Violences urbaines : l'épisode ravive le souvenir des émeutes de 2005, après la mort de Zyed et Bouna

par Maëlane LOAËC (avec AFP)
Publié le 1 juillet 2023 à 19h02

Source : TF1 Info

Les violences urbaines qui ébranlent depuis mardi plusieurs dizaines de villes françaises font écho aux émeutes qui avaient secoué la France à l'automne 2005.
Une vague de colère provoquée par la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans un transformateur de Clichy-sous-Bois, après avoir fui la police.
Trois semaines durant, la colère avait embrasé les banlieues de toutes les grandes villes du pays.

Depuis quatre jours déjà, l'onde de choc n'a pas cessé de se propager. Chaque nuit, des violences urbaines secouent de nombreuses villes françaises depuis la mort mardi de Nahel, un adolescent de 17 ans tué par un tir de policier à Nanterre. Dans ce climat tendu et électrique, le souvenir de précédentes violentes urbaines est ravivé : en 2005, la colère s'était répandue comme une traînée de poudre dans la France entière, après la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans un transformateur électrique en tentant d'échapper à la police à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. 

Trois semaines d'émeutes à l'ampleur inédite avaient suivi, 21 jours consécutifs de face-à-face entre protestataires et policiers, poussant le gouvernement à décréter l'état d'urgence, une première en métropole depuis la guerre d'Algérie. Un levier que certains réclament de solliciter à nouveau aujourd'hui

L'étincelle est partie le 27 octobre 2005 : ce jour-là, Zyed Benna et Bouna Traoré, 17 et 15 ans, se réfugient aux côtés d'un troisième jeune homme de 17 ans, Muhittin Altun, dans un transformateur EDF après une course-poursuite avec des policiers. Ces derniers les soupçonnaient d'avoir commis un vol sur un chantier en rentrant d'une partie de football. À 18h11, les deux adolescents meurent électrocutés dans ce local en béton abritant une réactance, un dispositif très dangereux, près de 30 minutes après le départ des forces de l'ordre. Le troisième jeune est quant à lui gravement brûlé, mais réchappe au drame. 

274 communes touchées au pic des violences

Pour venger la mort des deux adolescents, des dizaines de jeunes de leur quartier s'en prennent dès le soir même aux pompiers, aux policiers et à des bâtiments publics. Le lendemain, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, affirme que "la police ne poursuivait pas physiquement" les deux adolescents, ce qui avait été contredit par l'unique rescapé du drame, rembobine Le Monde. Le drame s'est d'ailleurs déroulé dans un contexte particulièrement tendu au sujet des violences et des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre dans les banlieues, rappelle le quotidien. Quelques mois plus tôt, le locataire de la Place Beauveau avait notamment déclaré vouloir "nettoyer la cité au Karcher" lors d'une fusillade à la Courneuve, note aussi Radio France

Après trois nuits d'émeutes à Clichy-sous-Bois, la tension monte d'un cran le 30 octobre quand les gaz d'une grenade lacrymogène tirée par la police pénètrent dans une mosquée de la ville. La colère se propage en région parisienne puis à la France entière. Le pic des violences est atteint dans la nuit du 6 au 7 novembre, lorsque 274 communes sont touchées. De Lille à Lyon, en passant par Toulouse et Marseille, les banlieues de toutes les grandes villes sont concernées. 

État d'urgence et couvre-feu

L'état d'urgence est institué le 9 novembre par le gouvernement de Dominique de Villepin, permettant l'instauration de couvre-feux locaux. Jacques Chirac, alors président, promet une réponse "ferme" aux émeutes et affirme que "la violence ne règle jamais rien", tout en assurant "aux enfants des quartiers difficiles, quelle que soit leur origine, qu’ils sont tous les fils et les filles de la République". Lorsqu'un "retour à la normale" est finalement annoncé par les autorités le 17 novembre, les villes dressent le bilan de leurs nombreux stigmates. Au total, quelque 10.000 véhicules ont été détruits et plus de 200 bâtiments publics incendiés. La facture a grimpé à environ 160 millions d'euros pour les compagnies d'assurances. 

Au moins 120 policiers et gendarmes ont été blessés et quelque 5200 personnes interpellées (dont 3200 en flagrant-délit). La justice prononce dans les mois qui suivent plus de 400 condamnations à des peines de prison ferme. Trois personnes ont par ailleurs perdu la vie au fil de ces trois semaines de violences : un gardien d'immeuble de Besançon et un gardien de lycée de Trappes, dans les Yvelines, tous deux asphyxiés après avoir tenté d'éteindre des incendies, ainsi qu'un sexagénaire frappé par un émeutier, selon Le Monde

Deux policiers relaxés, dix ans après les faits

Quant à la mort des deux adolescents, aucune condamnation n'a été prononcée dans l'affaire. Deux policiers, poursuivis pour "non-assistance à personnes en danger", ont été relaxés en 2015, une décision confirmée l'année suivante en appel, laissant les familles dépitées et en colère. Le tribunal correctionnel de Rennes avait estimé que les fonctionnaires ne pouvaient avoir "la conscience claire et réelle d'un péril imminent" qu'étaient alors en train d'encourir les deux adolescents au moment des faits. 

Pour apaiser le mécontentement, le gouvernement avait alors augmenté de 100 millions d'euros les subventions aux associations, renforcé les moyens des Zones d'éducation prioritaire (Zep) et annoncé la création d'un service civil volontaire pour les jeunes. Parallèlement, il avait aussi durci le contrôle de l'immigration, menacé de suspendre le versement des allocations familiales aux parents qui ne respecteraient pas leur "contrat de responsabilité" et cherché à expulser des émeutiers étrangers.

Dix ans après les faits, les habitants de Clichy-sous-Bois disaient toujours attendre des avancées et avoir le sentiment que les promesses pour améliorer leur quotidien n'avaient pas été tenues. "On dit que les enfants sont les leaders de demain, mais eux, ils n’ont pas d’espoir. Je peux vous le dire, à Clichy, c’est pire qu’avant", avait par exemple lâché Waltar, un résident de la cité du Chêne Pointu où vivait Zyed, lors d'un reportage de TF1info sur place. 


Maëlane LOAËC (avec AFP)

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