, encore. Mais sept, c’est une tuerie
Benoît, l'un des deux chasseurs propriétaires de chiens

Pour les chasseurs, qui ont mis du temps à retrouver la dernière localisation de leurs chiens, la découverte avait été choquante. Ils ont retrouvé leurs animaux tués d'une balle dans la tête ou par des coups de lames dans les flancs et la gorge. Le ton monte entre les trois hommes. L'un d'eux dit avoir été agressé par Manuel. Soutenus par la Fédération de chasse du département, les deux chasseurs ont porté plainte contre ce membre de la communauté alternative ardéchoise. "En abattre un, encore. Mais sept, c’est une tuerie !", estime Benoît.

Tous deux sont convaincus que c’est un règlement de compte. Les chasseurs revendiquent le droit de chasser, tandis que les Longo Maï réclament la tranquillité. À plusieurs reprises, leurs chiens ont commis des incursions sur le terrain de la communauté. Quelques semaines plus tôt, Manuel aurait menacé les deux chasseurs. "Il nous a toujours promis qu’il allait tuer nos chiens", affirme Boris. À l'entendre, les Longo Maï ont attendu le moindre faux pas pour avoir l’excuse de les abattre. Manuel reconnaît des altercations, mais nie avoir exécuté leurs chiens de manière préméditée.

Il sera jugé le 19 novembre prochain

Dans les jours qui suivent, la tension monte dans le village. La diffusion sur les réseaux sociaux et dans des médias de photographies montrant les cadavres des sept chiens allongés les uns à côté des autres à même le sol ou entassés dans une caisse en bois, ensanglantés, ont donné un écho important à cette affaire. Face au torrent de menaces et d'actes d'intimidation sur les réseaux sociaux et par téléphone, les membres de la coopérative agricole ont fini par déposer plainte contre les chasseurs pour mise en danger de la vie d’autrui et atteinte involontaire à la vie des cochons.

Seul mis en cause dans la mort de ces animaux, qui a suscité de violentes réactions dans les milieux de la chasse notamment, Manuel sera jugé le 19 novembre prochain. Le juge aura la lourde tâche de répondre à cette question : le paysan était-il dans ce qu’on appelle en droit un état de nécessité ? En d’autres termes : a-t-il agi par légitime défense ? Manuel risque une peine de six mois d’emprisonnement, 7500 euros d’amende et plusieurs dizaines de milliers d’euros de dommages et intérêts. Les membres de la communauté ont déclaré, dans un communiqué, regretter "infiniment la perte de ces chiens". 


M.D. | Reportage Sept à Huit

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