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Neige et verglas : le salage des routes est-il toujours aussi mauvais pour l’environnement ?

Publié le 18 janvier 2024 à 18h51, mis à jour le 18 janvier 2024 à 19h09

Source : JT 20h Semaine

Les épisodes de froid et de neige signent le retour des saleuses qui déversent leur cargaison sur les routes.
Longtemps décrié en raison de son impact environnemental, peut-on se passer du sel ?
Son utilisation est désormais optimisée, souligne une spécialiste à TF1info, d'autant que les solutions alternatives semblent encore peu pertinentes à grande échelle.

Les alertes météo se succèdent en cette période hivernale. Pluies verglaçantes, neige... Les autorités suivent avec la plus grande attention les éléments fournis par les prévisionnistes afin de réagir rapidement et d'éviter un chaos généralisé dans les réseaux de transports. C'est sur la base de ces informations que sera – notamment – déclenché le salage du bitume. 

Au début des années 2010, cette méthode et son impact sur la faune et la flore étaient mis en à l'index par des associations, telles que France Nature Environnement. Si bien que, une décennie plus tard, on s'interroge aujourd'hui sur la manière dont les pouvoirs publics parviennent (ou non) à concilier gestion des réseaux routiers et préservation de la biodiversité.

Un usage du sel optimisé

Bien qu'efficace, le sel n'est pas sans défaut. Susceptible de brûler le feuillage des végétaux, il peut aussi causer un dessèchement de leurs racines et affecter les cours d'eau. Sans compter l'impact sur les sols, puisqu'il peut faire varier leur perméabilité. Notre utilisation est-elle aujourd'hui plus raisonnée que par le passé ? D'autres produits sont-ils utilisés ? Pour le savoir, TF1info a sollicité Stéphanie Gaudé, l'une des expertes du pôle viabilité hivernale au sein du Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema).

Elle confirme d'emblée que le sel demeure aujourd'hui utilisé dans l'immense majorité des cas (à plus de 99%). Un sel qui n'est d'ailleurs plus uniquement disséminé au sol sous sa forme de grains. "La question du grammage fait partie des évolutions marquantes, intervenue dans les années 1980", précise la spécialiste, avec la volonté de rechercher l'usage de quantités plus réduites. L'utilisation de la saumure s'est développée, sous forme de ce que les professionnels du secteur nomment la "bouillie de sel", composée de saumure et de sel en grains. "On va jouer sur l'action de l'eau pour rendre le sel plus efficace et plus longtemps", précise Stéphanie Gaudé. "Actuellement, on constate une utilisation augmentant encore la proportion de la saumure, allant jusqu’à de la saumure pure, permettant ainsi une réduction massive du sel en grains."

Malgré un coût en augmentation ces dernières années, le sel demeure central dans le domaine de la "viabilité hivernale". Mais les techniques ont progressivement été optimisées, si bien que "le dosage utilisé pour un mètre carré au sol se révèle très réduit", note la spécialiste du Cerema. "C'est l'équivalent de deux cuillères à café !" À titre de comparaison, répandre du sable ou d'autres "abrasifs" sur la chaussée requiert l'usage de quantités bien supérieures de matières premières. Environ dix fois plus pour garantir aux véhicules une adhérence suffisante sur les routes. Des volumes gênants, synonymes de circuits plus réduits pour les engins chargés de l'épandage, et de consommations supplémentaires de carburant. Sans oublier la nécessité (réglementaire) de recourir à une balayeuse après les épisodes de neige/verglas, pour retirer le sable ou les autres matières minérales qui auraient été répandues.

Remplacer le sel sera délicat

Du côté du Cerema, on glisse que de très nombreux produits peuvent être utilisés pour prévenir la formation de verglas ou réagir à des chutes de neige sur un réseau routier. Le sel n'est par exemple pas du tout utilisé sur les pistes d'aéroports, puisque jugé trop corrosif. Pour autant, Stéphanie Gaudé peine à envisager que ce dernier se trouve à terme facilement remplacé. Outre le fait que son utilisation soit aujourd'hui rationalisée et optimisée, un changement ne serait pas sans conséquences, explique-t-elle.

"Tout d'abord, il faudrait que le produit de remplacement soit aussi efficace. Mais également qu'il se révèle abordable et compatible avec le parc matériel des collectivités". L'achat de véhicules spécifiques peut en effet rapidement faire grimper les coûts. Dans le même temps, il s'agirait de trouver un produit sans risques pour les utilisateurs ou l'environnement, bénéficiant d'une durée de vie assez longue. "Il est indispensable de pouvoir le conserver plusieurs années, en particulier en cas de successions d'hivers doux". À cela s'ajoute un volet de communication : si un produit miracle était marron foncé, il serait indispensable de faire preuve de pédagogie auprès du grand public pour expliquer son utilisation sur la chaussée au détriment du sel, auquel nous sommes tous habitués. 

Le fait que le sel soit un produit naturel facile à se procurer joue aussi en sa faveur, d'autant qu'il faut envisager l'empreinte environnementale d'un substitut chimique dans sa globalité, de sa conception jusqu'à son élimination. Les progrès les plus significatifs ne seront peut-être pas réalisés à l'avenir grâce à une modification des produits employés, mais par une lecture et une analyse plus fine des phénomènes météorologiques. "Des avancées très significatives ont été observées en la matière", se réjouit Stéphanie Gaudé. Elle fait ainsi référence à des "outils d'anticipation, que ce soit via les prévisions de Météo-France ou les retours des stations météo routières". Désormais, il est par exemple possible de déterminer avec une plus grande précision le type de verglas auquel les conducteurs seront confrontés. Et ainsi "d'adapter en temps réel la réponse" à apporter pour prévenir les risques qui leur sont associés. 

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Thomas DESZPOT

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