L'automne 2023 sera "le plus chaud jamais enregistré depuis 1900", annonce Météo-France

par Maëlane LOAËC (avec AFP)
Publié le 30 novembre 2023 à 13h25

Source : JT 20h Semaine

Après un mois de septembre le plus chaud jamais enregistré, un mois d’octobre le deuxième plus chaud et des températures encore douces en novembre, l’automne 2023 enregistre les plus fortes températures depuis 1900, selon Météo-France.
Le service météorologique estime également que l'année en cours sera la deuxième année la plus chaude qu'a connu la France, après 2022.

La saison n'est pas encore terminée que le record, lui, est d'ores et déjà établi. L'automne 2023 est le plus chaud qu'ait connu la France depuis le début du XXe siècle, "devant les automnes 2006 et 2022", a annoncé Météo-France, qui publie ce jeudi 30 novembre son bilan climatique complet de l'année. "Les températures estivales 2023 se sont étirées en longueur, du mois de juin jusqu’à la mi-octobre, avec plusieurs épisodes chauds tardifs", explique l'agence de prévisions. 

Cette année a été "marquée malheureusement à nouveau par des records de température multiples, qui viennent une fois de plus souligner, pas seulement le dérèglement climatique, mais l'accélération de ce dérèglement climatique", a estimé le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, lors de la présentation de ce bilan au siège du prévisionniste national à Toulouse.

Plus de 30 degrés en octobre

Dans la foulée d'un été qui s'est classé au rang de 4e le plus chaud qu'a connu le pays, marqué par une "vague de chaleur tardive", "la plus longue et la plus intense jamais observée après un 15 août", le mois de septembre a lui-même été "hors norme", devenant le plus chaud jamais enregistré en France, rembobine Météo-France. 

Puis la chaleur s'est maintenue lors de la première quinzaine d'octobre, au cours de laquelle de nombreux records mensuels ont été battus, "avec des valeurs dignes d’un plein été". "Le mois d’octobre se classe ainsi au 2ᵉ rang des plus chauds derrière octobre 2022", note le service météorologique, avec 119 dépassements des 30 degrés dans les stations du réseau. Le mois de novembre est, quant à lui, resté "doux" : les températures sont restées au-dessus des normales jusqu'à samedi dernier, avant que le mercure ne chute enfin. 

Cet "allongement de la saison estivale" est symptomatique des effets concrets du changement climatique sur notre territoire, souligne le prévisionniste, qui relève que sans ce phénomène, "il aurait été moins probable d’atteindre en France des températures de 42°C fin août, de 35°C en septembre ou de 30°C en octobre".

"Tendance de fond"

Avec cet été tout en longueur, l'agence de prévisions estime que 2023 devrait être la deuxième année la plus chaude en France depuis 1990, après 2022. "Même avec un mois de décembre qui serait deux degrés plus chaud ou plus froid que les normales, 2023 se classera au deuxième rang des années les plus chaudes derrière 2022, devant 2020", a souligné Virginie Schwarz, la présidente-directrice générale de Météo-France.

L'anomalie thermique, autrement dit l'écart de température entre les relevés réalisés cette année et les normales des années 1991 à 2020, devrait grimper aux alentours de 1,3°C cette année. Cet écart a été particulièrement marqué dans le centre et l'est du pays, notamment en Bourgogne-Franche-Comté (+1,6°C), dans le Grand Est, le Centre-Val de Loir et l'Auvergne-Rhône-Alpes (+1,5°C). Des anomalies culminant à +1,9°C et +1,8°C ont même été enregistrées respectivement à Clermont-Ferrand et Strasbourg. Les valeurs sont en revanche plus proches des normales en Corse et en Bretagne. 

Bilan climatique 2023 - Météo France

Ces relevés s'inscrivent dans une succession de records de chaleur ces dernières années : neuf des dix années qui ont été les plus chaudes depuis 1900 sont survenues depuis 2010, selon Météo-France. Le phénomène s'est encore intensifié tout récemment, les trois années les plus chaudes étant postérieures à 2020. "Ce n'est pas juste une anomalie statistique, mais que c'est bien une tendance de fond qui est en train de se matérialiser et malheureusement de s'accentuer", a insisté Christophe Béchu, alors que s'ouvre à Dubaï la COP28 sur le climat.

Bilan climatique 2023 - Météo France

Le service de prévisions rappelle qu'à l'échelle mondiale, 2023 devrait être l'année la plus chaude depuis le début des relevés, "chaque mois depuis juin 2023" étant le plus chaud jamais enregistré. En Europe en particulier, "les températures de surface ont été au-dessus des normales 1991–2020 chaque mois de janvier à octobre 2023, à l’exception du mois de mai 2023", pointe le bilan annuel de Météo-France, qui souligne que "le continent européen est celui qui se réchauffe le plus rapidement"

La sécheresse recule, mais au prix d'intempéries parfois violentes

Seule éclaircie au tableau, la pluviométrie moyenne sur l'année 2023 devrait atteindre des niveaux proches de la normale, après une année 2022 marquée par une sécheresse préoccupante. Mais au prix "de forts contrastes entre les saisons et les régions", note le prévisionniste, qui constate aussi que la saison automnale a été marquée des intempéries dont l'intensité est aussi l'expression du dérèglement climatique.

Ces dernières semaines ont en effet été particulièrement pluvieuses sur une large partie du pays, avec "une succession quasi ininterrompue de passages pluvieux" entre mi-octobre et mi-novembre. "Cette séquence restera à plusieurs titres dans les annales avec 32 jours consécutifs de pluie", insiste Météo-France, un épisode inédit symptomatique du dérèglement climatique, entraînant de fortes inondations dans les Hauts-de-France notamment. À l'échelle nationale, les sols se sont "considérablement ré-humidifiés", et affichent désormais des taux d'humidité plus importants que la normale sur la quasi-totalité du territoire, et même une saturation "par endroits". Mais à l'inverse, le pourtour méditerranéen reste plus sec que la normale en cette fin novembre.

Bilan climatique 2023 - Météo France

"Le retour des pluies abondantes sur la façade ouest et la moitié nord du pays en cette fin d’automne laisse entrevoir la fin de la sécheresse des sols sur ces régions. En revanche, le littoral languedocien et les Pyrénées-Orientales restent concernés en 2023 par un déficit pluviométrique prononcé", précisent les météorologistes. Quant aux nappes phréatiques, elles restent encore déficitaires

Météo-France souligne par ailleurs que la saison des tempêtes a été particulièrement précoce cette année, marquée par des "épisodes rapprochés". Dans la nuit du 1ᵉʳ au 2 novembre notamment, Ciarán a balayé une grande partie du territoire, devenant même "la tempête la plus sévère sur la Bretagne depuis 1987", avec des pointes atteignant localement les 170 km/h dans le Finistère.

En bref, l'année 2023 a bien été "complètement hors-norme" selon les critères actuels, mais elle "pourrait devenir une année normale en milieu de siècle, si les efforts suffisants ne sont pas menés dans le monde en matière d'atténuation du changement climatique", a insisté la présidente de Météo-France.


Maëlane LOAËC (avec AFP)

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