Un record a été battu dans la nuit de dimanche à lundi : il a fallu monter à près de 5300 mètres d'altitude pour enregistrer zéro degré, un seuil inédit dans toute l'histoire des relevés de MétéoSuisse.
Ce nouveau record dépasse de plus de 100 mètres le précédent, enregistré l'été dernier.

La chaleur n'épargne pas non plus les hautes altitudes. Dans les Alpes suisses, il a fallu monter à une altitude de près de 5300 mètres dans la nuit de dimanche à lundi pour atteindre le seuil de zéro degré, un record absolu en près de 70 ans de mesures, a indiqué MétéoSuisse lundi, au moment où une bonne partie du pays se trouve en alerte canicule. Cette limite du zéro degré, également appelée "isotherme", est un indicateur central pour évaluer les conditions météorologiques en montagne. Le pic avait été anticipé depuis plusieurs jours par les prévisionnistes, qui s'attendaient à une valeur record au vu de la hausse du mercure sur le massif.

"Le radiosondage de Payerne (une station météo au nord-ouest de la Suisse, NDLR) de cette nuit du 20 au 21 août 2023 a mesuré l'isotherme du 0 °C à 5298 m, ce qui constitue un record depuis le début des mesures en 1954", a ainsi rapporté la météo helvétique sur le réseau social X, anciennement Twitter. Un relevé "délirant", a réagi sur la plateforme Gaétan Heymes, prévisionniste chez Météo-France. 

Ces mesures de température sont effectuées deux fois par jour par MétéoSuisse à l'aide de ballons-sondes depuis le centre régional de Payerne, précise la RTS. Le précédent record datait du 25 juillet 2022 avec 5184 mètres, a souligné l'agence suisse. Et avant cela, ce seuil n'avait été atteint qu'une seule fois, en juillet 1995. Le pic de chaleur a finalement pris fin dans la journée, l'isotherme zéro degré étant redescendu à 5008m lundi après-midi, a signalé le bureau d'études Keraunos sur X. Selon le journal suisse Le Matin, l'indicateur doit se maintenir aux alentours de 5000m pendant "encore plusieurs jours de canicule, jusqu’à jeudi en tout cas"

"Depuis les années 1970, cette élévation s'est accélérée"

En montagne, l'altitude au-dessus de laquelle le mercure devient négatif n'est pas fixe : elle varie en fonction de la saison et des conditions météorologiques. Avec la fréquence et l'intensité croissante des épisodes de chaleur, sous l'effet du changement climatique, ce seuil remonte de plus en plus haut. 

En Suisse, l’altitude de l'isotherme du zéro degré mesurée au niveau du sol, par des stations de mesure, est montée de 200 à 700 mètres depuis le début des relevés météorologiques il y a plus de 150 ans et ce, de manière particulièrement marquée en hiver, indique encore le service météo. "Depuis les années 1970, cette élévation s'est accélérée, surtout au printemps et en été. La raison principale de cette évolution est le réchauffement climatique d’origine humaine", souligne MétéoSuisse. Et le phénomène semble ainsi aller de plus en plus vite. Au printemps et à l'été, "cette isotherme gagne parfois de plus de 100 m par décennie", mais la nuit passée, l'isotherme a bondi de 114 mètres au-dessus du précédent record de juillet 2022.

Cette évolution entraîne de multiples conséquences, puisque le seuil de zéro degré marque le "point de congélation", explique la météo helvétique sur son site. L'isotherme occupe ainsi une place de choix dans les prévisions météorologiques et joue un rôle important dans la vie quotidienne dans la région alpine, ayant une influence très importante sur "le développement de la végétation, la limite des chutes de neige et le cycle de l'eau", souligne MétéoSuisse. À noter toutefois que l'isotherme zéro caractérise la température de l'air, et ne signale pas automatiquement que le sol est gelé. "Le niveau de gel est bien évidemment influencé par l'altitude de l'isotherme 0 °C, mais en partie seulement", l'influence du soleil, du vent et de l'humidité entrant aussi notamment en jeu, note Météo-France sur son site.

La Suisse, à l'instar d'une bonne partie de l'Europe, connaît actuellement une vague de chaleur avec des températures dépassant nettement les 30 °C sous les 800 mètres d'altitude depuis vendredi. L'ensemble du pays alpin est classé au moins en niveau 3 sur 5 de danger de canicule sous ce seuil d'altitude. Au Tessin, la partie italophone de la Suisse, le niveau de danger a même été élevé à 4, ce qui signifie, selon MétéoSuisse, un risque élevé de troubles circulatoires et de malaise physique. Il en va de même aux alentours immédiats du lac Léman, où la nuit à venir promet d'être "tropicale", avec des minimales dépassant les 20°C. L'épisode de canicule est prévu de se poursuivre sans doute jusqu'à jeudi, avec des pointes à 37 °C attendues.

Les Alpes côté suisse ne sont pas les seules à subir des pics de chaleur : le record helvétique a même été battu ce lundi en Italie, rapporte le quotidien italien La Stampa. L'isotherme a été atteint à 5328 mètres d'altitude à la mi-journée au radiosondage de Novara Cameri, dans le Piémont, soit 30m plus haut que ne l'a relevé le radiosondage de Payerne. Par ailleurs, le mercure est monté très haut à 2100m d'altitude, avec plus de 23°C enregistré et même des pointes de 39°C dans la vallée d'Aoste, à près de 900 mètres d'altitude.

Quant au sommet du Mont-Blanc, l'isotherme zéro degré a dépassé les 5000 mètres d'altitude, a relevé dimanche Guillaume Woznica, météorologiste de LCI. Le point culminant de la chaîne des Alpes pourrait ainsi voir le mercure dépasser le zéro degré, et même atteindre jusqu'à 2°C à 4809 mètres d'altitude. En conséquence, la préfecture de Haute-Savoie a appelé lundi les alpinistes à la prudence "en raison du risque de chutes de pierres lié aux fortes chaleurs", en les invitant à reporter leur ascension. Ce risque est particulièrement "élevé" au niveau de la Voie normale du Mont-Blanc, "notamment sur le couloir du Goûter, compte tenu des températures qui ne cessent de s'élever", avec un isotherme relevé "à 4200/4400", a-t-elle précisé.


M.L (avec AFP)

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