ENQUÊTE - Des armes à feu imprimées en 3D : le phénomène émergent qui inquiète

par La rédaction de TF1info | Reportage vidéo Antoine Bourdarias, Paul Bouffard, Florian Fernandez
Publié le 30 novembre 2023 à 10h09

Source : JT 20h Semaine

Les saisies d'armes à feu imprimées en 3D se multiplient en France.
Une tendance criminelle émergente prise très au sérieux par les industriels et les forces de l'ordre.
Regardez cette enquête du 20H de TF1.

Le 9 octobre 2019, deux personnes sont abattues devant une synagogue de Halle (Allemagne). Lorsque la police interpelle l’assaillant, elle découvre son arme, un fusil artisanal d’un nouveau genre, presque entièrement en plastique et fabriqué à l'aide d'une imprimante 3D. Des armes accessibles au grand public, sans numéro de série, et ainsi quasiment intraçables. 

Afin de comprendre ce phénomène, les experts balistiques impriment désormais eux-mêmes des modèles d'armes en 3D à partir de plans trouvés sur Internet. Si on ne dispose pas encore de statistiques précises, les autorités assurent que les saisies se multiplient en France. "Il y a un intérêt pour ce type d'armes et c'est pour cette raison qu'on l'étudie. Si le phénomène se développe, il faut qu'on soit prêt à répondre aux demandes des enquêteurs", affirme Benjamin, balisticien au sein de la police scientifique, dans l'enquête du 20H de TF1 à retrouver en tête de cet article. 

"Il faut qu'on comprenne comment elles fonctionnent, comment elles sont fabriquées, quelles sont leurs faiblesses et leurs atouts, quelles sont les traces spécifiques qu'elles vont laisser", ajoute le balisticien. Créer une arme intraçable : c'était l'un des objectifs du militant anarchiste Cody Wilson. En 2013, l'Américain conçoit le premier pistolet imprimé en 3D, et rend ses plans accessibles à tous sur internet. "Dans les dix ans à venir, cela risque de devenir une menace, notamment avec l'arrivée de nouveaux matériaux à base d'acier. Les imprimantes vont se démocratiser et leur prix va diminuer considérablement", prévient Christian Goblas, moniteur de tir professionnel interrogé par nos équipes. 

Des faux plans pour lutter contre la prolifération de ces armes

L'entreprise Dagoma 3D, qui vend des imprimantes pour les professionnels et le grand public, a quant à elle rendu impossible la reproduction d'armes sur leurs machines : "On a cet écran qui apparaît, qui nous indique qu'il est impossible d'imprimer car cela ressemble à une arme. Donc il sera impossible d'aller plus loin dans le logiciel", détaille Eva Picrouillere, ingénieure. Les fondateurs de Dagoma 3D ont par ailleurs truqué les plans d'une arme avant de les diffuser sur internet. "Ils ressemblent à la vraie, sauf que les fichiers ne s'emboitent pas. Donc au moment d'imprimer la pièce, la personne ne s'en rend pas compte, mais elle réalise au moment de l'assembler", explique l'ingénieure. 

Des faux plans qui ont été téléchargés plus de 13.000 fois. "C'est autant d'armes non fonctionnelles qui ont été imprimées", renchérit Eva Picrouillere. En France, la production, la vente, ou la simple possession de ce type d'armes est puni de cinq ans de prison, et d'une amende de 75.000 euros. 


La rédaction de TF1info | Reportage vidéo Antoine Bourdarias, Paul Bouffard, Florian Fernandez

Tout
TF1 Info