VIDÉO - "La nature est plus forte que l’homme" : comment les zones inondables s'adaptent face à l'urgence climatique

par L.T. Reportage TF1 | Matthieu Dupont
Publié le 30 janvier 2023 à 9h12

Source : JT 20h WE

Avec le changement climatique, les inondations risquent de se répéter et de s’amplifier.
En France, près de 17 millions de personnes vivent dans des zones inondables.
Il va donc falloir, dès maintenant, repenser notre façon de construire nos logements.

Le 15 octobre 2018, la nuit a été meurtrière à Villegailhenc (Aude). La force des inondations a tout emporté : le pont centenaire et des dizaines de maisons. Cinq personnes y ont trouvé la mort. Quatre ans après, Michel Proust, maire (SE) de la commune, nous guide dans son grand chantier. "Une catastrophe telle que celle que nous avons vécue, humainement, c’est très fort. Cette tension n’est pas retombée, donc il a fallu absolument se reprojeter très vite dans l’avenir. Il faut tout repenser et ça va être le nouveau visage du village", affirme-t-il. 

Ce secteur-là va être rendu à la rivière et c’est totalement inconstructible à l’avenir
Hélène Mathieu-Subias, ingénieure en hydrologie (SMMAR)

Mais pas question de reconstruire comme avant. Le village aura son nouveau pont. Mais avec près de 50 mètres de long, il est quatre fois plus grand que l’ancien. "La nature est plus forte que l’homme quoi qu’on en dise, poursuit le maire. Donc, il faut vivre avec, il faut s’adapter à elle". Et lui redonner toute sa place. En accord avec le plan de prévention des inondations, il a tranché : une vingtaine de maisons endommagées par la crue ont été détruites. Car désormais, on est en zone rouge. "Ce secteur-là va être rendu à la rivière et c’est totalement inconstructible à l’avenir", déclare Hélène Mathieu-Subias, ingénieure en hydrologie pour le syndicat mixte des milieux aquatiques (SMMAR). 

Et voilà bien le paradoxe : redonner de la place à la rivière alors qu’on est en pleine sécheresse. "C’est un peu la difficulté de l’urbanisation en temps de crise, c’est qu’on a des phénomènes extrêmes en climat méditerranéen, ce qui est un peu aussi l’illustration du changement climatique", reprend Hélène Mathieu-Subias. 

Des constructions surélevées

Moins violente, mais plus fréquente, l’eau monte aussi à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise). Alors aujourd’hui, il est impossible de construire de nouveaux immeubles dans ces zones inondables sans respecter la réglementation. "L’accès au parking a été surélevé, justement pour respecter cette règle des 50 centimètres au-dessus des plus hautes eaux connues, et le premier niveau de logements est également surélevé", montre Robert Rice, ancien responsable de l’urbanisme de la commune, dans le reportage du 20H de TF1 en tête de cet article. 

Dans un autre immeuble de Saint-Ouen-l’Aumône, c’est le grand retour des pilotis. "Les bâtiments sont sur pilotis, les circulations entre bâtiments sont également surélevées et elles surplombent un jardin aquatique qui permet de stocker les eaux venant de la rivière et ensuite de les évacuer naturellement par capillarité", poursuit Robert Rice. 

"L’idée, c’est de faire de ce quartier un affluent temporaire de la rivière"

À Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher), Éric Daniel Lacombe, un architecte, a réhabilité l’ancienne usine Matra pour en faire un quartier d’habitations en bord de rivière, un exemple qui a inspiré de nombreuses constructions par la suite. "L’idée, c’est de faire de ce quartier un affluent temporaire de la rivière, pour que la rivière puisse rentrer dans ce quartier, avoir de la place et pouvoir surtout ressortir vers la rivière", explique-t-il. 

Toutes les rues et les trottoirs sont surélevés d’un mètre, mais surtout tracés en parallèle de la rivière pour ne pas être un obstacle en cas de crue et le moindre détail a été pensé. "Si l’eau continue à monter, le niveau des balcons est réglé pour une accessibilité en bateau pour que des pompiers viennent vous chercher", ajoute l’architecte. 

En 2016, la maison de la jeunesse et de la culture a été endommagée. Alors, il a fallu reconstruire et innover avec des volets tournants qui remplacent les portes et laissent passer l’eau. Les parapets sont percés et coulissants. "Surtout, il ne faut pas s’enfermer dans la répétition à l’identique de la construction antérieure. Il faut la repenser complètement à partir de l’eau en en faisant une alliée", affirme Jeanny Lorgeoux, maire (DVG) de Romorantin. 

En 2016, la cité Matra a résisté, les pieds dans 1,50 mètre d’eau, sans dommage, grâce à cet urbanisme adapté qui cherche aussi à réconcilier. "Souvent, on ne joue que la nature contre les humains ou que les humains contre la nature. Trouver les deux, c’est ça qui fera l’urbanisme de demain", reprend Éric Daniel Lacombe. Et le temps presse. 17 millions de Français vivent en zones inondables. 


L.T. Reportage TF1 | Matthieu Dupont

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