Des internautes alertent sur l'arrivée d'un outil de "suivi de votre empreinte carbone".
Selon eux, les dirigeants du monde ont décidé mettre en place ce dispositif pour sanctionner les plus pollueurs.
Cette théorie n'est que pure spéculation.

Après le pass sanitaire, le pass carbone ? Cette idée selon laquelle ceux qui nous gouvernent souhaiteraient à nouveau priver les citoyens d'un certain nombre de libertés obsèdent les cercles complotistes. Or, ils détiendraient désormais la preuve qu'une telle manœuvre serait en cours. Ce mercredi 16 novembre, un amateur des théories QAnon a affirmé qu'un dispositif de suivi de "l'empreinte carbone" a été décidé au Forum économique mondial de Davos. Vidéo à l'appui, il précise le mécanisme. "Lorsque votre empreinte carbone atteint 500, pas le droit d'acheter des billets d'avion. 1000, votre taux d'imposition augmente de 30 %. 2 000, pas le droit de conduire votre voiture, transport en commun uniquement etc.". De quoi inquiéter les plus de 60.000 personnes qui ont visionné la séquence. Mais sur quoi se fondent ces craintes ?

Un extrait qui ne correspond pas à la légende

La séquence utilisée a bien été captée lors du dernier Forum économique mondial (WEF), qui s'est tenu en Suisse du 22 au 26 mai dernier. Une réunion annuelle devenue la bête noire des amateurs de théories complotistes. Car ils voient dans cet événement où se retrouvent patrons de multinationales, oligarques et responsables politiques, le lieu de manœuvres secrètes des élites visant à asservir les peuples. Sauf que la vidéo utilisée par l'internaute ne peut servir de preuve de la création d'un "pass carbone".

 

Premièrement, parce que les propos de l'homme dans l'extrait en question ne correspondent absolument pas au texte qui l'accompagne. Très précisément, on l'entend dire (en anglais dans la vidéo) : "Nous développons, grâce à la technologie, la possibilité pour les consommateurs d'évaluer leur propre empreinte carbone. Qu'est-ce que cela évalue ? Là où ils voyagent, comment ils voyagent, ce qu'ils mangent, ce qu'ils consomment. Il s'agit d'un outil de suivi de l'empreinte carbone individuelle. Cet outil n'est pas encore opérationnel, mais restez branchés. C'est quelque chose sur lequel nous travaillons." Rien à voir, à priori, avec un pass coercitif. 

Ce complotiste proche des sphères QAnon affirme à tort qu'un dispositif de suivi de l'empreinte carbone a été décidé au Forum économique mondial de Davos
Ce complotiste proche des sphères QAnon affirme à tort qu'un dispositif de suivi de l'empreinte carbone a été décidé au Forum économique mondial de Davos - Capture d'écran / Twitter

Et pour cause, il n'a jamais été question d'un tel outil. En fait, l'homme dans la vidéo n'est autre que Michael Evans, président du groupe Alibaba. Dans la séquence complète, disponible sur YouTube, il participe à une rencontre autour de la question des "perspectives stratégiques" pour aller vers une "consommation responsable". L'enjeu est alors de débattre des différentes options à mettre en place afin de répondre "aux attentes et aux besoins croissants et changeants des consommateurs" tout en incluant des critères écologiques, responsables, sains, inclusifs, équitables et transparents, comme l'énumère la présentatrice de la table-ronde. 

Des discussions au cours desquelles des représentants de L'Oréal et du groupe alimentaire JBS mais aussi la ministre de l'Environnement des Pays-Bas évoquent les recherches autour de produits qui réduisent la consommation d'eau et de plastique, évoquent l'importance de l'économie circulaire ou encore la responsabilisation du consommateur. C'est à ce moment-là que le président du groupe chinois prend la parole. Et précise les innovations prises par l'entreprise pour responsabiliser leurs consommateurs. Or, il explique que pour respecter leurs objectifs de réductions d'émissions de gaz à effet de serre tout en atteignant leur objectif de réunir pas moins d'un milliard de clients d'ici à 2024, ils comptent proposer à chaque utilisateur un système de suivi de leur empreinte carbone. C'est cet outil qu'il développe alors. 

En résumé, le dispositif présenté dans la vidéo a été développé par une entreprise privée chinoise à destination de ses utilisateurs pour faciliter le suivi de leur propre consommation. Il ne s'agit absolument pas d'un "pass" à l'échelle d'un pays. Et encore moins d'un outil coercitif. Ce qui n'a pas empêché la fausse information d'être diffusée. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que des internautes s'emballent autour de cette éventualité. Ce fut déjà le cas en juillet dernier, lorsqu'a circulé la rumeur selon laquelle la Suède allait mettre en place un "pass climatique" pour bloquer les achats au-delà d'un certain seuil d'émissions de CO2. Comme à l'époque, l'arrivée d'un "pass climatique" n'est que pure spéculation, qui ne s'appuie sur aucune preuve.

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Felicia SIDERIS

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