Anne Hidalgo a-t-elle soutenu des suppressions de lits et de postes à l’hôpital Bichat ?

Publié le 5 janvier 2022 à 16h48, mis à jour le 5 janvier 2022 à 21h37
Manifestation contre le projet de fusion des hôpitaux Bichat-Beaujon, mai 2021
Manifestation contre le projet de fusion des hôpitaux Bichat-Beaujon, mai 2021 - Source : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

SERVICE PUBLIC - La maire de Paris et candidate à la présidentielle est accusée d’avoir validé le projet de fusion des hôpitaux Bichat et Beaujon qui aurait pour effet de supprimer 305 lits d’hôpital dans la capitale et sa proche banlieue. Explications.

Pour marquer le début de sa campagne, Anne Hidalgo s’est rendue mardi 4 janvier à l’hôpital Bichat, dans le 18e arrondissement de Paris, où elle a défendu son "plan Marschall pour sauver l’hôpital public". Mais le matin-même, sur France 2, la candidate socialiste a été interrogée sur son soutien apporté au "projet de suppression de 1000 postes et de 300 lits de l’hôpital Bichat", en tant que présidente du conseil de surveillance de l'AP-HP. Sans répondre à la question de la journaliste Caroline Roux, la maire de Paris a simplement réaffirmé son engagement envers l’hôpital. 

En réalité, ces critiques datent de plusieurs mois mais n’ont jamais dépassé la sphère de la politique régionale. Le 7 avril dernier, trois élus LFI ont écrit par exemple au directeur de l’AP-HP Martin Hirsch dans ce but. Dans un courrier rendu public, Daniele Obono, Eric Coquerel, et Danielle Simonnet expliquent trouver "simplement aberrant que l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, avec l’aval du gouvernement et de la mairie de Paris qui prétendent mettre tout en œuvre pour lutter efficacement contre le Covid-19, envisage un projet de fusion qui entrainera, à terme, la suppression de près de 400 lits et de plus de 1000 postes de soignants". Le 24 mars, Ian Brossat, adjoint d’Anne Hidalgo au Logement, faisait lui-même part de son opposition au projet.

Tous font référence à la fusion prévue des hôpitaux Bichat et Beaujon, pour sa part situé à Clichy dans les Hauts-de-Seine, sur un nouveau site hospitalier : le campus hospitalo-universitaire Saint-Ouen Grand Paris-Nord. Mais qu’en est-il réellement ? La maire de Paris s’est-elle dite favorable à ce projet ? Cette fusion a-t-elle vocation à supprimer 1000 postes et 300 lits actuels à Bichat ?

Depuis le 8 juillet 2020, Anne Hidalgo préside bien le conseil de surveillance de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), instance présente dans chaque hôpital qui réunit des représentants des collectivités territoriales, des représentants du personnel de l’établissement, ainsi que des "personnalités qualifiées", comme on peut le lire sur le site de l’AP-HP, et qui fait office de conseil d’administration. C’est donc en sa qualité de maire qu’Anne Hidalgo a été élue par les membres du conseil, nous confirme son équipe de campagne. Anne Souyris, son adjointe à la Santé, en fait également partie. 

Concrètement, le "conseil de surveillance (CS) a pour missions principales de se prononcer sur la stratégie de l’établissement et d’exercer à son égard le contrôle permanent de sa gestion" mais n’a pas de pouvoir décisionnaire, selon l’équipe d’Anne Hidalgo. En revanche, le conseil "délibère notamment sur (…) toute mesure relative à une communauté hospitalière de territoire ou projet de fusion". À ce titre, il s’est penché à plusieurs reprises sur la fusion prévue des hôpitaux Bichat et Beaujon. Comme le 26 mars dernier, où il s’est réuni sous la présidence d’Anne Hidalgo. On peut lire dans le compte rendu que "le CS soutient l’élaboration d’un projet territorial de santé à partir de l’actualisation du projet médical de l’hôpital du Grand Paris Nord". Une formule sans ambiguïté sur la position du conseil de surveillance et sur celle de sa présidente.

Une fusion des activités de Bichat et Beaujon

Maintenant, la fusion aura-t-elle réellement pour effet de supprimer des moyens ? Concrètement, le projet prévoit de rassembler sur un même site en 2028 "les activités hospitalières de médecine, chirurgie et obstétrique des hôpitaux Beaujon et Bichat-Claude Bernard", d’après un communiqué de presse. La construction de ce campus, elle, doit débuter en 2024. La position d'une frange de l’opposition dans la région, à commencer par le groupe LFI, consiste donc à expliquer que 1000 postes et quelque 300 lits de l’hôpital Bichat vont être perdus dans cette fusion. 

S’agissant des postes, l’AP-HP rejette toute accusation de coupe budgétaire, assurant qu’"il n’a jamais été prévu de supprimer 1000 postes". Elle ajoute qu’"un travail sur les effectifs et les ratios les plus adaptés au futur hôpital, en 2028, sera par ailleurs engagé à partir de cette année notamment pour tenir compte de la densité des soins". Le sujet n'est donc pas clos à l'heure actuelle. S’agissant des lits cette fois, l’opposition au projet tire ses calculs du collectif "Hôpital Nord : Pas ça, pas là, pas comme ça", selon qui 305 lits de médecine traditionnelle vont être supprimés. 

La question des lits d'hôtel hospitalier

Questionnée sur ce chiffre, l’AP-HP admet qu’il y aura 270 lits conventionnels de Bichat en moins sur le futur campus hospitalier mais qu’en définitive, il y aura plus de lits destinés à accueillir les patients. Et cela car "les hôpitaux actuels Bichat et Beaujon comportent moins de lits de réanimation et de soins critiques que le projet, moins de lits ambulatoires, aucun lit de crise ni de capacité hôtelière pour les patients venus de loin juste pour un jour d’examen ou de traitement". Dans le détail, le nouveau campus sera doté de "16% de lits de réanimation et soins critiques" en plus, de "96 lits supplémentaires installés et équipés, utilisables en cas de tension passagère ou de crise, 60 lits supplémentaires utilisables en cas de situation sanitaire exceptionnelle, et 150 chambres d’hôtel hospitalier". Au total, le futur hôpital "comportera jusqu’à 1167 lits et places (ainsi que 150 lits d’hôtel hospitalier)", d'après un communiqué de mars dernier.

Le collectif, que nous avons contacté, fait quant à lui un comptage différent en n’y incluant pas ces fameuses chambres d’hôtel hospitalier. Selon lui, "les chiffres publiés par l’APHP ne représentent pas la réalité de ce qui est prévu dans le projet de Grand Hôpital Nord" car ils tiendraient compte "de la création en parallèle d’hôtels hospitaliers à proximité, qui ne sont pas des structures hospitalières mais des hôtels privés destinés à accueillir les patients opérés en ambulatoire avant et après leurs opérations". 

En résumé, Anne Hidalgo a bien soutenu le projet de fusion des deux hôpitaux de l’AP-HP. Maintenant, il parait prématuré d’établir un lien direct entre son soutien envers le projet et son vote en faveur de moins d’effectifs et de lits. La question des effectifs, elle, ne semble pas tranchée par l’AP-HP. Ensuite, le nombre de lits supprimés varie selon le point de vue adopté (270 lits conventionnels en moins mais 16% de lits en réanimation en plus) et l’inclusion ou non des chambres d’hôtel hospitalier dans le comptage.

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Caroline QUEVRAIN

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