Ces derniers jours, la députée LFI de Paris a fait l'objet de plusieurs enquêtes journalistiques, sur ses démêlés judiciaires et ses méthodes de management brutales.
Depuis, si les proches de Jean-Luc Mélenchon la défendent, quelques langues se délient pour lui réclamer des comptes.

La France insoumise, partagée en deux camps irréconciliables ? Les enquêtes journalistiques et la tempête médiatique qui s'abattent sur Sophia Chikirou cette semaine viennent confirmer et révéler un peu plus la présence de deux camps au sein du mouvement dirigé par Manuel Bompard : les proches de Jean-Luc Mélenchon et de la direction, qui défendent bec et ongle Sophia Chikirou ; et ceux qui sont en conflit avec les têtes pensantes de LFI depuis plusieurs mois déjà, qui lui réclament des comptes, même s'ils sont rares à le dire publiquement.

Qu'est-il reproché à la députée de Paris, intime de Jean-Luc Mélenchon ? Mardi 2 octobre, un article du Monde relatait l'enquête judiciaire visant Sophia Chikirou pour des soupçons de surfacturations de prestations à LFI lors de la campagne présidentielle de 2017, via sa société de communication politique Mediascop, et évoquait une possible audition par la justice prochainement. Jeudi soir, un numéro de "Complément d'enquête" (France 2) s'intéressait plus particulièrement à sa personnalité et à ses méthodes, ainsi qu'à son passage à la tête du Média, qu'elle a co-fondé en 2017. Il est notamment révélé qu'elle aurait traité de "tafioles de merde" d'autres collègues, lui valant des accusations d'homophobie. 

Des explications de Sophia et du mouvement doivent être données.
Danièle Simonnet

Quelques heures avant la diffusion, auprès de l'AFP, la députée de Paris Danièle Simonnet avait osé réclamer des explications. "Des explications de Sophia et du mouvement doivent être données à l'ensemble des militants passés et présents qui sont impliqués dans ces campagnes et dans le mouvement", déclarait-elle. À propos des méthodes de management de sa collègue, elle arguait : "On a des principes, c’est la lutte contre le harcèlement moral, tous les collaborateurs et anciens collaborateurs de quelque député que ce soit doivent savoir que notre groupe doit être à leur côté et notre mouvement aussi". "Ce n'est pas par les petites phrases très brutales qu'on facilite la préservation de cette unité", estimait-elle aussi, réagissant à la comparaison effectuée la semaine dernière par Sophia Chikirou entre Fabien Roussel et Jacques Doriot, ancien leader du PCF devenu collaborationniste

La députée a affirmé ces opinions en interne, lors d'une réunion du groupe LFI à l'Assemblée mardi. Son collègue Alexis Corbière est allé dans le même sens, indique l'AFP. L'élu de Seine-Saint-Denis, avec Raquel Garrido, Clémentine Autain ou François Ruffin, fait partie des "frondeurs", tous appartiennent au clan des poids lourds en désaccord avec les instances dirigeantes, notamment depuis l'affaire Adrien Quatennens. Sophia Chikirou aurait joué un grand rôle dans le retour dans les médias et au sein du groupe LFI du député condamné pour avoir frappé sa femme.

Des prises de parole non sans conséquences

D'ailleurs, ce jeudi, François Ruffin s'est affiché sur ses terres avec l'une des autres élues qui a osé prendre la parole contre Sophia Chikirou, la députée de Dordogne Pascale Martin. Mardi, toujours auprès de l'AFP et commentant les révélations du Monde, elle écrivait : "Si elles sont confirmées, les révélations du Monde constituent des faits profondément contraires à l'éthique militante insoumise et au projet de société que nous défendons chaque jour en tant que député.es. Aux milliers de militant.es bénévoles sincères, Mme Sophia Chikirou doit des explications. Les pratiques doivent changer." 

Ces deux prises de parole publiques - certains témoignent de façon anonyme dans le "Complément d'enquête" diffusé jeudi - n'ont pas été sans conséquences. Danièle Simonnet s'est vu accusée par la députée Nadège Abomangoli de "vise(r) deux femmes racisées" pour avoir critiqué des tweets de Danièle Obono, également élue LFI, et Sophia Chikirou. Hadrien Clouet a lui affirmé, en dressant un parallèle entre Sophia Chikirou et Pascale Martin, "préférer quelqu’un qui dit ce qu’il pense dans le groupe, plutôt que quelqu’un qui fait des communiqués sans prévenir". Cette même élue est décrite par Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, comme "en marge du groupe".


Justine FAURE

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