Les erreurs de prévisions se multiplieraient chez Météo France.
Les syndicats s’inquiètent de la mise en place d’un nouvel algorithme.
Météo France dit ne pas avoir décelé de baisse de la "qualité globale des prévisions".

De la neige imprévue, des températures nettement inférieures à celles annoncées, ou encore de la pluie qui n’arrivera jamais. Depuis plusieurs mois, le sentiment d’avoir été "trompé" par les prévisions données par Météo France se propage. Et selon certains internautes, ce sentiment est non seulement réel, mais il a une cause précise : la réduction des effectifs au sein de l’organisme de météorologie. "Le saviez-vous ? La Macronie a coupé des fonds chez Météo France, - 20%, il y a beaucoup moins de prévisionnistes, de recherche et le réseau territorial s’est affaibli, des employés sont usés, donc si vous avez l’impression que les prévisions météo sont moins bonnes, c’est vrai", argue un compte sur X. 

Moins de subventions de l'État

Force est de constater que plusieurs erreurs se sont glissées parmi de récentes prévisions de Météo France. On peut citer la neige tombée en Ile-de-France début janvier, surprenant de nombreux automobilistes pendant la nuit et n’ayant pas été signalée par le service. Ou encore, plus phénoménale mais aussi plus lointaine, la survenue d’un orage en Corse en août 2022 alors que la vigilance orange avait été enclenchée quelques minutes plus tôt sur l’île. À cette occasion, une baisse des effectifs avait déjà été pointée du doigt, ce que nous avions regardé de plus près. 

Selon son budget détaillé sur son site, Météo France indique que les subventions lui étant accordées par l’État sont passées de 195,6 millions d’euros en 2015 à 179,1 millions d’euros en 2022, diminuant de 8,4% en sept ans. Et d’après un rapport sénatorial de 2021, un contrat signé en 2019 entre l’organisme et la direction du budget, rattachée à Bercy, visait "une réduction de 15% des effectifs de l’établissement" entre 2018 et 2022. Autrement dit, les prévisionnistes de Météo France sont passés de 1350 à 600 sur cette période. Sollicitée par TF1info, l’agence confirme ce nombre mais indique que ses "effectifs ont augmenté en 2023, avec 23 postes supplémentaires" et que "2024 verra aussi une augmentation de 25 postes". 

Des prévisions moins fiables à J-5 ?

Par ailleurs, un nouveau système nommé 3P (pour "programme prévision production") et un algorithme ont été mis en place en novembre dernier, automatisant certaines tâches. Mais cela a-t-il contribué à produire de mauvaises prévisions ? Pour TF1info, Guillaume Woznica, journaliste météo de LCI, distingue en réalité deux types de prévisions. Celles à long terme, au-delà de cinq jours, qui étaient déjà automatisées et qui n’ont pas évolué. Et puis celles à plus court terme, qui faisaient l’objet jusqu’ici de vérification humaine et qui apparaissent désormais moins fiables dans certaines situations. 

"Il y avait, dans chaque département, un chef de centre qui vérifiait tous les matins les prévisions brutes sorties des modèles météo, et qui les corrigeait en fonction de la situation, en fonction du terrain selon certaines particularités géographiques", souligne le journaliste. "Petit à petit, les centres départementaux ferment et sont regroupés en hypercentres régionaux. Depuis quelques mois, cette étape de vérification est quasiment absente." Concrètement, une seule personne, au sein du siège à Toulouse, est à ce jour chargée de cette tâche, selon les syndicats. 

Dans ce contexte, une grève a été menée par des prévisionnistes en novembre, puis en février, à l’appel des syndicats inquiets des "conséquences de la nouvelle organisation sur la qualité du service rendu aux usagers et clients de Météo France et sur la santé des usagers". Réunis en assemblée générale, les grévistes ont également souligné que "la chaine de production n’est pas suffisamment robuste, donnant parfois des résultats aberrants sur toute sorte de situation météorologique et sur des échéances non modifiables". 

Sur ses réseaux sociaux, FO a illustré ces propos rapportés par une température annoncée de 28°C à Strasbourg… en plein mois de janvier. Contactées, la CGT et la CFDT ne sont pas revenues vers nous pour le moment. De son côté, Météo France dit ne pas déceler de "dégradation de la qualité globale des prévisions suite au déploiement des nouveaux outils d'automatisation" et évoque un "taux de réussite de 80 % pour mars 2024, similaire aux mois précédents de juillet 2023 à février 2024". 

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Caroline QUEVRAIN

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