Pédocriminalité dans l'Église : un phénomène d'ampleur

Église : qui est le cardinal Ricard, qui a avoué une "conduite répréhensible" envers une jeune fille ?

par Frédéric SENNEVILLE
Publié le 8 novembre 2022 à 13h59, mis à jour le 8 novembre 2022 à 14h07
JT Perso

Source : JT 13h WE

Le cardinal Ricard a écrit une confession pour se dénoncer lui-même.
Il dit avoir eu une "conduite répréhensible" envers une jeune fille de 14 ans, il y a 35 ans.
Qui est Jean-Pierre Ricard, ancien archevêque de Bordeaux, qui était encore curé au moment des faits ?

"Il y a 35 ans, alors que j'étais curé, je me suis conduit de façon répréhensible avec une jeune fille de 14 ans. Mon comportement a nécessairement causé chez cette personne des conséquences graves et durables". La lettre a été lue à la veille de la clôture de l'assemblée plénière de la Conférence des évêques de France, par le président de celle-ci, Eric de Moulins-Beaufort.

La Conférence elle-même, qui se tenait à Lourdes, venait d'établir que onze anciens évêques avaient eu affaire à la justice civile ou à celle de l'Église pour des violences sexuelles ou pour leur "non-dénonciation". La confession de Jean-Pierre Ricard est un nouveau coup de tonnerre, un an après la publication du rapport Sauvé, qui estimait à plus de 200.000 les victimes d'abus sexuels dans l'Église depuis 1950. L'auteur de la lettre est une figure de premier plan de l'épiscopat français, monseigneur Ricard étant cardinal et ancien archevêque, et même membre de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui reçoit les signalements d'abus commis par les clercs. 

Des faits commis à Marseille ?

Né à Marseille en 1944, Jean-Pierre Ricard est entré au grand séminaire de Marseille à 18 ans, pour être ordonné prêtre en 1968, à 24 ans. Les faits qu'il dénonce lui-même dans sa lettre de confession, sans toutefois en préciser la nature, remonteraient à 35 ans, soit vraisemblablement à une période où il était vicaire épiscopal de Marseille-Sud- c'est-à-dire un collaborateur immédiat de l'évêque. Si la date évoquée est exacte, l'agression sexuelle dont il se serait rendu coupable sur une jeune fille de 14 ans aurait pu avoir lieu en 1987, alors qu'il était âgé d'environ 43 ans. 

Encore cardinal électeur

Jean-Pierre Ricard sera consacré évêque quelques années plus tard, en juin 1993. Sa première charge de plein exercice l'envoie à Montpellier pour cinq ans, avant sa nomination comme archevêque de Bordeaux en 2001. L'année suivante, il devient membre de la Congrégation pour la doctrine de la foi, alors dirigée par le cardinal Joseph Ratzinger. C'est ce dernier, devenu le pape Benoît XVI, qui le créera cardinal en 2006. 

Démissionnaire de sa charge d'archevêque en 2019, pour raison d'âge, Monseigneur Ricard est toujours cardinal, et encore en âge de participer à l'élection d'un pape (la limite en étant fixée à 80 ans). L'ex-prélat, connu pour un "caractère débonnaire" par ceux qui ont travaillé avec lui, vit aujourd'hui au presbytère de Peyruis (Alpes-de-Haute-Provence), dans une région où il a des attaches familiales. 

Une position tranchée sur les abus sexuels

Les aveux du cardinal Ricard étonnent d'autant plus qu'il avait adopté par le passé des positions sans équivoque pour dénoncer les abus sexuels dans l'Église. En 2016, alors que Mgr Barbarin était accusé de ne pas avoir transmis à la justice des éléments dont il avait connaissance, il avait notamment estimé devant la presse que "l'évêque a un devoir de faire un signalement au procureur de la République".  

Le prélat avait en outre souligné que les victimes "ont besoin que les choses soient dites et que les responsables soient sanctionnés et condamnés".  Même position tranchée l'année suivante, lorsqu'il avait signalé à la justice les "attitudes pastorales inappropriées" de l'ex-évêque de Dax.

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Jean-Pierre Ricard a conclu sa missive explosive en demandant "pardon" à sa victime, et en se mettant "à la disposition de la justice" civile comme ecclésiastique, même si les faits dont il serait l'auteur sont vraisemblablement prescrits. Ce mardi, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet, pour vérifier les éléments. Dans un communiqué, le procureur de Marseille explique que le cardinal aurait "reconnu avoir 'embrassé' il y a plus de 40 ans la fille d'un couple dont il aurait célébré plus tard le mariage religieux". 

Au total, huit évêques ou anciens évêques ont été mis en cause pour des abus sexuels, et deux pour non-dénonciation.


Frédéric SENNEVILLE

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