Lors de la manifestation interdite contre les retenues d'eau à Sainte-Soline, samedi dernier, deux manifestants ont été grièvement blessés.
La Ligue des Droits de l'Homme affirme que l'un d'eux n'a pas pu être rapidement secouru par le SAMU : selon elle, les secouristes ont été empêchés d'accès par les forces de l'ordre, ce que les autorités démentent.
Le 20H de TF1 rembobine le déroulement des faits.

La polémique continue d'enfler. Après de violents affrontements samedi 25 mars à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, lors d'un rassemblement interdit contre les méga-bassines, des observateurs de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), présents sur les lieux, accusent les autorités d'avoir retardé l'intervention des secours. Ils affirment qu'un manifestant grièvement blessé à la tête n'a pas pu être pris en charge assez rapidement, alors qu'il s'agissait d'une situation d'urgence vitale. Le jeune homme de 32 ans est toujours entre la vie et la mort ce mercredi 29 mars. Selon l'association, les autorités ont entravé l'intervention du SAMU, une version que celles-ci démentent. Le 20H de TF1 a passé en revue les horaires, les documents et les témoignages pour remonter le déroulé de cet après-midi.

"On n'a pas l'autorisation d'envoyer des secours sur place"

Il est 14h52 lorsque les secours sont prévenus qu'un manifestant est dans un état d'urgence absolue. Mais il est pris en charge une heure et demie plus tard, à 15h15. Un délai beaucoup trop long aux yeux de la LDH, qui a publié ce mercredi un échange téléphonique entre un médecin - accompagné d'une avocate de l'association, Chloé Saynac - et une opératrice du SAMU. 

"Leurs observateurs sur place disent que c'est calme depuis trente minutes et qu'il est donc possible d'intervenir", lance le praticien. "Je suis d'accord avec vous, vous n'êtes pas le premier à nous le dire. Le problème, c'est que c'est à l'appréciation des forces de l'ordre dès qu'on est sous un commandement qui n'est pas nous", répond son interlocutrice. Un peu plus tard dans la conversation, l'avocate de la LDH insiste : "Vous me confirmez que vous avez interdiction d'intervenir ?" "On n'a pas l'autorisation d'envoyer des secours sur place, parce que c'est considéré comme étant dangereux sur place", déclare le SAMU.

Dans un communiqué publié dès dimanche, la LDH va encore plus loin et signale "plusieurs cas d'entraves par les forces de l'ordre à l'intervention des secours"

"On ne peut pas dire que les équipes ont été empêchées"

Une version contredite par le service de secours du centre hospitalier de Niort : selon lui, le blessé grave se trouvait dans la zone d'exclusion, une parcelle trop dangereuse, où le SAMU n'est pas autorisé à intervenir sans l'aide des pompiers ou des gendarmes. Contacté par téléphone, le chef du pôle des urgences, le Dr Farnam Faranpour, assure que tout a été fait pour prendre en charge la victime le plus vite possible. "On ne peut pas dire que les équipes ont été empêchées. Nous avons commencé à faire venir l'équipe médicale au point de rassemblement, pour pouvoir discuter avec les autorités et savoir à quel moment nous pouvions y aller", détaille-t-il.

De son côté, la préfète des Deux-Sèvres dément également tout blocage de l'intervention des secours, et précise même qu'un médecin des gendarmes mobiles a prodigué les premiers soins au manifestant blessé. "Je souligne que lorsqu'il est reparti, il a en plus été l'objet de jets de projectiles, alors qu'il venait de secourir la personne", ajoute Emmanuelle Dubée. "Non, les secours n'ont pas été empêchés par les forces de l'ordre", a aussi répété mercredi le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.

Ce mercredi, les parents du manifestant grièvement blessé, prénommé Serge selon eux, ont déposé plainte pour "tentative de meurtre" et "entrave aux secours". Le jeune homme, victime d'un traumatisme crânien, a été placé dans le coma et son pronostic est toujours engagé. La famille d'un deuxième protestataire a également décidé de porter plainte pour les mêmes chefs d'accusation. Mickaël, 34 ans, avait été grièvement touché à la trachée. Son pronostic vital n'est plus engagé, mais l'homme est toujours dans le coma. Au total, les organisateurs ont dénombré 200 blessés, tandis que les autorités ont fait état de 47 gendarmes blessés.


M.L (avec AFP) | Reportage TF1 Antoine Bourdarias, Marine Giraud et Julien Cressens

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