Sept à huit

"Ils se sont trompés" : Sony Chérif a-t-il été condamné à tort pour le meurtre d'une prostituée bulgare ?

La rédaction de TF1info | Reportage 7 à 8 : Christophe Dubois et Emmanuelle Msika
Publié le 16 mai 2022 à 12h25
JT Perso

Source : Sept à huit life

Condamné pour un meurtre qu'il nie depuis plus de 20 ans, Sony Chérif a passé 14 ans en prison.
Désormais marié et père de famille, l'ancien jeune délinquant veut laver son honneur.
Sept à Huit l'a rencontré ainsi que les principaux acteurs de l'affaire.

À l'époque, son nom n'avait pas été cité ni son visage montré par les médias. Sony Chérif, qui n'avait que 20 ans au moment des faits, est pourtant mêlé à une affaire terrible, qui avait défrayé la chronique à la fin des années 90. Le meurtre sauvage, dans le 19ᵉ arrondissement de Paris, de Ginka, une jeune prostituée bulgare de 19 ans. 

Interpellé, le petit délinquant paumé, sans domicile fixe, grand consommateur de stupéfiants et d'alcool, fait alors des aveux devant les policiers avant de se rétracter lors du procès. Il sera toutefois condamné par la justice à 12 ans de réclusion en première instance et plus lourdement encore en appel en 2004, à 18 ans de prison. Aujourd'hui, Sony dit vouloir laver son honneur, craignant que ses deux jeunes enfants ne découvrent un jour ce lourd passé sur Internet. "Ils se sont trompés avec moi", explique-t-il dans le reportage en tête de cet article, "mais maintenant, je suis père de famille, j'ai des enfants, un jour, ils vont lire que leur père a tué une prostituée de 23 coups de couteau".

En obtenant la réouverture de l'enquête, son nouvel avocat espère déclencher la révision de son procès. Sony Chérif, 42 ans, a commencé un combat pour sa réhabilitation. Après 14 ans passés derrière les barreaux, il vit désormais avec sa femme et ses deux enfants dans le nord de la France, où l'équipe de Sept à Huit l'a rencontré.

Un petit délinquant connu de la police

Les faits se sont déroulés dans la nuit du 21 au 22 novembre 1999, aux portes de Paris, sur un terrain vague. Au petit matin, une dame qui a l'habitude de nourrir les chats du quartier découvre un corps. La victime s'appelle Ginka Trifonova, 19 ans, de nationalité bulgare. Elle se prostituait depuis quelques semaines près de la rue de la Clôture, entre boulevard périphérique et voie de chemin de fer, dans un secteur qualifié de "sordide" par les enquêteurs de l'époque.

C'est toi, mais tu ne t'en souviens pas

Un policier lors des interrogatoires

La jeune femme gît entre une palissade et un matelas hors d'âge, sur un terrain jonché de centaines de préservatifs usagés. Le corps de Ginka a été supplicié par vingt-trois coups de couteau et ses mains portent des marques de défense. Le meurtre fait la Une de la presse et attire l'attention du journaliste Philippe Broussard, qui écrira un livre sur l'itinéraire tragique de la jeune femme. La brigade criminelle déploie d'importants moyens, mais piétine. Meurtre d'un rôdeur ou d'un psychopathe, règlement de comptes dans le milieu de la prostitution, toutes les pistes sont envisagées, jusqu'à l'interpellation près du lieu du crime, quelques jours plus tard, d'un petit délinquant connu de la police, Sony Chérif.

Les aveux rapides du jeune homme et sa ligne de défense chaotique lors des deux procès aboutissent à sa condamnation. Sony Chérif dit avoir été mis sous pression par les policiers de la brigade criminelle, lors des interrogatoires, qui lui auraient même affirmé que son ADN avait été retrouvé sur les lieux. "C'est toi, mais tu ne t'en souviens pas", lui avaient-ils soutenu pour le convaincre de signer des aveux, raconte-t-il aujourd'hui.

Son nouvel avocat a obtenu de nouvelles analyses ADN, mais qui n'ont pas permis d'identifier un nouveau suspect, et s'apprête à déposer une nouvelle demande d'acte, notamment pour réétudier les scellés du procès. La juge d'instruction de l'époque est cependant toujours convaincue de la culpabilité de Sony Chérif, de même que l'avocat en général du procès en appel, selon qui "sa conscience refoule" désormais "ce qu’il ne peut pas, ou plus, admettre".


La rédaction de TF1info | Reportage 7 à 8 : Christophe Dubois et Emmanuelle Msika

Tout
TF1 Info