Élection présidentielle 2022

Autonomie de la Corse : après cinq ans de surplace, Emmanuel Macron prêt à lâcher du lest

Justine Faure
Publié le 16 mars 2022 à 16h13
JT Perso

Source : TF1 Info

Le gouvernement est prêt à réfléchir à l'autonomie de la Corse, a indiqué le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.
Une annonce surprenante, à 25 jours du premier tour de l'élection présidentielle, alors que tout au long de son mandat Emmanuel Macron n'a donné aucunes garanties à l'île de Beauté, alors même qu'il s'était dit prêt à en discuter en 2017.

Après cinq années de rendez-vous manqués avec la Corse et ses élus, le gouvernement lâche du lest à 25 jours du premier tour de l'élection présidentielle. Les mots prononcés mardi soir par le ministre de l'Intérieur, ainsi que le timing, questionnent. "Nous sommes prêts à aller jusqu'à l'autonomie. Voilà, le mot est dit", a déclaré Gérald Darmanin quelques heures avant une visite sur l'île de Beauté en proie aux violences depuis plusieurs jours, demandant le retour au calme en préalable au dialogue.

Avant lui, vendredi 11 mars le Premier ministre avait levé le statut de "détenu particulièrement signalé" d'Yvan Colonna, Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, condamnés à la perpétuité pour l'assassinat du préfet Claude Erignac en 1998. Ce statut bloquait leur rapprochement en Corse, aucune prison de l'île ne pouvant accueillir ce type de détenus.

C'est "un sentiment de satisfaction", avait réagi vendredi auprès de l'AFP Gilles Simeoni, le président autonomiste du Conseil exécutif de Corse. Mais ce seul geste ne suffira pas à calmer "la situation explosive" que vit aujourd'hui la Corse, avait ajouté l'élu, ancien avocat d'Yvan Colonna, appelant à "d'autres gestes publics, forts et immédiats de la part du gouvernement".

2017, Macron suscite un espoir

Pourtant, l'élection d'Emmanuel Macron avait suscité beaucoup d'espoir. Le 10 avril 2017 lors d'une réunion publique à Furiani, il s'était engagé, s'il était élu, à un "diagnostic sur la situation et les besoins de la Corse". "Tous les problèmes seront abordés" sans "tabou", avait-il assuré. "Je ne serai pas toujours d'accord avec vous, mais je vous écouterai tous. Tous les représentants élus qui siègent à l'Assemblée de Corse auront la parole et mon écoute. S'il apparaît que le cadre actuel ne permet pas à la Corse de développer ses potentialités, alors nous pourrons envisager d'aller plus loin et de réviser la Constitution", avait poursuivi le candidat.

Les nationalistes avaient alors fait part de leurs revendications : une "mention spécifique dans la Constitution", un statut fiscal et social, la co-officialité de la langue corse, un statut de résident visant à privilégier les personnes vivant depuis plusieurs années sur l'île pour l'achat d'un bien immobilier et le rapprochement des prisonniers corses. Si le gouvernement a récemment accédé à cette dernière revendication, les autres ont été rejetées au cours du quinquennat. En février 2018 lors d'une visite en Corse, si Emmanuel Macron s'était dit "favorable à ce que la Corse soit mentionnée dans la Constitution", il s'était dit opposé à la co-officialité de la langue corse et à l'octroi d'un statut de résident.

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Aussi, le président autonomiste du conseil exécutif de Corse Gilles Simeoni a estimé ce mercredi que les mots prononcés par Gérald Darmanin "sont des mots importants qui ouvrent une perspective, mais des mots auxquels il convient maintenant de donner des prolongements et des concrétisations". La présidente autonomiste de l'assemblée de Corse, Marie-Antoinette Maupertuis, s'est déclarée "très prudente avec les annonces gouvernementales, surtout quand elles sont faites en période  électorale"

En faisant cette annonce à moins de quatre semaines du premier tour, difficile effectivement de ne pas y voir une portée électoraliste. Et l'envie pour Emmanuel Macron de couper l'herbe sous le pied aux candidats favorables à plus d'autonomie (Valérie Pécresse) ou l'autonomie totale (Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon) de la Corse. Et se démarquer de sa principale concurrente Marine Le Pen, qui y est opposée, estimant que "la Corse doit rester française".


Justine Faure

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