Les tornades, pas si rares en France : "Aucun lien établi avec le réchauffement climatique"

Propos recueillis par Annick Berger
Publié le 24 octobre 2022 à 13h55
JT Perso

Source : TF1 Info

Plusieurs communes de Hauts-de-France ont été touchées par des tornades dimanche soir.
Des phénomènes, la plupart du temps de faible intensité, qui frappent régulièrement la France.
TF1info fait le point sur le sujet avec Emmanuel Wesolek, président de Keraunos.

Des centaines d'habitants relogés, des milliers de foyers privés d'électricité et des scènes de désolation dans les villes touchées. Dans les Hauts-de-France et en Normandie, les départements de la Somme, du Pas-de-Calais et de l'Eure ont été frappés, dimanche soir, par des tornades. Elles ont notamment touché les villages de Conty (dans la Somme, près d'Amiens), et de Bihucourt (Pas-de-Calais), faisant un blessé léger. 

Des phénomènes, plus ou moins violents, qui surviennent régulièrement l'Hexagone. Selon Keraunos, l’observatoire des tornades et des orages en France, on compte en moyenne "chaque année sur le sol français entre 40 et 50 tornades, l'essentiel d'entre elles présentant des intensités très faibles (EF0) à faibles (EF1)". Le dernier événement meurtrier date d'août 2008, lorsqu'une tornade de très forte intensité (EF4) avait ravagé plusieurs communes du Val-de-Sambre, dans le département du Nord, provoquant la mort de trois personnes.

Comment se forment ces phénomènes et sont-ils appelés à devenir de plus en plus fréquents avec le changement climatique ? TF1info fait le point avec Emmanuel Wesolek, président de Keraunos. 

Des tornades ont touché les Hauts-de-France et la Normandie dimanche soir, comment explique-t-on la formation de tels phénomènes ?

Une tornade, c'est un tourbillon de vent qui se crée sous un nuage d'orage. Pour cela, il faut qu'il y ait deux éléments. Le premier, c'est la présence d'un orage formé à partir d'un nuage qui aspire l'air chaud et humide près du sol et qui l'envoie en altitude où il est plus frais et plus sec. Ce mouvement d'aspiration peut se mettre à tourner en présence d'un autre élément que l'on appelle cisaillement de vents, lorsque les courants d'air changent de direction et d'intensité en fonction de l'altitude. 

Dimanche, sur le nord-ouest de la France, ces deux conditions étaient réunies : des orages et une situation très active au niveau des vents, avec ce que l'on appelle un "jet" en haute altitude, qui est un courant de vents violents soufflant à plus de 200 km/h et dans une direction un peu différente des vents beaucoup plus faibles présents près du sol. Lorsque ces derniers sont aspirés dans l'orage, tout cela se met progressivement à tourner, ce qui peut provoquer un tourbillon de vent étroit, qui fait rarement plus de 100 à 200 mètres de large, mais très violent. C'est ce que l'on appelle une tornade.

Les tornades font partie du décor climatologique

Emmanuel Wesolek

Est-ce que ce sont des phénomènes habituels en France ?

Dans tous les pays tempérés, les tornades font partie du décor climatologique. Pour la formation de ces phénomènes, il faut en effet des contrastes de masse d'air qu'on ne trouve pas sous les zones équatoriales ou tropicales et en même temps une instabilité que l'on ne trouve pas aux latitudes polaires. Ce sont donc dans les latitudes où l'on a un climat tempéré que l'on observe le plus fréquemment des tornades. En Europe, ce sont des pays comme la France, l'Italie, l'Allemagne, la Pologne et le sud de l'Angleterre qui sont les plus concernés. En revanche, nous n'avons pas l'ampleur d'activité tornadique qu'on peut avoir aux États-Unis, qui reste le territoire le plus exposé. 

Par ailleurs, en France, contrairement aux États-Unis où l'on observe assez régulièrement des phénomènes de très forte intensité, cela reste quelque chose d'assez marginal. Nous allons étudier dans le détail l'intensité exacte des cas enregistrés dimanche, mais par exemple, la dernière tornade violente qui a touché l'Hexagone s'est produite en 2008, dans le département du Nord, avec de très gros dégâts. Si l'on compte entre 40 et 50 tornades par an en France, les cas vraiment dévastateurs ne surviennent en moyenne qu'une fois tous les dix ans.

La plupart des tornades en France touchent deux grandes zones : de la Charente/Charente-Maritime, jusqu'à la Normandie et les Hauts-de-France, et la Méditerranée où il y a régulièrement des phénomènes maritimes, ce que l'on appelle les trombes marines, l'équivalent de la tornade en mer, et qui de temps en temps viennent s'échouer sur les côtes du Var ou des Alpes-Maritimes, ou alors vers l'Hérault.

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Avec le changement climatique, risque-t-on d'en voir de plus en plus ? De plus en plus fortes ?

Pour l'instant, l'effet du changement climatique n'est pas vraiment mesurable puisque l'aspect températures est seulement l'une des composantes qui interviennent dans la formation de tornades avec beaucoup d'autres éléments qui ne sont pas liés à la température, notamment l'humidité de la masse d'air près du sol, la température en altitude, la vitesse des vents, etc. Donc le seul aspect réchauffement ne suffit pas à déclencher davantage de tornades. D'ailleurs, on l'a bien vu cet été, les mois de juin, juillet, août ont été particulièrement chaud et il y a eu très peu de tornades et aucune de violente.

Ce que l'on a plutôt tendance à avoir, sur les 20 dernières années, c'est une stabilité dans le nombre de tornades qui touchent la France. Nous n'observons pas de lien direct entre la hausse des températures et ces phénomènes, comme on peut l'avoir concernant l'intensité des précipitations ou la fréquence des très fortes chutes de grêle. Pour ce qui est des tornades, pour le moment, nous n'avons pas d'éléments qui nous permettent de penser que le réchauffement climatique peut les multiplier.


Propos recueillis par Annick Berger

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