Chantage à la sextape à la mairie de Saint-Étienne

Chantage à la sextape à Saint-Etienne : on vous résume l'affaire

Annick Berger avec AFP
Publié le 13 septembre 2022 à 13h10
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Le maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau, est accusé de "chantage aggravé" par son ex-premier adjoint Gilles Artigues.
Une affaire qui a éclaté après des révélations de Mediapart concernant des pressions présumées à la sextape.
Voici les points clés de cette affaire.

Depuis fin août, le maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau est au cœur d'une importante polémique. L'élu, qui était encore, ce mardi 13 septembre à la mi-journée, auditionné par la justice à sa demande à Lyon, est visé par une information judiciaire. En cause : le tournage et l'usage d'une vidéo à caractère sexuel enregistrée en 2014, alors que Gilles Artigues, ex-premier adjoint municipal, était en train de se faire masser par un homme dans une chambre d'hôtel à Paris. C'est le site d'information Mediapart qui a révélé l'affaire le 26 août dernier et la victime a déposé une plainte le 29 août, visant nommément le maire, l'un de ses adjoints et l'ancien amant de cet adjoint.

Qui sont les protagonistes ?

Quatre hommes politiques stéphanois apparaissent dans ce dossier. Le premier, la victime, est Gilles Artigues. Cet élu de 57 ans était député UDF de la Loire de 2002 à 2007. Il se présente ensuite sans succès à la mairie de Saint-Etienne en 2008 sous l'étiquette MoDem. En 2014, il rejoint la liste UMP puis LR de Gaël Perdriau, qui remporte le scrutin avant d'être réélu en 2020. De 2014 à 2022, Gilles Artigues occupe le poste de premier adjoint au maire avant de démissionner brusquement en mai dernier. L'homme est un professeur certifié de mathématiques, père de famille et a présidé l'association chrétienne Jeunes pour une foi. Il est connu pour son fort engagement catholique. Dans un post Facebook, il a affirmé que cette affaire lui avait "pourri la vie". "Cette vie qui est si belle et que j'ai plusieurs fois songé à quitter, tant j'étais désespéré", affirme-t-il. 

Le chantage aurait été orchestré par le maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau. Il aurait utilisé la sextape afin de contrôler politiquement son ancien premier adjoint. L'édile nie toutes les accusations portées à son encontre, et dénonce des accusations "ignobles" qui ont, selon lui, "bafoué (son) honneur et celui de (sa) famille". Il se dit prêt à porter plainte pour "dénonciation calomnieuse". Sa version est toutefois mise à mal par des enregistrements diffusés lundi par Mediapart où on entend le maire, ainsi que son directeur de cabinet, Pierre Gauttieri, menacer directement Gilles Artigues.

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Pour tourner la sextape, l'élu LR se serait appuyé sur Samy Kéfi-Jérôme. L'adjoint au maire en charge de l'Éducation et conseiller régional est présent dans l'équipe de Gaël Perdriau depuis ses débuts à la mairie. Il aurait organisé, en 2014, la rencontre dans une chambre d'hôtel avec un escort gay et caché une caméra pour piéger Gilles Artigues. Des accusations qu'il réfute, qualifiant ces faits "d'affabulation"

L'adjoint est toutefois directement mis en cause par Gilles Rossary-Lenglet qui se présente comme le co-auteur du piège et l'ex-compagnon de Samy Kéfi-Jérôme. Il dit être à l'origine de la divulgation de cette affaire et assure avoir reçu de l'argent public, 50.000 euros, pour services rendus, via des subventions municipales détournées. C'est lui qui accuse directement le maire de Saint-Etienne et c'est également lui que l'on peut entendre parler avec Gaël Perdriau dans les enregistrements publiés lundi par Mediapart. 

Que contient réellement la "sextape" ?

Désormais séparé de celui qui fut son compagnon et assurant n'avoir "plus rien à perdre", Gilles Rossary Lenglet affirme que Samy Kéfi-Jérôme a "payé sur place un escort boy" qui aurait passé environ 1h30 dans la même chambre d'hôtel que Gilles Artigues, à Paris. Les faits se sont déroulés fin 2014. Le but était de piéger le père de famille. Selon Mediapart, on voit ainsi sur la vidéo l'ex-premier adjoint nu, aux côtés d'un autre homme procédant à un massage qualifié "d'érotique". L'avocat de la victime explique que son client pense avoir été drogué ce soir-là. "Il connaît M. Kéfi-Jérôme qui l’a amené dans sa chambre pour un motif futile et l’a fait boire. Il ne se souvient ensuite de pas grand-chose", a-t-il détaillé.

Au début de l'année 2015, Samy Kéfi-Jérôme aurait montré quelques extraits de cette vidéo à Gilles Artigues. Une information confirmée par l'avocat de l'ancien premier adjoint, qui explique qu'il lui a alors laissé entendre qu'il ne s'agissait que d'un extrait et que le reste pouvait être beaucoup plus grave. "Puis, M. Kéfi-Jérôme a commencé à exercer un chantage sur des considérations politiques, les candidatures qui se profilaient, et sur ce qu'il souhaitait de la part de Monsieur Artigues". Des accusations que réfute l'adjoint à l'Éducation.

Quel était le but de ce chantage ?

Le but du piège était de contrôler Gilles Artigues. En 2014, lorsque Gaël Perdriau est élu pour son premier mandat, il bénéficie du ralliement au second tour de Gilles Artigues. Mais le nouvel édile semble se méfier de son allié de circonstance, craignant qu'il ne tente de prendre sa revanche lors des municipales de 2020. Le chantage consistait ainsi à le dissuader d'une éventuelle dissidence au sein de la Ville en vue du scrutin de 2020. "Le message était clair : il ne fallait pas que Gilles Artigues fasse d'écart s'il ne voulait pas que la vidéo sorte", résume à Mediapart celui par qui le scandale a éclaté.

Gilles Rossary Lenglet, sans emploi, a demandé en avril 2022 un poste à la mairie de Saint-Etienne en échange de son silence sur cette affaire de chantage. S'il s'adresse dans un premier temps à son ex-compagnon, il est reçu ensuite par le maire. Un échange durant lequel, explique France 3, l'édile aurait évoqué la fameuse vidéo et les rôles respectifs des anciens amants. C'est à compter cette date que l'affaire s'accélère. En mai 2022, Gilles Artigues démissionne de la mairie pour "raisons personnelles" et interrompt brutalement sa campagne aux législatives en dépit de son investiture LR-UDI. Le 26 août, Mediapart révèle le scandale.

Quelle va être la suite ?

Mardi matin, le maire de Saint-Etienne a été placé en garde à vue à Lyon avec quatre membres de son équipe. Entendu durant plusieurs heures, il a pu ressortir en milieu de journée. Gaël Perdriau s'était fait excuser le matin d'un point presse à Saint-Etienne en faisant savoir qu'il était "auditionné à sa demande" et "pour que la vérité éclate" face à ces accusations, comme l'a expliqué son premier adjoint, Jean-Pierre Berger. Le maire avait indiqué à ce dernier qu'il abordait ces auditions "avec sérénité", mais sa famille politique a très rapidement annoncé dans un communiqué avoir lancé "une procédure d'exclusion" en attente de validation par le bureau politique LR.

La justice va désormais devoir tenter d'y voir plus clair sur les rôles et responsabilités de chacun alors qu'une information judiciaire pour "atteinte à l'intimité de la vie privée, chantage aggravé, soustraction de bien public par une personne chargée d'une fonction publique, abus de confiance et recel de ces infractions" a été ouverte.

Une autre plainte contre X est également venue s'ajouter à cette affaire pour "escroquerie à la délibération". Elle a été déposée par le chef de file de l'opposition à Saint-Etienne, le socialiste Pierrick Courbon, et porte notamment sur une subvention versée à une association d'art contemporain et qui aurait en réalité servi à rémunérer Gilles Rossary-Lenglet. L'aide a été votée en juillet 2015 par le Conseil municipal. "S’il s’avère que ce pour quoi nous avons voté, en l’occurrence financer des expositions, n’a pas servi à financer ce genre d’activités, mais au contraire a servi à payer des commissions, nous avons été dupés, trompés dans notre vote ", a déploré, jeudi 8 septembre sur France Inter, Pierrick Courbon.


Annick Berger avec AFP

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