Damien Abad accusé de violences sexuelles, un ministre dans la tourmente

Cinq questions pour comprendre l'affaire Damien Abad

Maëlane Loaëc (avec AFP)
Publié le 23 mai 2022 à 17h17
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Source : TF1 Info

Nommé ministre des Solidarités le 21 mai, Damien Abad fait face à des accusations de viols dans un article publié samedi par Mediapart.
Le député de l'Ain nie ces allégations "avec la plus grande force".
Le gouvernement assure de son côté ne pas avoir été mis au courant de ces accusations avant sa nomination.

C'est un premier dossier qui secoue déjà le gouvernement d'Elisabeth Borne, tout juste nommé vendredi. Le nouveau ministre des Solidarités, de l'Autonomie et des Personnes handicapées Damien Abad est accusé par deux femmes de viol, des accusations révélées par le site d'investigation Mediapart samedi. Transfuge de LR, le chef des députés à l'Assemblée nationale, qui venait de prendre ses fonctions samedi, a contesté dimanche "avec la plus grande force" ces incriminations.

De quels faits est-il accusé ?

Damien Abad, 42 ans, est mis en cause par deux femmes dont les témoignages ont été recueillis par le site. L'une d'elle, Margaux, ancienne militante centriste de 35 ans, a porté plainte en 2017 pour des faits qui seraient survenus début 2011. Après avoir rencontré Damien Abad en 2009, alors qu'elle était vice-présidente des Jeunes démocrates à Paris, puis avoir été "dragu(ée) par sms", elle l'aurait retrouvé un soir à Paris et ils auraient eu une relation sexuelle d'abord consentie puis contrainte, empreinte "d'irrespect, d'injonction et d'insistance"

Margaux, victime présumée de Damien Abad, témoigne sur LCISource : Sujet JT LCI
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Elle raconte s'être rendue dans un commissariat pour témoigner en 2012, puis avoir déposé plainte en 2017. Le parquet de Paris a indiqué "qu'une première plainte déposée pour des faits de viol a été classée sans suite le 6 avril 2012 du fait de la carence de la plaignante". Et qu'une deuxième plainte "pour les mêmes faits a été classée sans suite le 5 décembre 2017" faute "d'infraction suffisamment caractérisée".

L'autre femme, âgée de 41 ans, dénonce des faits qui se seraient déroulés lors d'une soirée à l'automne 2010. Damien Abad lui aurait proposé une coupe de champagne dans un bar à Paris. "Et là, black-out total, jusqu'au lendemain matin", témoigne cette femme, qui dit s'être réveillée avec lui "dans une chambre d'hôtel proche du bar", "en sous-vêtements", en "état de choc et de dégoût profond". Elle estime avoir pu être "droguée" : "Je me sentais cotonneuse, mon corps était groggy, courbaturé et douloureux, je savais qu’il s’était passé quelque chose de pas normal", raconte-t-elle à Mediapart. 

Quelle est la défense de Damien Abad ?

Ces accusations ont été contestées "avec la plus grande force" par Damien Abad. "Je conteste avoir exercé quelque forme de contrainte que ce soit sur aucune femme", a-t-il écrit dans un communiqué transmis à la presse dimanche. "Ces accusations relatent des actes ou des gestes qui me sont tout simplement impossibles en raison de mon handicap", s'est-il par ailleurs défendu, dénonçant des propos selon lui "inconcevables et abjects".

L'ancien président des députés LR est en effet handicapé, atteint d'arthrogrypose, une maladie rare qui bloque ses articulations et réduit sa mobilité. "Je suis contraint aujourd'hui de préciser que, dans ma situation, l'acte sexuel ne peut survenir qu'avec l'assistance et la bienveillance de ma partenaire. (...) Que sans le consentement et la participation pleine et entière de l'autre, rien n'est possible", a-t-il poursuivi. 

À la sortie du premier Conseil des ministres du nouveau gouvernement tenu ce lundi matin à l'Élysée, Damien Abad est resté très silencieux, refusant de répondre aux appels des journalistes. "Bien sûr", a-t-il seulement lancé à l'un d'eux lui demandant s'il rejetait fermement ces accusations. Il a prévu de s'exprimer ce lundi, à 18h, depuis sa circonscription de l'Ain. 

Le gouvernement avait-il été mis au courant de ces accusations ?

Selon Mediapart, un signalement pour des faits présumés de viols a été adressé à LREM et LR le 16 mai, puis au procureur de la République, avec un rappel le 19, avant la nomination de Damien Abad comme ministre, par l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, une association créée en février par des féministes à l'origine du mouvement #MeTooPolitique. Une information confirmée auprès de LCI. Ce signalement est resté sans réponse. 

Alors que le parquet de Paris a certifié avoir "été destinataire le 20 mai d'un signalement émanant de l'Observatoire", actuellement "en cours d'analyse", le patron de LREM Stanislas Guerini a affirmé que le mail n'a été vu que samedi et le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, Christophe Castaner, a dit n'avoir "rien reçu"

Lors d'un déplacement en Normandie, la Première ministre Élisabeth Borne a quant à elle affirmé n'avoir découvert ces accusations que samedi. "Je peux vous assurer que s'il y a de nouveaux éléments, si la justice est à nouveau saisie, on tirera toutes les conséquences de cette décision", a-t-elle déclaré, promettant que "sur tous ces sujets de harcèlement, d'agressions sexuelles, il ne peut y avoir aucune impunité"

À la sortie du premier Conseil des Ministres, la nouvelle porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire a assuré qu'"aucun membre du gouvernement n'avait connaissance de ces faits"

Son poste pourrait-il être menacé par ces plaintes ?

Olivia Grégoire a promis "tolérance zéro pour les délinquants sexuels, respect et écoute totale pour toutes les victimes présumées", mais "la justice est la seule à devoir et pouvoir trancher", a-t-elle fait valoir. "L'enjeu, c'est ici l'établissement de la vérité, et c'est à la justice de le faire", a-t-elle appuyé. "S'il existait d'autres victimes, il faudrait sans réserve qu'elles puissent se manifester devant la justice", a-t-elle en revanche avancé. La porte-parole a ajouté qu'Elisabeth Borne a échangé en direct dimanche en fin de journée avec Damien Abad, lui réaffirmant que "dans cette affaire, elle suivrait les décisions de justice qui pourraient être rendues"

D'autres membres du gouvernement d'Emmanuel Macron, passé ou actuel, avaient également fait l'objet de plaintes sans avoir été démis de leurs fonctions. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait été visé en 2017 d'une plainte pour viol, pour lequel un non-lieu a été requis début 2022. Il a été reconduit à la tête de la Place Beauvau vendredi. En 2018, le chef de l'État disait craindre à ce sujet une "forme de République du soupçon". Il a aussi déclaré en décembre, dans un entretien sur TF1 et LCI, ne pas avoir de "regrets" d'avoir nommé Nicolas Hulot au gouvernement sous son premier mandat, lui qui avait fait l'objet d'une plainte pour viol révélée lorsqu'il était ministre en 2018, arguant que cette plainte "avait été classée".

En revanche, Damien Abad pourrait perdre sa place à Matignon s'il échoue aux législatives, comme le stipule la règle édictée par l'Élysée. La campagne du député de la 5e circonscription de l'Ain, qui se représente, pourrait être entachée par cette affaire. 

Comment a réagi l'opposition ?

Du côté des Républicains, on assure aussi ne pas avoir été mis au courant de ces accusations. Christian Jacob, président LR, a affirmé au Point n'avoir "jamais été saisi, ni par l'Observatoire des violences sexuelles et sexistes ni par les services de l'Assemblée nationale". Le secrétaire général de LR Aurélien Pradié a dit ne pas avoir "consulté la boîte mail sur laquelle cette alerte lui a été adressée", mais il a expliqué à Mediapart avoir néanmoins interrogé Damien Abad en 2020, après des témoignages "de comportements inappropriés qu’il aurait eus avec des collaboratrices"

La gauche est quant à elle montée au créneau pour critiquer la position du gouvernement. Pour le leader des insoumis Jean-Luc Mélenchon, "il y a un signalement qui a été fait à un niveau extrêmement élevé de responsabilités. Ils n’en ont tiré aucune conclusions avant", a expliqué le leader de la Nupes sur LCI, dimanche. Le Premier secrétaire du PS Olivier Faure a réclamé pour sa part, lundi sur France Inter, le départ du gouvernement de Damien Abad pour "respecter la parole des femmes", par "mesure de précaution".

Une décision également défendue par Sandrine Rousseau, finaliste de la primaire EELV. Julien Bayou, le secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts, a estimé dimanche sur France 3 que Damien Abad "n'aurait jamais dû être nommé", et a appelé "le procureur à se saisir, qu'il puisse y avoir une enquête"

De son côté, Eric Zemmour, candidat Reconquête! à la présidentielle invité sur Cnews, s'est dit "méfiant" et "dubitatif sur les méthodes de Mediapart qui fait la quête de la délation permanente", se disant pour le "respect de la présomption d'innocence"


Maëlane Loaëc (avec AFP)

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