Affaire Théo : "Je ne suis pas un violeur, je ne suis pas un criminel", se défend le principal accusé

Publié le 9 janvier 2024 à 20h09, mis à jour le 9 janvier 2024 à 20h56

Source : JT 20h Semaine

Trois policiers sont jugés depuis ce mardi et jusqu'au 19 janvier pour "violences volontaires" devant les assises de Seine-Saint-Denis, sept ans après l’interpellation de Théodore Luhaka, le 2 février 2017 à Aulnay-sous-Bois.
Marc-Antoine C., 34 ans, est soupçonné d’avoir engendré une "infirmité permanente" à la victime, après lui avoir asséné un coup de matraque télescopique au niveau du rectum.

À quelques mètres de la partie civile, il l'affirme : c’est "une situation difficile" pour lui, avec depuis sept ans, "une épée de Damoclès" au-dessus de la tête. Au premier jour du procès de trois policiers poursuivis pour "violences volontaires" commises le 2 février 2017 à Aulnay-sous-Bois sur Théodore Luhaka, 22 ans, Marc-Antoine C., considéré comme le principal accusé, s’est largement exprimé, notamment sur ce qu'il ressentait, alors que le trio se retrouve devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis. 

"Je vis dans cette angoisse d'une condamnation avec de ce fait un quotidien qui est assez compliqué. (...) Mais j'ai besoin de démontrer que je ne suis pas celui que l'on a décrit dans les médias. Je ne suis pas un violeur, je ne suis pas un criminel", lâche-t-il.

"Nous, nous sommes victimes"

Le fonctionnaire âgé de 34 ans et qui comparait libre comme ses deux anciens collègues de la Brigade spécialisée de terrain d’Aulnay-sous-Bois est poursuivi notamment pour avoir asséné un coup de matraque télescopique au niveau du rectum de Théodore Luhaka au cours de son interpellation musclée il y a sept ans. Le gardien de la paix a toujours contesté toute intention dans ce geste qui a causé à la victime une infirmité permanente au jeune homme

S’il répète à l’audience que la "blessure (de la victime) est désolante" et que dans sa vie, "c'est quelque chose" qui le "hante", il affirme également être, comme ses collègues, victimes dans ce dossier. Il rappelle qu’à l’époque des faits, le président de la République François Hollande est allé au chevet du jeune garçon qui fête ce 9 janvier 2024 ses 29 ans. "Certains d'entre nous sont en colère de ce traitement, notamment Jérémie D. (autre accusé). Il est en colère du traitement qu'on a eu parce qu'au final, on n'est pas des mauvais gars et on se retrouve devant une cour d'assises avec des peines qui peuvent être énormes. Nous, nous sommes victimes d'une médiatisation, d'une crucifixion politique… Je pense que j'ai vachement subi dans cette affaire. Je pense que certains se seraient pendus s'ils avaient vécu tout cela", estime-t-il sans, peut-être, mesurer le poids du mot "victime" dans ce dossier pour la partie civile. 

"Aujourd'hui, je ne me considère pas comme un policier"

Car jusqu'à cette affaire, Marc-Antoine C., a eu, après avoir décroché un bac scientifique, un parcours exemplaire, selon ses proches et ses collègues. "Ses choix professionnels se sont toujours portés vers l'aide à autrui : maître-nageur, pompier volontaire, puis école de gendarmerie, de police (il sort 3ᵉ de sa promotion et 20ᵉ de la promotion nationale, ndlr) et de pompier. Il a obtenu les deux premiers et s'est tourné vers la police", détaille ainsi l'enquêtrice de personnalité qui l’a rencontré en janvier 2018. 

En 2013, il intègre le commissariat de police d'Aulnay-sous-Bois en 2013, par choix. Sa volonté : "protéger au mieux le citoyen et chasser le bandit", selon ses termes. Il obtient plusieurs lettres de félicitations entre 2013 et février 2017, quand survient l’affaire Théo. 

Depuis, l’accusé, mis en examen dans un premier temps pour viol avant que l’affaire ne soit requalifiée, dit "vivre un cauchemar". Il a été en dépression, a repris le travail en mi-temps thérapeutique, et a maintenant un poste administratif dans la police. "Aujourd'hui, je ne me considère pas comme un policier mais comme un assistant de la police", commente l’accusé. 

"Pourquoi alors rester dans le corps de la police ?", interroge Me Vey, avocat de Théodore Luhaka, après que l'accusé a indiqué avoir choisi ce métier pour garantir la paix, la sécurité et lutter contre la délinquance et les trafics en tout genre. "Je voulais retrouver mon honneur, on m'accuse d'un crime que je n'ai pas commis. On nous a catalogués comme mauvais policiers", répond-il, expliquant qu'il ne fera plus jamais de terrain et qu'à l'issue de ce procès, selon la décision de la justice et alors qu'il encourt jusqu'à 15 ans de prison, il se tournera peut-être dans l'investigation.


Aurélie SARROT

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