Les habitants et les commerçants du quartier marseillais de Noailles n'en peuvent plus.
Sur plusieurs rues, les vendeurs à la sauvette sont de plus en plus nombreux.
Un collectif dénonce des vols et des altercations répétées, qui empoisonnent leur quotidien.

Dans la rue empruntée par notre équipe, dans le quartier Noailles à Marseille (Bouches-du-Rhône), la circulation en voiture est désormais impossible. Comme chaque jour en fin d’après-midi, les vendeurs à la sauvette en nombre ont investi les trottoirs, et débordent largement sur l’asphalte. Le lieu se transforme en marché clandestin à ciel ouvert, comme on le constate dans le reportage de TF1 en tête de cet article. 

Si la situation n’est pas récente, dans ce quartier populaire jadis connu comme "le ventre de Marseille", elle ne cesse de se détériorer depuis un an. À l'approche de la visite du pape à Marseille, les 22 et 23 septembre, les habitants et les commerçants, qui dénoncent le laisser-faire des autorités, espèrent être enfin entendus.

"C'est ma rue", témoigne une riveraine au micro de TF1, "c'est un quartier que l'on ne reconnaît plus". Fabienne doit se frayer un chemin jusqu'à son entrée, et déloger un homme assis sur les marches pour pénétrer chez elle. Depuis sa fenêtre au deuxième étage, on voit l'étendue du marché clandestin dans la rue. "Ça a encore gagné une bonne vingtaine de mètres, aujourd'hui", commente la jeune femme. La cohabitation avec les habitants est devenue impossible. "Ça met en danger nos enfants, et ça nous met en danger nous, quand on sort", estime son compagnon, Mathieu, "c'est inadmissible"

Les vendeuses ne viennent plus parce qu'elles ont peur
Une commerçante

Sur les stands de fortune installés à même le trottoir, on trouve de tout. L'origine des produits n'est pas toujours légale, et rares sont les vendeurs qui ont accepté de nous parler. Un jeune homme, qui vend ici depuis quelques mois des articles usagés à très bas prix, nous raconte son quotidien. "Je vends ça à dix euros, ça à trois euros, pour gagner un peu de sous pour manger, pour payer le loyer", témoigne-t-il.

Les marchandises sont souvent exposées devant les vitrines de magasins, créant d'incessants conflits avec les commerçants, chez qui la colère monte également. Les altercations sont fréquentes, comme en témoignent des vidéos-amateur. La commerçante rencontrée par notre équipe est apeurée, et a témoigné anonymement, en se cachant du regard des vendeurs à la sauvette. Sur deux magasins qu'elle possède dans le quartier, elle doit "négocier avec eux avant d'ouvrir", raconte-t-elle. "Elles ne veulent plus travailler, les vendeuses, elles ne viennent plus parce qu'elles ont peur", soupire-t-elle. D'après d'autres commerçants, les livraisons sont devenues impossibles, la marchandise étant souvent volée à peine déposée devant les magasins.

Les vendeurs ne fuient plus devant la police

Habitants et commerçants alertent constamment les pouvoirs publics, et un collectif a été mis sur pied, "Rue Pollak/Aubagne". Mais selon eux, rien ne change, même avec la présence des policiers dans le quartier. Ce jour-là, nous observons une patrouille remontant la rue sans verbaliser personne, alors que ce type de vente est illégal. Les agents tentent simplement de faire fuir les vendeurs installés, sans grand succès. Très peu remballent leur marchandise, la plupart restent et attendent.

Le directeur de cabinet de la préfète de police estime que "la situation évolue favorablement", et mise sur un travail policier "de répétition" pour mettre fin au marché clandestin. De son côté, la mairie de Marseille assure qu'une solution pérenne va être trouvée dans les prochains mois, avec la création d'un marché réservé aux biffins, pour "rassembler ces personnes-là dans un lieu plus sûr pour eux". En attendant, habitants et commerçants réfléchissent à mener des actions : occuper l’espace public en mettant par exemple des bacs à fleurs dans les rues, et même créer leur propre marché.


La rédaction de TF1info | Reportage : Adrien Portron, Philippe Fontalba

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