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Vague de chaleur : fera-t-il réellement jusqu'à 46°C à la mi-juillet ?

Felicia Sideris
Publié le 4 juillet 2022 à 17h27
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Une carte diffusée sur les réseaux sociaux montre des températures caniculaires pour les semaines à venir.
Elle prévoit des chaleurs allant jusqu'à 46°C le 18 juillet.
Les prévisionnistes de Météo-France appellent à la plus grande précaution face à ces modèles.

Après avoir connu des records de températures en juin, la France attend avec appréhension les chaleurs estivales. Or, ce dimanche 3 juillet, une carte affichant un "temps saharien" sur l'Hexagone a circulé en ligne. À travers le pays, les températures affichées pour le 18 juillet dépassent systématiquement les 40°C allant même jusqu'à 46 degrés sur la partie ouest du pays. De quoi redouter un mois de juillet à haut risque ?

Un scénario isolé

Le modèle de prévision utilisé sur la carte est authentique. Il s'agit du Global Forecast System (GFS), un outil du National Weather Service. En libre accès sur internet, il a été mis en place, comme son nom l'indique, par les États-Unis, ce qui en fait un outil peu précis sur des échelles comme la France. Ceci dit, il fait partie des premiers modèles à avoir alerté sur la vague de chaleur qui avait touché le pays en juin dernier. Toujours est-il que ce scénario présente de nombreuses limites.

Tout d'abord, l'échéance est trop lointaine pour être fiable. Auprès de TF1info, Patrick Galois appuie cet argument sur la théorie de l'effet papillon. À savoir, s'il fallait vulgariser, "qu'en météo, un simple phénomène anecdotique peut, à long terme, provoquer des phénomènes météorologiques importants". Or, comme le souligne le prévisionniste à Météo-France, la "prévisibilité de l'atmosphère" est "assez limitée au-delà de dix jours". Comprendre par là que les spécialistes ne connaissent pas parfaitement l'état de l'atmosphère. 

"Des erreurs minimes" existent dès le début d'une simulation. Et, plus la prévision est lointaine, plus ces erreurs s'amplifient. "Au-delà d'une certaine limite, ces erreurs vont devenir suffisamment importantes pour que les résultats n'aient plus de valeur de prévision", conclut notre interlocuteur. Les résultats deviennent alors une simple "simulation hypothétique", à l'instar de la carte devenue virale ces derniers jours.

D’ailleurs, jamais l'outil du National Weather Service ne prétend faire des prévisions précises sur un tel délai. Le modèle, mis à jour toutes les six heures, permet simplement de donner une simulation à un instant T. Si bien qu'entre la simulation citée par les internautes dimanche matin et celle visible en ligne ce dimanche soir, la France avait perdu dix degrés. 

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Enfin, au-delà d'être éphémère, ce scénario est aussi très isolé. Les autres outils qui proposent des simulations sur 15 jours en ligne prouvent que le modèle du GFS était largement au-dessus de l'ensemble. C'est du reste pour contourner cette limite que Météo-France utilise pour ses travaux "un panel de modèles". "Un peu comme avec un sondage d'opinion, on va faire tourner plusieurs modèles", indique le prévisionniste, avant de développer : "Si chacun évolue vers un scénario commun, on peut avoir une bonne confiance dans la prévision, même après dix jours. Mais on n'utilise jamais un seul modèle qui diverge des autres."

C'est pourquoi, pour reprendre les mots de Patrick Galois, le modèle GFS est à prendre "avec beaucoup de pincettes" tant il est "hypothétique". "C’est une carte intéressante, qui présente un scénario extrême, rendu possible par le réchauffement climatique, mais qui ne traduit pas du tout de la réalité." 

Une saison "plus chaude que la normale"

Mais alors à quoi faut-il s'attendre pour les semaines à venir ? Difficile de le dire avec précision tant "la prévision est un art délicat", reconnaît Patrick Galois. De fait, dans leurs travaux, les prévisionnistes du service météorologique ne vont pas au-delà de huit ou neuf jours, afin d'éviter les écueils cités plus haut.

Reste que le service officiel de météorologie et de climatologie en France s'attend à ce que la semaine prochaine soit globalement "plus chaude que la normale". Une situation "cohérente", aux yeux de Patrick Galois, qui avertit sur une "séquence sèche durable pour la première quinzaine de juillet". Météo-France est cependant encore aujourd'hui "dans l'incapacité de préciser s'il y aura un risque de canicule" et quelles températures seront enregistrées dans le pays.

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