La tempête Pierrick a abordé le nord du Finistère ce lundi après-midi, engendrant des vents violents et un risque de vagues-submersion.
Si des bateaux sont en perdition, l’Abeille Bourbon, l’un des plus puissants remorqueurs au monde, pourra leur porter secours.
Visite guidée avec les envoyés spéciaux de TF1 qui ont pu monter à son bord.

Voir sa silhouette apparaître, c’est le dernier espoir des marins en détresse. À bord de l’Abeille Bourbon, douze hommes sont prêts à intervenir à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Voilà deux ans que Lucas Danze a embarqué sur l’Abeille. À seulement 27 ans, il est déjà lieutenant. "On ne se rend pas compte une fois qu'on est dessus de la grandeur du bateau. Et finalement, c'est quand on se retrouve au niveau de la mer, qu'on se rend compte à quel point il est immense. On voit qu'il est profilé pour casser les vagues et puis qu'il est costaud pour gérer la mer d'Iroise", dit-il dans le reportage de TF1 ci-dessus. Long de 80 mètres, haut de 30 mètres, l’Abeille Bourbon a pour mission de remorquer des cargos jusqu’à cinq fois sa taille, de les sauver d’un incendie ou d’une avarie, et d’éviter des catastrophes parfois irréversibles.

Un mois sur deux à bord

Si l’Abeille se réfugie à l’abri, à Ouessant, lors des jours de mauvais temps, c’est pour gagner de précieuses heures en cas d’intervention. Entre les tempêtes, les instants de calme sont précieux pour peaufiner l’entretien du bateau. Au large, se trouve le rail d'Ouessant, une autoroute maritime où se croisent 45.000 cargos chaque année dans des conditions parfois hostiles. "On essaye de réduire en permanence les délais de transit, d'être à la limite de ce qu'on peut atteindre au niveau vitesse avec l'Abeille bourbon en fonction des conditions météo. Et puis une fois qu'on est sur zone, on est à proximité du navire et on engage toute la procédure de remorquage", explique Thierry Choquet, le commandant. 

Entre les tempêtes, les instants de calme sont précieux pour peaufiner l'entretien du bateau. Sur le pont avant, Miguel Cavellec, le maître d'équipage, change une pièce sur l'une des deux ancres. "Je remplace le système de saisissage des ancres par un système un peu plus moderne et surtout plus facile en rapidité. Il nous permettra de partir plus vite, gagner du temps et le barreur passera moins de temps sur la plage avant donc ramassera moins de paquets de mer et sera en sécurité plus rapidement", assure-t-il.

Prendre soin du navire est important, réconforter les hommes à bord l’est tout autant. Après son père, lui aussi cuisinier sur l’ancêtre de l’Abeille Bourbon, Sébastien Hellequin a repris le flambeau il y a 18 ans. Aujourd'hui, les goûts de chaque marin n'ont plus de secret pour lui. "Ça fait partie des choses aussi qui les font tenir, de savoir qu'à midi et à 19 h/20 h, ils ont un bon petit plat qui a été fait avec amour, parce qu'il y a de ça, c'est clair", affirme-t-il. Un réconfort fondamental pour l'équipage qui passe un mois sur deux à bord.

On est toujours sur le qui vive.
Sébastien le Bars, second maître à bord

Une vie sous le signe du collectif, du vivre ensemble. Pour autant, une pièce est réservée à l'intimité de l'équipage, c'est leur cabine individuelle. Sébastien le Bars, second maître à bord, devra, lui, attendre avant de fermer l'œil. À la passerelle, c'est à son tour d'entamer son quart, comprenez sa période de garde de 20 h à minuit. En effet, les marins soumis aux ordres de la préfecture maritime se relèvent 24 h sur 24, 365 jours par an. "On fait une veille téléphonique, une veille radio et une veille visuelle. On est toujours sur le qui vive, on s'attend toujours à un appel du Cross (Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage, ndlr) pour un éventuel remorquage pour un bateau en avarie", souligne-t-il.

Quand les prévisions météo sont mauvaises, que la mer se forme, le navire s'apprête à appareiller. Avec ses quatre moteurs et ses 22 000 chevaux, l'abeille Bourbon et l'un des plus puissants remorqueurs au monde. Une propulsion équivalente à celle de 220 voitures. "C'est un moteur qu'on peut trouver sur des cargos de 100 à 140 mètres, en termes de puissance, et là, il y en a quatre. Parce qu'il nous faut de la puissance pour tracter. Pour nous, ça paraît aussi simple que quelqu'un qui démarre sa voiture", avance Pierre Petel, chef mécanicien. 

Au tour des hommes du pont de prendre les choses en main. Direction le fromveur, un courant parmi les plus puissants d'Europe. Difficile de garder l'équilibre tant la mer est déchaînée, avec douze mètres de creux. À la barre, le commandant, Thierry Choquet, va tirer sa révérence mi-avril après 32 ans de remorquage. "Inconsciemment, ce qui a influé ma carrière professionnelle, je pense que c'est le naufrage de l'Amoco en 78. Cette marée noire, ça marque les esprits. J'avais 17 ans à l'époque et je pense que cette carrière que j'ai faite aux Abeilles n'est pas due au hasard", admet-il.

Lors de ce reportage, le commandant vit sa dernière tempête à bord. "Je suis passionné par ce métier. Je pense que ce qui aurait pu me faire arrêter, c'est de perdre un homme. En étant responsable de la sécurité à bord, j'aurais pris ça pour moi. Ça a été mon obsession durant toute ma carrière professionnelle", poursuit-il. Le commandant laisse un équipage derrière lui, tout autant imprégné du métier. Il s'apprête aussi à faire ses adieux à sa "sentinelle des mers" qui a réalisé 90 remorquages en 19 ans. 


V. F | Reportage TF1 : Chloé Ebrel et Robin Cann

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