Procès de l’affaire Théo : "Je serai toujours celui qui s’est fait violer" affirme la victime

Publié le 15 janvier 2024 à 22h44

Source : Sujet JT LCI

Trois policiers sont jugés depuis le 9 janvier devant les assises de Seine-Saint-Denis pour "violences volontaires" commises en 2017 à l’encontre de Théodore Luhaka.
Lundi, la cour a procédé à l’audition de la partie civile, aujourd'hui âgé de 29 ans.
Grièvement blessé au niveau du rectum par le bâton télescopique, Théo garde aujourd’hui des séquelles irréversibles.

C’est une audition qui était particulièrement attendue. Lundi 15 janvier, près d’une semaine après l’ouverture du procès de trois policiers jugés pour "violences volontaires" commises à Aulnay-sous-Bois le 2 février 2017 à l’encontre de Théodore Luhaka, la cour d’assises a entendu la partie civile. Emmitouflé dans une grosse doudoune rouge, pantalon cargo beige, le jeune homme âgé de 29 ans, 1,94m pour près de 100 kilos, a raconté son calvaire, soutenu par de nombreuses personnes, dont Michel Zecler, Fatima Chouviat, veuve de Cédric Chouviat, ou encore Amal Bentounsi, fondatrice du collectif "Urgence notre police assassine".

Durant plusieurs heures, il a raconté comment était sa vie avant "l’affaire Théo" et comment elle a basculé par la suite. Celui qui était en passe de devenir footballeur professionnel et qui rêvait d’être célèbre l’est aujourd’hui devenu, mais pas pour les bonnes raisons. "Aujourd'hui, je suis connu parce que je suis aux assises, pas parce que j'ai eu le Ballon d'or. (...) Je serai toujours celui qui s'est fait violer, peu importe ce que je dis, ce que je fais", a déclaré Théodore Luhaka, cramponné à la barre, d'une voix basse. Quelques minutes plus tôt, il avait déjà dit à la cour qu'"après cette affaire", il était "devenu celui qui s'est fait violer, celui qui s'est fait manger les fesses par la police". 

"Ils m’ont ramené au commissariat comme un trophée"

En février 2017, Théodore Luhaka avait pourtant un avenir prometteur devant lui. Titulaire du BAFA il avait travaillé comme animateur en Seine-Saint-Denis, mais s'apprêtait, à l'âge de 22 ans, à déménager en Belgique pour y jouer en tant que footballeur professionnel. Le jeune homme était alors inconnu des services de police. Le 2 février, tandis qu'il regarde sa série préférée, Adrian Monk, sa sœur l’appelle pour lui demander d’apporter des chaussures à l’une de ses amies. Selon le récit qu'il livre durant son audition, en chemin, il voit un attroupement, et l’un de ses amis être giflé par un policier. La suite est connue, une partie au moins. 

Les images filmées par l’une des caméras de la ville le montrent être frappé par des policiers sur une dalle de la ville d’Aulnay-sous-Bois, dont l'un lui porte des coups à l’aide d’une matraque, notamment au niveau du rectum notamment. Des violences également présentes sur une autre vidéo filmée par une jeune femme à sa fenêtre, alors que le jeune homme est cette fois derrière un muret. Théodore Luhaka y apparait entouré par des policiers. Selon ses déclarations, un des gardiens de la paix aurait dit à ses collègues, avant de le conduire dans cet "angle mort" : "Frappe-le pas ici, il y a des caméras. Viens, on va là-bas, on va lui faire sa fête !" Dans cet endroit à l'abri des caméras de la ville, Théodore Luhaka assure avoir été encore frappé : coups de poing, coups de pieds, et autres coups de bâton télescopique de défense, y compris dans l'anus.

Le jeune homme raconte ensuite avoir été conduit au commissariat. Dans la voiture, il assure s’être fait cracher dessus, avoir été traité de "bamboula" et de "sale nègre", puis à nouveau frappé par le même équipage de la Brigade spécialisée de terrain. "Ils m’ont ramené au commissariat comme un trophée", a souligné la victime ce jour à l'audience. Deux policiers le prennent en photo, l’un d’eux, alors qu’il est au sol, les yeux fermés, le visage en sang. L’hémoglobine n’est pas que sur son visage, mais aussi au niveau de son fessier. "Un des policiers a dit : 'Il saigne du fion'" a répété Théo au cours de la procédure et à l'audience ce lundi.

Pour le jeune homme, c'est grâce à la cheffe de poste qui a appelé les pompiers qu’il a été sauvé. Les trois accusés poursuivis aujourd'hui, qui contestent les insultes et parlent d'un geste "légitime" de défense concernant le coup de matraque face à un individu qui refusait l'interpellation, n'ont en effet jamais appelé les secours.

"J’ai les séquelles d'une femme qui vient d'accoucher"

Hospitalisé en urgence, Théodore Luhaka a été opéré, mais a des blessures irréversibles. Il a des incontinences, des  "gaz", et une carte d’invalidité. "Aujourd'hui, j’ai les séquelles d'une femme qui vient d'accoucher" a décrit le jeune homme à la barre.  La rééducation ? Il a essayé avant d’y renoncer. "Vous savez madame, je suis un grand monsieur. Quand on vous dit de vous mettre tout nu, qu'on va vous mettre un truc dans les fesses, et qu'on va revivre le traumatisme que l'on a vécu..." a-t-il expliqué à la présidente qui lui demandait pourquoi il avait refusé ces soins. 

Son avenir ? Selon lui, il n’en a pas. "La réalité de la vie, c'est que moi je suis mort. Le 2 février 2017, moi je suis vraiment mort.(...) Je vais regarder Monk  jusqu'à la fin de ma vie. Ma famille va continuer à vivre avec un mort-vivant. Celui qui mettait la bonne humeur et la joie de vivre à la maison, il n'est plus là. Si quelqu'un le cherche, on sait qu'il est dans sa chambre en train de regarder Monk", a-t-il conclu. 


Aurélie SARROT

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