INTERVIEW - Il y un an, le 21 novembre 2020, Michel Zecler était roué de coups par quatre policiers dans son studio de musique. Invité de LCI, lundi 29 novembre, le producteur témoigne des violences policières qu'il a subies et qu'il raconte dans son livre "Rester debout".

"L'œil de la caméra, je lui dois ma vie." Le 21 novembre 2020, Michel Zecler a eu "extrêmement peur". Ce jour-là, il a eu "peur de mourir" sous les coups. À l'entrée de son studio d'enregistrement, situé dans le XVIIe arrondissement de Paris, le producteur de musique noir est passé à tabac par quatre policiers. Une agression d'une rare violence, filmée par le système de vidéosurveillance du bâtiment. Les images chocs, révélées quelques jours plus tard par le média en ligne Loopsider, viennent finalement contredire le procès-verbal initial des forces de l'ordre, qui justifiaient cette interpellation brutale par une rébellion, après un contrôle déclenché pour une "absence de port de masque" et une "forte odeur de cannabis".  

L'affaire ne tarde pas à remonter jusqu'au sommet de l'État. "Les images de l'agression de Michel Zecler sont inacceptables et nous font honte", s'émeut Emmanuel Macron. Placés en garde à vue, les agents impliqués reconnaissent devant l'IGPN, "la police des polices", des coups "pas justifiés" et avoir agi "sous l'effet de la peur". À l'époque des faits, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait promis leur "révocation", "dès que les faits seront établis par la justice". Un an après, ils sont "toujours suspendus", confirme la préfecture de police de Paris, et ont donc interdiction d'exercer dans l'attente du procès. 

Sans vidéo, ça aurait été difficile de prouver (l'agression)
Michel Zecler, producteur tabassé par des policiers

Michel Zecler, lui, essaie de se reconstruire, à défaut d'oublier ce qu'il a vécu. "Je me sens de mieux en mieux. Je me fais toujours soigner par un kiné et je suis toujours suivi psychologiquement", raconte-t-il sur LCI, lundi 29 novembre, à l'occasion de la sortie de son livre "Rester debout", paru le 25 novembre aux éditions Plon. Pourtant, les stigmates de l'agression sont toujours là. "Ce n'est pas évident de se voir frapper comme ça, les coups de matraques, j'ai du mal à les oublier", assure-t-il.

Car, en plus du traumatisme physique, Michel Zecler a aussi dû montrer patte blanche, après avoir été, dans un premier temps, placé en garde à vue pour "violences" et "rébellion". "À aucun moment, je n'ai été agressif. C'est difficile de se faire agresser et de devoir ensuite clamer son innocence (...) alors que je n'ai rien fait", reconnaît le quadragénaire. Il doit sa seule disculpation à la vidéosurveillance de son studio de musique. "Dans mon cas, j'ai eu six jours d'ITT (un chiffre depuis réévalué à 180 jours, selon son avocate Me Caroline Toby, ndlr) et le policier qui m'a agressé en a eu cinq. C'est compliqué de voir qui est l'agresseur et l'agressé. Sans vidéo, ça aurait été difficile de prouver que je me suis fait agresser." Et, là encore, la suspicion demeure. "Le fait qu'il y a toujours des doutes, malgré les vidéos, c'est un peu perturbant."

J'ai toujours gardé la même version
Michel Zecler, producteur tabassé par des policiers

Lors du passage à tabac, dont il a été victime, Michel Zecler a affirmé avoir essuyé, en plus des coups, des insultes à caractère raciste. Ce que les policiers démentent toujours. Si la scène, très violente, a été filmée, en revanche, il n'existe aucun enregistrement audio. Pourtant, le producteur de musique l'assure : son agression est teintée de racisme. "J'ai dit tout de suite ce qu'il s'est passé au commissariat ou à l'IGPN, que je me suis fait insulter. Les policiers, eux, ont changé trois fois de version. Je n'imagine pas ce que ça aurait été si ça avait été mon cas. J'ai toujours gardé la même version, j'ai toujours dit la vérité", se défend-il. "Les jeunes qui étaient là, au sous-sol, ont aussi entendu ces insultes-là et l'ont dit à plusieurs reprises."

Producteur tabassé par des policiers à Paris : la chronologie des faitsSource : JT 20h WE

Aujourd'hui, Michel Zecler veut comprendre la raison pour laquelle il a subi un tel déchaînement de violence de la part de ces policiers. "Je ne comprenais pas le pourquoi. C'est la question que je ne cessais de poser. Je pensais qu'ils s'étaient trompés de personne. (...) J'avais plusieurs pensées qui fusaient. Mon cerveau essayait de comprendre ce qu'il se passait. Je me prenais des coups, je voyais des personnes en uniforme en face de moi. Pour moi, ce n'était pas logique", explique-t-il, la gorge encore nouée. 

"Pourquoi ils m'ont agressé ? Pourquoi ils m'ont insulté ? Pourquoi ils étaient si à l'aise ? J'ai envie d'entendre ce qu'ils ont à dire." Pour obtenir ces réponses, outre "une confrontation" qu'il appelle de ses vœux, il attend désormais que la justice "passe ". "Peut-être que le jugement changera quelque chose (...) pour tourner la page et pouvoir avancer", espère-t-il. "J'ai confiance en la justice".


Y.R

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