Crues dans le Pas-de-Calais : le cauchemar sans fin des habitants "peut conduire à la dépression"

Publié le 8 février 2024 à 15h46

Source : JT 13h Semaine

Le Pas-de-Calais est à nouveau placé en vigilance orange "crues".
C'est la troisième fois en quelques mois que le département du nord de la France subit un tel événement météorologique.
Pour les habitants, cette répétition peut entraîner une "anxiété anticipative", explique à TF1info une spécialiste en psychologie de la santé.

Des inondations qui ne cessent de se répéter. Le Pas-de-Calais a été placé ce jeudi en vigilance orange face à un "risque de crue importante" sur la Canche, a annoncé Météo-France. Un événement météorologique qui alimente les souvenirs encore récents des inondations dans ce département du nord de la France. En novembre, selon la préfecture, quelque 6500 habitations avaient déjà été sinistrées, puis 2800 en janvier.

Face à cette multiplication des aléas, les habitants accusent le coup. "Ras-le-bol", peste l'un d'entre eux au micro de TF1 (voir vidéo en tête de cet article). "Il ne faut pas que cela continue, les gens vont être désespérés. Il va y avoir des suicides, c'est terrible." "Cela m'inquiète beaucoup, on dort très mal, on est stressé", rapporte une habitante de Brimeux. "Cela fait trois fois, on en a marre."

Les inondations à répétition accentuent la vulnérabilité
Alicia Fournier, maître de conférences en psychologie de la santé à l'Université de Bourgogne

Un stress et une inquiétude "tout à fait logiques", explique auprès de TF1info Alicia Fournier, maître de conférences en psychologie de la santé à l'Université de Bourgogne. "Même quand elles ne se répètent pas, les inondations peuvent conduire à de la dépression, de l'anxiété ou du stress post-traumatique. Forcément, lorsqu'elles sont à répétition, comme dans le Pas-de-Calais, cela accentue cette vulnérabilité. Ce traumatisme fort peut même durer à travers le temps."

Pour les habitants du nord de la France, peut désormais survenir "une anxiété de recommencement", indique Alicia Fournier. "Ils viennent tout juste de vivre cet événement qui les a angoissés, ils ont donc peur que cela recommence." C'est pourtant le scénario qui se dessine, avec une vigilance orange pour la crue de la Canche déclarée au moins jusqu'à vendredi soir. "Avec le changement climatique, tout le monde sait que cela peut se reproduire", pointe la spécialiste en psychologie de la santé. "Une anxiété anticipative s'ajoute aux troubles déjà présents liés au vécu initial."

Plusieurs conséquences peuvent alors survenir chez les habitants en situation de désespoir. "Un événement stressant qui se répète conduit au développement d'un stress chronique", prévient-elle. "Or, le stress chronique a un fort impact sur la santé psychologique, mais aussi physique : il peut conduire à une dépression profonde, à des troubles anxieux généralisés, à des troubles du sommeil, musculo-squelettiques ou encore à un système immunitaire affaibli."

Pour limiter ces conséquences, Alicia Fournier préconise aux habitants "du soutien social" pour "exprimer et évacuer ce vécu", mais pointe aussi l'importance du rôle du gouvernement. "Si l'État œuvre pour soutenir la population à prévenir les dégâts climatiques, mettre en place des réseaux de soutien dans les endroits les plus touchés peut aussi aider", souligne-t-elle. "Le collectif peut largement diminuer le risque de développer des troubles de la santé mentale."


Idèr NABILI

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