MISES EN CAUSE - Parmi les soutiens à Emmanuel Macron, on pointe actuellement du doigt l'action de Valérie Pécresse lorsqu'elle était ministre. Des critiques sur les questions budgétaires ou d'emploi qui méritent quelques éclaircissements.

À la faveur de sa victoire lors de la primaire des Républicains, Valérie Pécresse surfe sur des sondages en hausse, qui la voient se rapprocher doucement d'Emmanuel Macron dans les intentions de vote du premier tout de la présidentielle. De quoi inquiéter la majorité ? Pas vraiment, si l'on en croit Stanislas Guerini, député et délégué général de LaREM. 

Invité de LCI ce jeudi matin, il a pointé du doigt les "incohérences" de Valérie Pécresse, qui attaque le gouvernement "sur la bonne gestion des finances publiques", alors même qu'il y a "quelques semaines encore", elle "demandait toujours plus d'argent pour sa région". Et de pointer du doigt son bilan lorsqu'elle était ministre du Budget, au sein du gouvernement Fillon III : "Quand elle était ministre du Budget dans la crise de 2008, c'était une augmentation des impôts, du chômage et des déficits publics massive. C'est le contraire que nous voyons aujourd'hui", a assuré Stanislas Guerini. Une mise en cause qui mérite d'être nuancée.

Dette et chômage en hausse...

Pour vérifier les propos du chef de file de LaREM, direction les chiffres de l'Insee, qui compile non seulement un historique des taux de chômage, mais aussi les données relatives à la progression de la dette publique. La période qui nous intéresse est celle qui s'étend du 29 juin 2011 au 10 mai 2012, celle durant laquelle Valérie Pécresse a occupé le poste de ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l'État. Un portefeuille de choix, mais que l'actuelle candidate à la présidentielle n'a géré que durant 10 mois et 11 jours, avant de voir lui succéder un certain Jérôme Cahuzac à la faveur d'une victoire des socialistes en 2012. 

Quid du chômage sur cette période ? Alors qu'il diminuait lentement depuis 18 mois, on a observé une remontée des chiffres lorsque Valérie Pécresse était ministre. Une évolution de 0,6 point (de 9,1 à 9,7%) qui s'est poursuivie une fois son remplacement effectué, comme en témoigne le graphique qui suit, aussi accessible via ce lien.

Imputer à la présidente de la région Île-de-France cette hausse apparaît toutefois assez abusif, pour deux raisons. Tout d'abord, il faut noter qu'au sein du gouvernement de l'époque, le ministre en charge du Travail, de l’Emploi et de la Santé n'était autre que Xavier Bertrand. Une évolution du chômage à cette époque lui serait donc davantage imputable. Par ailleurs, il est important de souligner l'importance des facteurs conjoncturels pour analyser les évolutions du taux de chômage. La crise de 2008 n'était pas encore terminée et son influence sur l'économie s'est à l'époque clairement observée. L'action d'un ministre sur l'emploi, quelle que soit la sensibilité politique de l'intéressé(e), mérite de ce fait d'être étudiée avec précaution.

En revanche, c'est bien Valérie Pécresse qui était en charge à l'époque du budget. Si ses soutiens vantent aujourd'hui dès que possible son bilan, on note que le budget 2011, symbolisé par une réduction du déficit, avait été mis au point et voté avant sa prise de fonction. Lorsque l'on se penche sur le passage de la candidate LR en détails, on observe un bilan moins reluisant, avec une légère progression de la dette (au sens de Maastricht). Augmentation qui s'est poursuivie doucement à son départ du ministère (cliquez ici si le graphique qui suit ne s'affiche pas correctement).

En résumé, les critiques de Stanislas Guerini se révèlent assez discutables. Outre le fait qu'il attaque Valérie Pécresse sur un bilan dont elle n'est que très partiellement comptable, cette dernière n'est restée ministre du Budget qu'à peine plus de 10 mois. Seule l'augmentation des déficits publics, soulevée par le représentant de LaREM, relève des attributions de la candidate LR à l'époque. Notons enfin que le député de la majorité laisse entendre au passage que la majorité fait mieux qu'en 2011 dans la crise actuelle. Un constat là aussi à tempérer puisque malgré des chiffres du chômage positifs, la dette publique a augmenté de près de 20 points par rapport au PIB depuis la prise de pouvoir d'Emmanuel Macron.

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Thomas DESZPOT

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