La flambée des prix de l'énergie

Bouclier tarifaire : "Il faut que le coût soit maîtrisé", souligne le président de la Cour des comptes

M.G
Publié le 15 septembre 2022 à 10h48
JT Perso

Source : L'Invité Politique

Invité de LCI ce jeudi, Pierre Moscovici a livré son analyse des dernières mesures annoncées par le gouvernement face à la flambée des prix de l'énergie.
S'il se satisfait plutôt de l'équilibre trouvé, le président de la Cour des Comptes s'inquiète de la trajectoire des finances publiques sur le long-terme.

Un compromis satisfaisant ? Le gouvernement a annoncé mercredi le déploiement d'un nouveau bouclier tarifaire pour faire face à l'inflation galopante et à la flambée des prix de l'énergie. "Il faut des mesures, ciblées et temporaires, et que le coût sur les finances publiques soit maîtrisé. En gros, il me semble que c'est ce que le gouvernement a cherché", salue Pierre Moscovici sur LCI. "Le raisonnement est assez juste : protéger les ménages, partager le fardeau et limiter autant que faire se peut le coût sur les finances publiques, même si 18 milliards d'euros, ce n'est pas rien", ajoute-t-il, reconnaissant qu'il existe actuellement des "difficultés pour les Français liées à leur pouvoir d'achat".

Ramener le déficit sous les 3% en 2025

En revanche, le président de la Cour des comptes peint un tableau plus sombre à moyen et long terme. "Les déficits qui ont suivi la crise du Covid ont été les plus élevés depuis des décennies. La dette publique a cru de 15% pendant la pandémie. C'était légitime et tout le monde l'a fait. Seulement, la France partait d'un état plus dégradé que les autres, avec une dette publique plus élevée", commence-t-il.

Or, avec "la dette publique qui augmente, ce sont nos enfants qui s'appauvrissent et notre crédibilité s'affaiblit", met-il en avant. "Il n'y a pas de menace mais, avec la hausse des taux d'intérêt, la charge annuelle de la dette augmente. Chaque euro que vous consacrez à cela est un euro en moins que vous consacrez à la transition écologique, énergétique, numérique, etc. Au bout d'un moment, si vous êtes très endettés, vous n'avez plus aucune marge de manœuvre", rappelle l'ancien Ministre de l'Économie, des Finances. "Si nous continuons à avoir une dette qui augmente fortement, alors nous nous retrouverons étranglés dans notre capacité à agir. Et de cela, il faut vraiment s'en prémunir", martèle-t-il. 

On doit être un peu plus ambitieux

Pierre Moscovici

Par conséquent, "la dépense publique ne peut pas continuer à croitre indéfiniment", insiste-t-il, estimant que l'on "ne peut pas faire de bonnes politiques publiques sans finance publique saine". "Ceux qui disent que la croissance seule, à travers des recettes mirifiques, va permettre de réduire les déficits se trompent. Nous entrons plutôt dans une zone de turbulences", affirme Pierre Moscovici. "Le problème est européen" mais "presque tous les pays de la zone euro prévoient d’être revenus à 3% de déficit, ou en-dessous, en 2025 alors que pour la France ce ne serait que 2027. Le message que j’ai passé est qu’il me semble que l’on doit être un peu plus ambitieux", indique-t-il. 

Croissance, stabilité des recettes, optimisation des dépenses

Pour revenir sur une bonne trajectoire, il préconise une stratégie en trois piliers. "Le premier est la croissance. Il faut investir massivement dans notre pays", considère-t-il. Par ailleurs, il faut trouver les moyens de préserver les recettes. Ainsi, "nous n'avons pas les moyens de faire des baisses d’impôts sèches", explique l'ancien de Bercy. Enfin, il faut maitriser les dépenses publiques. Selon Pierre Moscovici, 58% PIB de l'Hexagone est consacré à la dépense publique, ce qui situe la France parmi les premiers pays de l'OCDE en la matière. "Il faut réformer les politiques pour les rendre plus efficaces et moins coûteuses", résume-t-il. 

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À noter que cet assainissement des finances publiques passera nécessairement par une réforme des retraites, assène l'ex-commissaire européen à la fiscalité. "Notre système n’est pas financé dans la durée", soutient-il. "Ceux qui disent aujourd'hui 'ne faisons rien', proposeront demain de baisser les pensions. [...] Éviter cette réforme n’est pas une mesure sociale. À la fin, elle s'avèrera antisociale", conclut-il. 


M.G

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