ENQUÊTE - "Des bandes très organisées" : tracteurs et engins de chantier, les nouvelles cibles des voleurs

par V. F | Reportage : Mathieu Rio, Hélène Bonnet et Marc Kouho
Publié le 28 avril 2023 à 15h02

Source : JT 20h Semaine

Le vol de tracteurs et d'engins de chantier touche un agriculteur sur quatre et une entreprise de BTP sur deux.
Selon une étude, ils ont augmenté de 13% en 2022.
Comment les malfrats opèrent-ils ? Et quelles sont les filières de revente ?

Trois hommes cagoulés et gantés sont entrés dans un parc d'engins agricoles. Ils ont été suivis en temps réel par des caméras de vidéosurveillance. Alerté, le propriétaire intervient à distance grâce, à un haut-parleur sur place. "Vous êtes dans une propriété privée", crache-t-il. Les individus vont pourtant rester 17 minutes à la recherche d'un moyen d'entrer dans le bâtiment. Puis, ils finissent par rebrousser chemin. 

Des équipements très recherchés

À quelques kilomètres de là, à Mésanger (Loire-Atlantique), Michel Raimbeaud a été victime d'un vol. Le système de guidage de son tracteur a été visé. "En fait, c'est le récepteur jaune en haut de la cabine. Sans lui, la machine est inutilisable en mode automatique. On peut s'en servir en mode manuel, mais par contre, on perd toute la précision qu'on a", explique-t-il dans le reportage du 20H de TF1 en tête de cet article. À l'intérieur, un écran lui a aussi été dérobé. Le préjudice est important. "On a quand même subi deux vols en l'espace de dix jours. C'est 17.000 euros par engin à chaque fois. On se pose vraiment la question de la continuité de notre activité", admet-il. 

Les vols se sont déroulés là où cet agriculteur stocke son matériel. C'est un lieu fermé et bien protégé, avec deux caméras de vidéosurveillance. Mais le soir de l'intrusion, tout ne s'est pas passé comme prévu. "On sait pas s'ils ont des brouilleurs ou s'ils coupent l'électricité. On ne sait pas ce qu'il s'est passé", s'interroge-t-il. L'histoire ne surprend pas son concessionnaire, Guillaume Pageaud, qui a également été victime de vol à répétition, car ces équipements sont très recherchés. "On a un matériel qui est 100% électronique, avec un récepteur à l'intérieur, avec de l'électronique embarqué. C'est ça qu'on peut retrouver sur des marchés parallèles ou alors pour de la demande de pièces détachées", assure-t-il.

Ce sont des bandes très organisées : il y a ceux qui repèrent, il y a ceux qui volent à proprement parlé et il y a ceux qui transportent et qui recèlent.
Olivier David, directeur commercial chez France-Coyote

Les malfrats sont parfois plus ambitieux, en volant des engins entiers, comme une pelle mécanique, par exemple. Edgard Dominguez, exploitant près de Bordeaux, s'en est fait voler deux. "Ils ont descendu la pelle de manière acrobatique du porte-engin, traversé une clôture qu'ils avaient pré-découpée et chargé l'engin, on suppose, sur une même remorque sur le bord de l'autoroute", raconte-t-il. Et ce n'est pas tout, on lui a déjà volé une machine bien plus lourde. "C'est un tombereau qui pèse à peu près 30 tonnes à vide", précise-t-il. Le total du préjudice est estimé à 200.000 euros. 

Ces engins quittent rapidement la France ; certains sont équipés de puces GPS, donc on connait leur destination, les Pays de l'Est ou l'Afrique du Nord, mais aussi depuis peu vers l'Ukraine. "C'est ce que nous nous apercevons dans nos récupérations d'engins. Le vol est un business d'offres et de demandes. Les voleurs, ce sont des bandes très organisées : il y a ceux qui repèrent, il y a ceux qui volent à proprement parlé et il y a ceux qui transportent et qui recèlent, donc tout ça est un écosystème extrêmement bien huilé", analyse Olivier David, directeur commercial chez France-Coyote.

Pour s'en rendre compte, le JT de TF1 s'est rendu à Kiev, la capitale ukrainienne, dans un centre de réparation d'engins plein à craquer. On y retrouve tous les modèles, toutes les marques, comme celles du groupe Fayat, une grande entreprise française du bâtiment et des travaux publics. Contactée pour savoir si ces engins étaient prêtés ou volés, elle n'a pas répondu pour le moment. Roman, un employé, ne connait pas leur origine. "Nous en avons besoin pour reconstruire notre pays et je suppose que les militaires en ont aussi besoin pour creuser des tranchées. Tous les engins sont bons pour l'Ukraine", affirme-t-il. 

Retour en France, sur un chantier des Jeux olympiques de Paris. Ici, fini les grillages simples comme avant, une palissade a été construite. "Il y a aussi un vrai portail en acier avec des tôles et un gros cadenas. Vous ne pouvez pas pénétrer comme ça sur le chantier. C'est complètement indispensable, car c'est vraiment devenu un fléau : sur les derniers mois, on a subi huit vols sur cinq chantiers différents", déplore-t-il. Engins, outils, matériaux, autant de cibles pour les voleurs. Et à chaque fois, ces vols entrainent des retards sur ces constructions, à moins de 500 jours des JO. 


V. F | Reportage : Mathieu Rio, Hélène Bonnet et Marc Kouho

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