VIDÉO - "Une scène de chaos" : un vigile présent lors de la rixe mortelle à Crépol témoigne pour la première fois

par V. F | Reportage TF1 : Julien Cressens et Fabrice Amzel
Publié le 15 février 2024 à 21h22, mis à jour le 16 février 2024 à 9h23

Source : TF1 Info

C'était le 19 novembre dernier, à Crépol, dans la Drôme : Thomas, un adolescent de 16 ans, était tué lors d'une rixe en marge d'un bal.
Le déroulé exact des faits et leur enchaînement font encore l'objet d'une enquête.
Mais pour la première fois, l'un des vigiles présents sur les lieux a accepté de témoigner dans le JT de TF1.

C'était il y a près de trois mois. Mais Antoine, l'un des vigiles présent lors du bal de l'hiver organisé par le comité des fêtes de Crépol, petite commune de la Drôme, n'a rien oublié de cette soirée tragique. "L'intérieur de la salle des fêtes, c'est des murs de sang. On se croirait dans un abattoir. C'est une scène de chaos", lâche-t-il devant les caméras du JT de TF1. Antoine s'exprime pour la première fois afin de livrer, dit-il, sa vérité. Il était chargé de surveiller ce bal au cours duquel Thomas, 16 ans, a été mortellement poignardé. "J'ai des images du petit qui me reviennent. Je revois ce pauvre gamin par terre", témoigne-t-il dans la vidéo en tête de cet article.

Pour moi, ce n'est pas un hasard ce qui s'est passé. Ils sont arrivés pour faire quoi à cette soirée ?
Antoine, vigile

Dans la nuit du 18 au 19 novembre dernier, plus de 300 personnes participent à une fête de village dans cette salle. Tous se connaissent de près ou de loin, à l'exception d'une petite dizaine d'hommes venus d'un quartier d'une ville voisine. "Ils se mettent dans leur coin, ils regardent, ils dansent un peu. De temps en temps. Ils vont draguer les filles, ce qui est normal à cet âge-là. Mais sinon, il n'y a pas eu de provocation. De part et d'autre, pour moi, j'ai vu aucune provocation", poursuit Antoine. L'un des adolescents va tout de même attirer son attention. Sorti de la salle pour une raison inconnue, il est de nouveau fouillé à son retour. Le vigile découvre alors un couteau dans son sac. Il lui confisque et le laisse retourner à la soirée. "J'ai de la culpabilité vis-à-vis de ça, que ça ne m'ait pas éclairé en me disant, il va se passer quelque chose de grave", admet-il.

Moins d'une heure plus tard, la soirée vire au drame : un affrontement éclate entre les jeunes du village et ceux venus de la ville voisine. Ces derniers sont armés, selon les vigiles. "Ils avaient des tessons en verre dans les mains. Il y en a un qui avait un couteau. À ce moment-là, je commence juste à essayer de les attraper pour les enlever et j'en vois certains avec des couteaux qui passent par-dessus en essayant de planter les gamins", confie Antoine. Au moins trois personnes sont poignardées. Un homme est grièvement blessé à l'abdomen. Thomas, lui, succombe à ses blessures quelques minutes plus tard. 

Selon le vigile, ses agresseurs étaient au total une quinzaine : ceux qui étaient à la soirée, rejoints par un deuxième groupe d'individus présents depuis quelque temps sur le parking sans avoir participé à la fête. "Pour moi, ce n'est pas un hasard ce qui s'est passé. Ils sont arrivés pour faire quoi ? En sachant qu'ils ne sont pas rentrés dans la soirée. Ils sont venus pour faire quoi à cette soirée ?", s'interroge-t-il.

Neuf individus sont interpellés la semaine suivant le drame. Pour Guillaume Fort, l'avocat de quatre des accusés, l'affrontement n'était pas prémédité. "Ils n'ont rien à faire ce soir-là. Ils n'ont pas forcément envie de sortir en boîte de nuit. Ils ont envie d'aller dans une soirée un peu plus détendue", assure-t-il. Alors pourquoi l'un d'eux avait-il un couteau ? "Il y a peut-être quelqu'un de plus dangereux que les autres qui s'est permis de porter une arme", répond-il. Parmi les accusés, il y a trois mineurs de plus de 16 ans, les autres ont entre 19 et 22 ans. Toujours présumés innocents, ils sont mis en examen, notamment pour meurtre en bande organisée.

Trois mois après la mort de Thomas, l'auteur du coup de couteau n'a toujours pas été formellement identifié. Pour le parquet, il pourrait même être encore en liberté. Les amis de Thomas, eux, ont bien du mal à reprendre le cours de leur vie, comme sur le terrain de rugby où certains jouaient avec lui depuis l'enfance. Ses coéquipiers se disent meurtris. "C'est comme si c'était un frère en fait qui est parti. Comme beaucoup de monde me dit, il faut vivre avec, mais c'est compliqué encore. Je continue à jouer au rugby pour lui", reconnait l'un d'eux. Jouer pour défendre ce maillot bleu et blanc que Thomas était si fier de porter.  


V. F | Reportage TF1 : Julien Cressens et Fabrice Amzel

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