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Un automne pluvieux pourrait-il compenser la sécheresse intense de l'été 2022 ?

Thomas Deszpot
Publié le 30 septembre 2022 à 18h31
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Après un été très sec, le niveau des nappes phréatiques demeure préoccupant.
Avec l'arrivée de l'automne et des pluies qui l'accompagnent, peut-on espérer reconstituer nos réserves en eau ?
De l'avis des experts, seules des pluies régulières pendant plusieurs mois pourraient faire évoluer positivement la situation.

Ces derniers jours, la presse rapportait que 70 départements à travers l'Hexagone restaient concernés par des restrictions d'eau. Des mesures qui perdurent alors que les fortes chaleurs subies cet été sont derrière nous et que la pluie s'invite en ce début d'automne. Faut-il s'attendre à ce que les préfectures maintiennent durablement les arrêtés pris pour limiter la consommation d'eau ? Une fin d'année pluvieuse pourrait-elle reconstituer des réserves en eau souterraines largement diminuées ? Pour le savoir, TF1info a échangé avec l’hydrogéologue Violaine Bault, qui travaille au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le service géologique national français.

Des réserves durablement diminuées

Chaque mois, la spécialiste se charge de rédiger un bulletin de situation hydrogéologique, résultat d'un suivi précis des nappes phréatiques françaises. "Nous avons observé des niveaux particulièrement faibles" cette année, note la représentante du BRGM. Et ce notamment "dans le Sud-Est, sur la Provence et la Côte d'Azur, ou bien encore dans le sud de la Drôme, dans le Centre-Ouest, de la Vendée au Maine". Des niveaux "historiquement bas", auxquels s'ajoute un élément "assez exceptionnel cette année" : le fait que "toute la France" ait été touchée par la sécheresse. "D'habitude, des différences s'observent entre la façade atlantique et le bassin méditerranéen", note l'experte. "Toutes les ressources en eau ont été touchées."

La carte ci-dessus, qui faisait le point sur l'état des nappes au 1er septembre, reste globalement très similaire aujourd'hui, glisse Violaine Bault. Nous restons dans ce que les hydrogéologues désigne comme une "période de vidange", où les réserves d'eau diminuent. Seules exceptions : une frange à l'est, de l'Alsace au Languedoc, où les eaux ont réussi à franchir la barrière constituée par le sol. Rappelons en effet que les nappes se situent en France en moyenne à 20 mètres de profondeur, certaines allant jusqu'à 80 mètres sous la surface.

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Si le retour des pluies ne permet pas de reconstituer une partie des réserves en eau, cela s'explique en partie par le fait que "les sols étaient très secs et la végétation avait besoin d'eau" et les averses des dernières semaines ont été en majorité utilisées par les plantes, captées par leurs racines afin de compenser le déficit hydrique du début d'année. Comme le rappelle l'experte du BRGM, les premières alertes ont commencé très tôt, bien avant l'été, dès janvier 2022. L'hiver n'a pas été marqué par des précipitations suffisantes, entraînant une réaction en chaîne lors des périodes qui ont suivi. Seul le Sud-Ouest a finalement été quelque peu épargné, grâce à des pluies suffisantes au printemps. Auxquelles s'ajoutait un niveau des nappes déjà élevé dans cette zone du territoire.

Alors qu'octobre se profile, "les couleurs, c’est-à-dire l’état des nappes, restent globalement similaires" sur les cartes du BRGM, reconnaît Violaine Bault. Quelques légères améliorations sont à noter, en Corse ou sur la Côte d'azur, vers Montpellier, "mais ça ne s'améliore pas en Provence" par exemple. Un automne pluvieux pourrait-il inverser la situation et permettre de reconstituer les stocks d'eau dans le sous-sol ? "On sait qu'il faudra un hiver plus pluvieux que la normale pour compenser. Et un printemps pluvieux en plus", lance l'hydrogéologue. Lorsque l'on évoque les nappes, il est en effet indispensable de penser sur le temps long, en raison des volumes d'eau immenses qui sont concernés. "Il faudra une période de pluie qui sera abondante et longue", ajoute la spécialiste, qui espère de fines pluies régulières à des averses très violentes. Celles-ci "engendrent du ruissellement : comme les gouttes d'eau rebondissent sur le sol, elles ont plus de mal à s'infiltrer".

Il apparaît tout à fait réaliste qu'en cette période automnale, les préfectures maintiennent des mesures visant à restreindre l'usage de l'eau. Et ce malgré des pluies régulières à cette période de l'année. "On est assez inquiets", reconnaît Violaine Bault.  "On voit qu'habituellement, de grands cycles climatiques se suivent, avec pendant quelques années, des niveaux des nappes assez hauts, puis quelques années où ils seront plus bas. Mais là, ces cycles semblent cassés. On s'inquiète forcément pour les années futures." Prolonger les arrêtés préfectoraux est une "piste à envisager", selon la membre du BRGM, "il faut d'ailleurs noter que le ministère travaille sur un décret pour gérer la sécheresse en période hivernale. Des études vont arriver l'an prochain, on se met en ordre de bataille."

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